Pour avoir traité ses collaborateurs de «pingouins», Gilbert Hubert, un ressortissant français de 41 ans, a comparu le 16 novembre devant le tribunal correctionnel de Port-Gentil qui a mis l’affaire en délibéré au 23 novembre prochain.

Le siège de Necotrans dont le directeur est actuellement en prison pour injures publiques. © Gabonreview/Louis Mbourou

Le siège de Necotrans dont le directeur est actuellement en prison pour injures publiques. © Gabonreview/Louis Mbourou

 

La procédure commence avec la plainte d’un employé de la société Necotrans auprès de l’antenne provinciale de la police judiciaire, le 11novembre dernier. John Mombo dénonce l’attitude méprisante du nouveau directeur, en poste depuis un peu plus d’un an. Il se trouve que lors d’une réunion tenue le même jour dans la matinée, ce dernier a lancé à ses collaborateurs : «vous êtes tous des pingouins». Présenté devant le procureur de la République le 13 novembre, Gilbert Hubert a été inculpé pour injures publiques puis placé en détention préventive à la prison centrale de Port-Gentil.

A la barre, le prévenu a reconnu les faits et justifié son attitude par le fait que ses collaborateurs font régulièrement fi des consignes de sécurité instaurées au sein de l’entreprise. Mais pour le plaignant dont les déclarations ont été corroborées par plusieurs témoins, le nouveau directeur serait coutumier du fait. «Un homme dont le champ lexical comprend essentiellement des mots injurieux rappelant l’époque des négriers», a avancé l’avocat de la partie civile, maître Chansel Guissiga. La présidente du tribunal a quant à elle vertement sermonné le prévenu, lui rappelant qu’il n’a pas le droit d’injurier «des pères et mères de familles» qui lui apportent leur force de travail. «Ce ne sont pas vos enfants ! Vous avez sans aucun doute un règlement intérieur qui prévoit des sanctions en cas de manquements, appliquez-le», lui a lancé Audrey Bogui Ekiba.

Dans sa plaidoirie, l’avocat de la défense a salué le courage de son client qui n’a pas cédé aux pressions de son employeur, faisant ainsi passer en premier son honneur et celui de ses collègues. Maître Chansel Guissiga a demandé que justice lui soit rendue afin que «Gilbert Hubert ne le traite plus de pingouin. Mieux, ne traite plus aucun employé gabonais ou étranger de pingouin». Il a ainsi sollicité une peine de prison ferme avant de réclamer 50 millions à titre des dommages et intérêts.

Le ministère public, après un sermon à l’endroit du directeur de Necotrans, a estimé qu’utiliser le terme «pingouin» pour designer des êtres humains relevait bien du mépris et que le délit d’injures publiques était bien constitué, au vu de l’article 286 du Code pénal. La procureure, Carole Badiate, a ainsi requis un mois de prison ferme et une amende de 300 000 francs CFA.

«Est-ce qu’il suffit qu’on vous traite de pingouin pour porter atteinte à votre considération ?» s’est insurgé l’avocat de la défense. Maître Lubin Ntoutoume s’est donc attelé à démontrer que le délit n’était pas constitué, sollicitant du tribunal la relaxe de son client, non sans prendre la précaution de demander le sursis au cas où le tribunal rentrerait tout de même en voie de condamnation.
Sa sollicitation d’un jugement sur le siège n’a malheureusement pas prospéré, le tribunal ayant décidé de rendre sa décision le 23 novembre prochain. Et pendant ce temps, son client, Gilbert Hubert devra garder prison.