Confronté à un demi-échec de la mise en pratique véritable des projets annoncés en grande pompe dès son entrée au gouvernement, le ministre en charge de l’Habitat et du Logement a pris pour cible le directeur général de la SNLS, qui vient de nier en bloc toutes les accusations portées contre lui. Il voit dans l’agissement de Bruno Ben Moubamba «un règlement de comptes sur le plan politique».

Paul Mapessi en compagnie d’Ali Bongo, lors d’une visite du lotissement de Bikélé, en mars 2015. © DCP-Gabon

 

Bruno Ben Moubamba chercherait-il un bouc émissaire ? © D.R.

Le vice-Premier ministre (VPM), Bruno Ben Moubamba vivrait-il mal la lenteur enregistrée dans la mise en pratique véritable des projets annoncés en grande pompe dans les médias dès son entrée au gouvernement ? Les nombreuses sorties effectuées ces dernières semaines, à la faveur desquelles il portait systématiquement des accusations à l’encontre des responsables des structures placées sous la tutelle du ministère de l’Habitat, le laissent penser. Il tiendrait presque pour responsables de son échec Juste Valère Okologo, le directeur général de la Société nationale immobilière (SNI), mais surtout Paul Mapessi, le DG de la Société nationale du logement social. Dans une interview à L’Union, le VPM a réitéré ses accusations à l’encontre du responsable de la SNLS : il aurait trempé dans divers malversations, y compris financières. Ce qu’a vivement contesté, l’accusé, mercredi 10 mai, dans une interview au même quotidien.

Selon Paul Mapessi, toutes les accusations portées contre lui sont fausses et visent un but : salir son honneur. D’abord au sujet de la vente illégale de terrain, qui a conduit à la suspension de ses fonctions en mars dernier, le DG de la SNLS a rappelé que toutes les ventes effectuées sous sa direction l’ont été sur la base des «dispositions pertinentes de l’Acte uniforme OHADA». «(Ces) ventes, a-t-il précisé, ont été effectuées pour servir au financement des travaux de construction de logements, étant rappelé que la SNLS n’a pas reçu de subvention.» Pour prouver sa bonne foi, il affirme avoir «communiqué aux enquêteurs de la DGR [Direction générale de la Recherche, Ndlr] toutes les pièces justificatives, dont notamment les titres fonciers des terrains propriété de la SNLS et la domiciliation des ressources encaissées ainsi que leurs affectations».

Le DG de la SNLS voit également mal les soupçons de malversations financières le visant. Et si Bruno Ben Moubamba l’accuse d’avoir distrait l’argent issu de la vente des logements de Bikélé sans que les acquéreurs n’aient été livrés, en plus d’avoir dépensé 55 milliards de francs CFA pour la construction de 2049 maisons «qui posent toutes problème aujourd’hui», Paul Mapessi s’est voulu précis : «La somme de 55 milliards de FCFA dont il s’agit correspond à l’estimation du coût global des travaux de construction des 2 049 logements et de production de 650 parcelles viabilisées à Bikélé, au moment de leur achèvement. Il ne s’agit nullement d’une dépense effective. Tout au plus et au stade actuel des travaux vérifiables sur le terrain, il a été décaissé plus de 15 milliards de FCFA financés aussi bien par les fonds propres de la SNLS que par les banques et les futurs acquéreurs pour plus de 800 logements et 400 parcelles viabilisées en cours d’achèvement à Bikélé.» Aussi, a-t-il tenu à «rappeler au bon souvenir» du VPM que «les comptes annuels de la SNLS clos à fin 2013, 2014 et 2015 ont été certifiés par le commissaire aux comptes, le Cabinet Deloitte».

Face à ces accusations, Paul Mapessi, qui assure avoir convenablement fait son travail depuis son arrivée à la tête de la SNLS, en 2013, a dit voir dans l’agissement du ministre en charge de l’Habitat et du Logement «un règlement de comptes sur le plan politique». «j’ai conscience que le seul but du VPM est de salir davantage mon honneur, après avoir fait des dénonciations calomnieuses sur ma personne et une communication dénuée de tout fondement sur mon action à la tête de la SNLS dont il veut, in fine, récupérer à son compte les actifs de la société et tout le travail réalisé depuis 2013 dans le cadre d’une réforme de la SNLS aux contours fumeux», a-t-il déploré.