Il est assez rare de voir une autorité locale passer à la barre pour des faits de braconnage. Olivier Bassiva, préfet de l’Okano (nord du Gabon) risque bien de servir d’exemple pour la jurisprudence.

Vente de viande de brousse, ici un caïman, issue bien souvent du braconnage sur le bord des routes du Gabon - © Arias Danger Aimée/Gabonreview.com

Deux chasseurs, pris en flagrant délit de braconnage, avaient été arrêtés il y a 6 mois et avaient tenté de se dédouaner en présentant un ordre de mission du préfet. Dans leur véhicule, appartenant au préfet, l’agent des Eaux et Forêts avait découvert trois mandrills et un céphalopode, deux espèces totalement protégées, ainsi qu’un toucan et trois antilopes. Se rendant sur place pour tenter de porter secours à ses chasseurs, Olivier Bassiva avait giflé l’agent, lui conseillant moqueur d’aller se plaindre au ministre.

«Il se comportait comme un roi sur ses terres», a estimé Me Rufin Nkoulou, avocat de la Direction de la Faune et de l’agent des Eaux et Forêts, cité par Romandie.com. Pour lui, «le procès a une portée pédagogique pour la protection de la faune, mais aussi en raison du rang du préfet. La faune est une richesse du Gabon», rappelle-t-il. «Comment la localité peut-elle se développer si le préfet est le premier à fouler les lois ?», s’est encore interrogé Me Rufin Nkoulou au tribunal d’Oyem le 22 novembre 2012.

Pour le procureur qui a requis 18 mois de prison, «arrêter le préfet a été un casse-tête chinois» et il tient en faire un exemple : «Il n’y a pas que les plus petits (…) mêmes des autorités doivent subir les foudres de la loi.»

Olivier Bassiva a reconnu les faits, affirmant qu’il «avait agi de manière exceptionnelle en vue d’une réception à laquelle devait assister le président de la République et qu’il ne faisait que poursuivre des pratiques anciennes. (…) J’ai mal apprécié. J’ai pensé qu’en période exceptionnelle on peut faire fi des dispositions légales (…) J’ai pensé, peut être maladroitement que je pouvais initier des parties de chasse», cite encore Romandie.com.
L’avocat du préfet, Me David Foumane, a souligné que le braconnage était une pratique courante et acceptée. «On ne peut pas rouler sans trouver du gibier accroché aux branches. Est-ce que je suis le seul à faire la route ?»

«Qu’on fasse le tour des congélateurs! Si vous devez poursuivre les chasseurs, vous aurez des audiences similaires toutes les semaines !», a affirmé Olivier Bassiva. «L’ancien président de notre pays, pour faire plaisir à Chirac et Sarkozy, il prenait l’hélicoptère et tirait sur des buffles dans des réserves, des zones totalement protégées ! Tout le peuple gabonais le sait !»

Le président du tribunal n’a pas apprécié, contrairement aux personnes présentes dans la salle qui ont salué l’intervention par des cris et des rires, et a annoncé le verdict pour le 6 décembre.