L’actuel ministre du Travail pourrait être amené à s’expliquer sur «les irrégularités» observées par la Cour des comptes dans la gestion des fonds publics alors qu’il était ministre des Mines, du Pétrole et des Hydrocarbures entre 2009 et 2011.

Julien Nkoghe Bekale, ancien ministre du pétrole, épinglé par la Cour des comptes ? © D.R.

 

Cinq ans après que l’affaire ait été rendue publique par le journal La Griffe, les 20 milliards de francs CFA supposément détournés au ministère des Mines, du Pétrole et des Hydrocarbures entre 2009 et 2011 font à nouveau parler d’eux. La Cour des comptes s’y est intéressée sur saisine de la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI).

Après instruction, la juridiction financière présidée par Gilbert Ngoulakia dit, en effet, avoir relevé des «irrégularités» dans la gestion des fonds publics au sein de l’administration jadis dirigée par Julien Nkoghe Bekale. Dans son rapport de synthèse 2018, elle épingle notamment l’utilisation de l’argent issu des «bonus pétroliers», que le ministre avait, à l’époque, transformé en «fonds politiques» au bénéfice de la présidence de la République, «pour régler les questions de sécurité intérieure et extérieure».

Problème : la Cour des comptes rappelle que, étant des recettes versées à l’Etat par les compagnies pétrolières lors des signatures de contrats, les bonus pétroliers sont des fonds publics soumis à son contrôle. Aussi, leur utilisation est-elle soumise à des règles strictes. Or, si le ministre en charge du Pétrole de l’époque avait cru bien faire en se cachant derrière le décret n°00518/PR du 06 août 2002, autorisant l’affectation de 5% des recettes minières et des produits pétroliers à la présidence de la République, il s’était fourvoyé.

«Ledit décret n’est pas conforme aux normes régissant les textes légaux et réglementaires, indique la Cour. Par ailleurs, la constitution de fonds politiques ne se fait pas par décret mais par un processus législatif.»

Pire, révèle la juridiction, «le décret en cause n’a pas été publié et ne comporte pas toutes les signatures habilitées, notamment celle du ministère des Finances».

Comme quoi, en affectant une partie des bonus pétroliers à présidence de la République, Julien Nkoghe Bekale s’était mis dans de beaux draps. L’autre erreur commise par l’actuel ministre du Travail était d’ailleurs d’avoir déposé cet argent dans un compte à BGFIbank plutôt qu’au Trésor public comme l’impose le règlement. La Cour l’accuse de s’être «immiscé dans les fonctions de comptable public en gérant ledit compte, en violation des dispositions de l’article 2 alinéa 1 du décret n°00110/PR/MINECOFIN du 23 janvier 1975 aux termes desquelles «les comptables publics ont seuls la garde et la conservation des fonds et valeurs appartenant ou confiés aux organismes publics». Sera-t-il appelé à s’expliquer dans le cadre l’opération mamba ? Rien n’est moins sûr. Son retour au gouvernement après des années d’absence laisse penser qu’il est plutôt bien protégé.