La mort de l’animateur de l’émission «Succès du temps passé», Marius Pierre Founguès, agent du Groupe Gabon Télévisions a suscité de vives réactions de la part de ses collègues, mais surtout des syndicalistes de ce groupe.

C’est dans ce bâtiment que l’on a retrouvé ce 7 septembre 2018, le corps de Marius Pierre Founguès. © Gabonreview

 

Marius Pierre Founguès a été retrouvé au petit matin, pendu sur la rampe d’escalier de la Maison George Rawiri, siège de la télévision publique et de la radio nationale. La disparition de cette «grande voix» en service à la radio gabonaise depuis 1971 est intervenue le jour où le Syndicat des professionnels de la Communication (Syprocom) devait tenir une Assemblée générale (AG).

Désarçonnés par ce suicide, ses collègues n’ont pas contenu leur colère bleue. Le président du Syprocom, Jean Olivier Makaya note que le suicidé a laissé une note avec ce message glaçant : «Je meurs en laissant 16 mois de salaires impayés et il a pris le drapeau gabonais, il s’est enveloppé avec avant de se mettre la corde au cou».

«Je crois que cette situation devrait nous interpeller tous. Mais malheureusement, nous constatons avec regret l’indifférence dont font preuve, une fois de plus, nos responsables, qui estiment que Dieu avaient dit qu’il devrait mourir de cette manière», a fustigé le président du Syprocom. Selon ce dernier, plusieurs agents de ce groupe vivent le même calvaire que celui qui a précipité Marius Pierre Founguès dans la tombe. Au «regard de la situation, il n’est pas le seul». «N’ayant pas perçu son salaire pendant plusieurs mois, notre collègue n’a trouvé mieux que de dormir ici, de squatter la maison Georges Rawiri. Il occupait une salle d’au moins un maitre carré et dans des conditions extrêmement difficiles. L’administration le savait, mais elle n’a rien fait», a-t-il affirmé.

Avec une voix étranglée par l’émotion, le Secrétaire général adjoint du Syprocom, Patrick Nzoghé Békalé, estime qu’il «faut arrêter de divertir l’opinion». Car, le système d’autonomie de gestion, en vigueur depuis quelques années, aurait pu permettre de résoudre un certain nombre de problèmes et sortir notre collègue de l’abime de la précarité.

«Nous sommes dans un système d’autonomie de gestion depuis 2011 et ce système aurait pu permettre de fluidifier la gestion des ressources financières de la maison et d’assurer une meilleure gestion des ressources humaines. Mais les détournements de fonds qui ont été opérés ici, par les différents directeurs généraux qui se sont succédé depuis 2011, font en sorte que sur les 700 agents de la radio et de la télévision, seuls 30 ou 40 sont impactés par le processus de réforme. C’est-à-dire qu’ils ont deux salaires: l’un reversé par la fonction publique et un autre qu’ils perçoivent ici», a-t-il expliqué.

Pour lui, les autres agents, plus de 650, «n’ont rien du tout». «Nous autres, nous n’avons aucune gratification. On travaille de jour comme de nuit, y compris les jours fériés, mais on n’a rien du tout. C’est valable pour la télévision et la radio», a-t-il précisé, relevant que l’argent de la publicité généré par la radio, par exemple, aurait dû servir à payer des gratifications aux agents sous forme de bonus sur salaire.

«Cet argent, à côté de la redevance audiovisuelle devrait permettre aussi à payer les frais de production et autres. Mais les agents restent là des années sans les percevoir. Voilà pourquoi Marius Founguès, certainement dans un état de grande tristesse, a décidé de se donner la mort parce qu’ils ont été incapables de lui payer son dû».

Selon Nzoghé Békalé beaucoup d’agents vivent de «cachets», notamment ceux qui ne sont pas encore fonctionnaires ou les collaborateurs extérieurs. Ils sont payés à 150.000 francs par mois. «Maintenant, si vous vivez avec 150.000 francs CFA et qu’on ne vous les paie pas pendant 10 mois et plus, il y a un problème». C’est le chemin de croix d’une grande partie de la cohorte de ceux qui sont chargés de promouvoir le rayonnement du Gabon dans le monde. Et, ils ne sont qu’à la première halte de ce chemin.