Intervenant dans le cadre du forum national sur la retraite, le 13 juillet à Libreville, le professeur agrégé des universités a entretenu les participants sur l’«Incidence de la protection sociale sur la croissance économique», plaidant ainsi pour l’amélioration de la condition du retraité. Car, a confié Gabriel Zomo Yebe à Gabonreview, «Le retraité est avant tout un agent économique, un consommateur, quelqu’un à même de redynamiser la demande».

Gabriel Zomo Yebe. © Gabonreview

 

Gabonreview : Comment améliorer la vie du retraité dans un contexte économique morose, comme c’est le cas présentement ?

Gabriel Zomo Yebe : C’est justement le thème du présent forum. Vous n’êtes pas sans savoir que le Gabon est en train de mettre en œuvre un programme d’ajustement structurel. Et celui-ci va effectivement réduire les dépenses de l’Etat et même celles des individus. Peut-être allons-nous même aller vers une réduction de la masse salariale. Et il était important de regarder, à ce moment-là, comment améliorer la vie du retraité.

Cela sous-entend-t-il que le retraité est malmené au Gabon ?

Au Gabon, il faut savoir que nous avons une mauvaise définition du retraité. Pour beaucoup, il s’agit de quelqu’un qui doit être laissé pour compte, quelqu’un qui, à la limite, va de la vie professionnelle au cimetière. Or, le retraité doit être perçu autrement : c’est d’abord un agent économique, un consommateur, quelqu’un à même de redynamiser la demande. Dans ce contexte, il faut une continuité entre la vie professionnelle et la vie de retraité. C’est pourquoi dans beaucoup de pays, la pension est légèrement inférieure au salaire que percevait le retraité pendant sa vie professionnelle.

Or, au Gabon, notamment dans la Fonction publique, un agent à un million de francs de salaire se retrouve avec une pension d’à peine 300 000 francs une fois retraité. En réalité, il est appauvri à défaut d’être poussé vers le cimetière. C’était une impérieuse nécessité de réfléchir sur la vie du retraité et voir comment l’améliorer. Dans ce sens, nous allons démontrer que la protection sociale dans son ensemble, est un facteur de croissance économique. Maintenant, quelles sont les mesures spécifiques à prendre pour les retraités ? Nous allons en débattre au cours des ateliers.

Un programme d’ajustement impose notamment une contraction du budget de l’Etat, comment mieux financer la retraite ?

Il est vrai qu’un programme d’ajustement structurel impose des coûts au niveau du budget. Mais regardons d’abord dans nos dépenses qui, en réalité, sont improductives. Nous pouvons réduire ces dépenses et ne pas attenter au niveau de vie des retraités, notamment. Il nous faut même au-delà. Car, en réalité, beaucoup de fonctionnaires n’ont pas une véritable pension, contrairement aux employés du secteur privé. Dans le cas des fonctionnaires, il s’agit plutôt d’une dette viagère de l’Etat.

Il faut donc créer une véritable sécurité sociale pour le fonctionnaire, pour que ce dernier ne puisse plus être un clochard une fois retraité. C’est pourquoi beaucoup rechignent à aller à la retraite, certains allant même jusqu’à falsifier leurs âges pour repousser l’échéance. C’est donc l’occasion d’y réfléchir. Pas seulement sur l’assurance maladie, mais de véritables pensions. Il faudrait qu’un fonctionnaire gagnant un million de francs puisse avoir au moins 600 000 francs de pension. A ce moment-là, le retraité pourra véritablement dynamiser notre croissance économique.