Une exposition inédite de sculptures clairsème actuellement le hall d’exposition de Home Video à Glass, Libreville. Pour les cadeaux de fin et début d’année, une visite s’y impose sûrement qui ne devrait laisser personne de marbre. Le travail de Marc Rolly allie l’art et la matière, donnant lieu à une 3è révolution de la sculpture des masques au Gabon.

© gabonreview

 

Outsider de la sculpture gabonaise, en retrait depuis quelques années, Marc Rolly avait sans doute besoin, pour son retour dans l’arène artistique, de l’espace d’exposition de Home Vidéo au quartier Glass à Libreville. S’il n’y a pas vraiment fait son nid, il y a apporté une touche qui vient magnifier nécessairement le mobilier exposé. De nombreux visiteurs se réjouissent en effet de cette exposition d’une vingtaine de sculptures jamais vues auparavant : une réinterprétation de nombreux masques traditionnels.

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Acier peint, bois, cuir, cuivre, inox, or et feuille d’or, l’art de Marc Rolly se joue des matières et va vers une sorte d’abstraction magnifiant davantage les pièces exposées. Le plasticien navigue ainsi entre les mondes : celui des morts que représentent traditionnellement les masques en Afrique et celui des vivants, ceux de la technique, de l’art et des deux civilisations qui ont forgé la touche de cet artiste.

Si l’homme expose quelques bijoux, quelques porte-clés d’art et quelques couteaux traditionnels, revisités et ennoblis par la facture et les matériaux transformés, l’essentiel de la collection présentée est constituée de masques. Des masques gabonais et africains revisités, non seulement au niveau des matériaux utilisés mais également du traitement des formes, avec de l’abstraction et l’introduction de vides donnant une certaine profondeur aux œuvres. «Ce travail est un rapprochement de deux arts. Il est à la frontière de deux cultures. Car on voit bien que la technicité européenne s’allie merveilleusement aux thèmes de la tradition africaine», commente un amateur d’art rencontré sur les lieux.

Acteur de toutes les étapes de son processus de création, Marc Rolly dispose d’une petite fonderie dans son atelier à Libreville. Il dessine, sculpte et peint lui-même ses pièces. Il privilégie l’inox plat et massif, le bronze, le bois et bien d’autres matériaux pour créer des œuvres à la valeur esthétique éblouissante.

Arrivé au Gabon très jeune, Marc Rolly a travaillé jadis dans la foresterie. Ce qui a nécessairement développé son imaginaire et sa créativité. S’il travaille dans cette veine depuis une quinzaine d’année, il explique pourtant que «la peinture et la sculpture ne sont qu’un hobby, pas une profession à proprement parler». L’homme définit lui-même son travail «comme un art bantou, dans sa totalité, que je restructure avec ma vision de modernité de cet art. Ce qui n’a jamais été fait jusqu’ici parce que l’art bantou est resté très collé à son idéal, à sa tradition. J’ai franchi le pas de partir ailleurs. Je ne prétend pas aller plus loin, je fais juste un pas différent. Et le résultat est devant vous. Mais, c’est au journaliste qui voit mes œuvres de me classifier en tant qu’artiste, artisan, ou promoteur de quelque chose de nouveau

À la vérité, il y a résolument du nouveau dans l’art de Marc Rolly, et même quelque chose de révolutionnaire. Car, après la technique séculaire et traditionnelle, après la sculpturo-peinture de l’Ecole nationale d’arts et manufacture (Enam), il lance les masques en quatre dimensions dans lesquels le vide participe de l’œuvre. Son exposition mérite le détour.