La disparition des défenses d’éléphant et pièces d’ivoire dans les tribunaux et directions provinciales des Eaux et Forêts du Gabon est-elle devenue une nouvelle filière d’approvisionnement pour les trafiquants de la précieuse matière? L’activité prospère, les auteurs s’engraissent allègrement et les autorités ne disent rien.

Des défenses d’éléphants saisies, mais pouvant disparaître à cause d’un vol par effraction dans l’une des administrations où elles sont conservées. © D.R.

 

La disparition de défenses d’éléphant et pièces d’ivoire saisies et placées sous scellés dans les tribunaux ou dans les directions provinciales des Eaux et Forêts dans les provinces a pris de l’ampleur depuis quelques mois, sans que les autorités s’en émeuvent.

Selon l’ONG Conservation Justice, ces forfaits touchent l’ensemble du territoire. Dans la nuit du 27 au 28 janvier 2018, le tribunal de première instance de Makokou a été cambriolé. Les malfaiteurs y ont emporté au moins 95 pièces d’ivoire saisies au cours de nombreuses arrestations et procédures communes initiées par l’administration des Eaux et Forêts, les forces de l’ordre, l’Agence nationale de parcs nationaux (ANPN) et l’ONG Conservation Justice.

«Selon les premiers témoignages, les voleurs seraient entrés par effraction en forçant la grille de protection de la porte centrale du tribunal avant d’ôter la serrure de la salle des scellés», révèle la source.

Le tribunal de Makokou, au nord-est du Gabon, fréquemment visité par les voleurs à cause des cargaisons d’ivoire saisies. © D.R.

En octobre 2014, un vol similaire avait eu lieu. Plus de 100 kg d’ivoires avaient été emportés ainsi que des fusils. La casse avait été orchestrée de l’intérieur. Le Doyen des juges et le Greffier en chef avait été désignés comme les commanditaires du vol par un certain Faroukou, arrêté en 2017 et actuellement en détention.

Le tribunal de première instance de Mouila, dans la province de la Ngounié a également fait les frais de ces «voleurs spéciaux». En effet, dans la nuit du 4 au 5 janvier 2017, 42 kg d’ivoire saisis par les agents du Parc National de la Waka, à Sindara, ont disparu. Par ailleurs, au mois de novembre précédant, le même tribunal avait été victime d’un autre cambriolage et environ 30 kg d’ivoire avaient été dérobés.

A Oyem, dans le Woleu-Ntem, ces faits y sont récurrents. En avril 2015, ce sont plus de 300 kg d’ivoire, l’équivalant de 50 éléphants abattus, qui avaient disparu. Selon le procureur de l’époque : «la salle des scellés du tribunal a été forcée afin de permettre le vol». Le gardien du tribunal est depuis lors porté disparu, alors que cette cargaison devait être transférée à Libreville.

Depuis que ces actes surviennent, au plus fort pourtant de la lutte contre le braconnage et du trafic de l’ivoire prônée par le gouvernement, aucun auteur de ces vols n’a jamais été interpellé.

«Comment peut-il en être ainsi ?», s’interrogent les membres de Conservation Justice. Quoi qu’il en soit, l’ennemi semble être tapis dans un «coin de la maison et bénéficie certainement d’une protection et d’une impunité sans commune mesure». Si non, comment est-il possible qu’autant d’ivoire disparaisse de ces administrations sans que personne ne lève le petit doigt? Parce que c’est moins dangereux que le braconnage des éléphants, les trafiquants ont changé de stratégie et frappent désormais là où on les attendait le moins.

Selon certaines sources, ce filon est plus porteur et arrose bien de personnes au-delà du cercle de trafiquants. D’où l’omerta observé jusqu’ici.