Interview | Initiateur d’un projet innovant de plateforme numérique de design urbain présenté aux autorités gabonaises et dénommé Librevie®, en référence à Libreville, l’entreprise Eiffage était au New York forum Africa 2015. Valérie David, directrice du développement durable d’Eiffage, brosse les contours de ce projet de ville durable qui prend en compte les mobilités, les énergies renouvelables, la construction, l’écosystème urbain, bref, les nouveaux modes de société.

En entretien avec la presse, Valérie David, directrice du développement durable d'Eiffage et présidente du laboratoire Phosphore, le 29 août 2015 à Libreville. © Gabonreview

En entretien avec la presse, Valérie David, directrice du développement durable d’Eiffage et présidente du laboratoire Phosphore, le 29 août 2015 à Libreville. © Gabonreview

 

Gabonreview : À quoi renvoie Eiffage, la dénomination de votre groupe ?

Valérie David : Eiffage… c’est un nom qui a été choisi en 1990 puisque notre groupe est constitué de l’agglomération d’un certain nombre d’entreprises dont celle de Gustave Eiffel que nous avons rachetée dans les années 20. Donc le «Eif» d’Eiffage c’est pour Eiffel et le «Age» c’est pour Fougerole et SAE, qui sont deux grandes structures venues s’agréger pour construire ce groupe, qui compte aujourd’hui 68 000 salariés et qui réalise un chiffre d’affaires de plus de 14 milliards d’euros (environ 9 300 milliards de francs).

L’équipe et le stand d'Eiffage au NYFA 2015. Et, des vues de la démonstration, en vidéo 3D, des projets de design urbain durable. © Gabonreview

L’équipe et le stand d’Eiffage au NYFA 2015. Et, des vues de la démonstration, en vidéo 3D, des projets de design urbain durable. © Gabonreview

Quel est le principal marché d’Eiffage ?

C’est à la fois un marché de construction, de travaux publics et d’énergie. Mais vous vous doutez bien que la ville durable pour nous est un vivier énorme. C’est un marché planétaire parce que nous avons besoin de villes durables, du Nord au Sud de la planète, et que nos métiers peuvent nous permettre d’être un ensemblier de la ville durable.

Vous êtes intervenue en panel tout à l’heure, pouvez-vous résumer votre présentation ?

Aujourd’hui les collectivités publiques sont confrontées à des défis majeurs, notamment une attractivité urbaine croissante. Et au Gabon, particulièrement, on sait que 80% des Gabonais vivront à Libreville, comme c’est le cas dans de très nombreux pays. Cette transition urbaine, qui est inéluctable, est la plus importante qui n’a jamais été vécue dans notre histoire mondiale, et elle génère un cortège de défis environnementaux. Des défis en matière de la gestion de l’eau, de préservation de la ressource même, qualitativement et qualitativement. La gestion des ordures : comment les recycler et les revaloriser ? Mais également l’empreinte alimentaire de ces villes. Quand on constate cela, sachant que les recettes budgétaires sont de plus en plus rares dans tous les pays, il faut être parcimonieux avec la ressource financière publique. Et donc, nous avons essayé de trouver des outils qui permettent de prioriser les choix d’investissement, de trouver les choix d’investissement les plus adaptés aux besoins en fonction du génie du territoire. Et ici à Libreville ce qui est merveilleux c’est que vous avez le soleil, le territoire, la mer. Vous avez donc des sources d’énergie renouvelable totalement gratuites et infinies. Nous avons réfléchi à cela…Vous avez un gros problème de congestion automobile et finalement à plusieurs heures de la journée, de grosse difficultés à pour se rendre d’un point de la ville à un autre. Or, on sait que la mobilité, la fluidité, l’accès à la mobilité est un gros facteur d’intégration économique et social pour tous, en plus de l’accès à la formation et à l’emploi.

Quelle est alors votre solution à ces difficultés ?

Les solutions existent mais nécessitent un accompagnement. L’objectif c’est de pouvoir, dans une ville de Libreville totalement modélisé en images 3D, intégrer les solutions avant qu’elles ne soient décidées pour pouvoir se rendre compte de façon intuitive des bénéfices, des avantages, des changements positifs et concrets qu’ils pourront amener aux habitants de Libreville au quotidien, sans impact environnemental. Parce que, bien évidemment, une solution n’est une bonne solution que lorsqu’elle est sans impact environnemental majeur, parce que sinon il faut absolument l’éviter. Ainsi, si l’on intègre ces solutions dans ces logiciels, cela permet une compréhension intuitive pour tous, même quand on n’est pas ingénieur civil. C’est donc un outil

d’aide à la décision. C’est aussi un outil de concertation publique puisque ça permet de montrer aux habitants, et pourquoi pas les associer dès le départ, très en amont, aux choix structurants qui vont permettre d’améliorer la qualité de vie dans leur capitale, encore une fois sans impact environnemental. Car le progrès passe nécessairement par l’innocuité environnementale.

S’agit-il donc d’un outil destiné exclusivement aux collectivités locales, aux pouvoirs publics ?

Absolument ! C’est un outil qui n’est pas très cher, qui permet de sélectionner, en amont, les solutions les plus pertinentes, sans pertes de temps ni d’argent.

Et si vous nous parliez un peu du projet «Librevie» ?

La principale observation de «Librevie» est que c’est une plateforme que nous avons construit en deux mois. Vous voyez donc que le problème de la modélisation numérique n’est pas le plus essentiel. C’est accessible et aujourd’hui les technologies numériques sont devenues de moins en moins chères (…). Nous travaillons actuellement sur un moteur de jeu vidéo, qui est l’un des trois les plus connus dans le monde. C’est un moteur qui va permettre d’intégrer à plusieurs échelles, 70 mètres au-dessus du niveau du sol, 50 mètres, puis carrément en expérience immersible, les différentes solutions pour comprendre à la fois la stratégie qui est développée. Pourquoi choisir le câble plutôt que des bus électriques, par exemple ? Pourquoi choisir une boucle à eau de mer, plutôt que des climatiseurs à énergie renouvelable qui fonctionneraient à l’eau de mer, par exemple ? Il permettra donc d’arbitrer entre les différentes solutions qui se pressent aux portes des décideurs et qui vont permettre du cycle de vie. C’est-à-dire depuis la fabrication des équipements jusqu’à leur fin de vie, afin de déterminer ce qui est le plus pertinent pour les habitants en termes économique et écologique.

Votre projet semble porteur. Vous êtes certainement entré en contact avec des pouvoirs publics gabonais. Peut-on avoir une idée de l’accueil ayant été réservé à votre projet ?

Les pouvoirs publics gabonais nous avaient indiqué qu’aucune solution ne serait présentée aujourd’hui. C’était des solutions qui émettent des gaz à effet de serre. C’était clair et cela nous convenait totalement car c’est dans cette philosophie que nous travaillons. Ils ont demandé ce à quoi ressemblait le projet et aujourd’hui, ils ont une totale liberté. Ils n’ont passé aucun marché. C’est quelque chose qui a été fait sous le budget de ma direction et qui va permettre de mieux comprendre ce que pourrait être le projet.

Y a-t-il un aspect particulier sur lequel vous souhaiteriez revenir ?

L’eau, qui va être le grand combat du 21e siècle. Pour préserver la ressource, aussi quantitativement que qualitativement. La gestion de l’eau est donc le combat majeur, avec l’énergie, à mener dans les villes et plus particulièrement en Afrique.