Seules une pointeuse ou une badgeuse électronique peuvent permettre de s’assurer de la présence effective au poste en tenant compte de certaines variables.

Ayant déjà été expérimenté ailleurs, le pointage a toujours nécessité l’acquisition d’une logistique dédiée. Partout, on a eu recours à des solutions technologiques. © Gabonreview/Shutterstock

 

«Le recyclage ça marche pour les déchets, pas pour les idées», disait Nathalie Koscuisko-Morizet. Sans se référer à l’expérience d’autres pays, le gouvernement a décidé d’instaurer le pointage dans l’administration publique. Dressant le bilan d’étape de l’opération «bons de caisse», le ministre de la Fonction publique l’a annoncé. Désormais, les fonctionnaires devront remplir une fiche d’émergement hebdomadaire pour attester de leur présence au poste (lire «Tout change dès le 1er août»). Peu importent les spécificités des différents corps, il en sera ainsi. Malgré ses «doutes légitimes», Ali Akbar Onaga Y’Obégué n’en démord pas

Une fonction publique de carrière

Au départ, l’opération «bons de caisse» visait deux objectifs : le contrôle des effectifs et la baisse de la masse salariale. Du 17 au 24 juillet dernier, les fonctionnaires s’y sont soumis (lire «Modus operandi»). S’efforçant de minimiser la portée des réserves exprimées, le gouvernement a multiplié les ajustements (lire «Mesures spéciales pour certains enseignants»). Indiquant avoir édité 42 120 bons de caisse, il a fini par affirmer en avoir distribué 35 503, soit 84,29%, les 6 617 autres n’ayant pas trouvé preneur. Pour le ministre de la Fonction publique, c’est bien la preuve de l’existence de fraudeurs. Brandissant la menace de sanction (lire «Des fonctionnaires ne viennent pas au travail»), il a ainsi décidé de passer au pointage. Est-ce bien la solution ? Voire…

Au Gabon, l’administration centrale est une fonction publique de carrière. Organisée par corps, elle comprend des catégories, elles-mêmes subdivisées en grades puis en échelons groupés en classes hiérarchiques. Les agents y sont rémunérés selon une grille indiciaire. Autrement dit, la rémunération journalière y est inconnue. Pourtant censés occuper des emplois préalablement identifiés, les fonctionnaires n’y bénéficient malheureusement pas toujours d’affectation. Eparpillées à travers la ville, leurs administrations manquent de tout, y compris de locaux. Comment tenir rigueur à des agents sans veiller aux conditions de travail ? Comment s’assurer de la présence effective de collaborateurs disséminés dans la ville ?

Statuts particuliers

Entre les synergies, les procédures, les infrastructures, les équipements et la logistique, tant de manquements gênent le fonctionnement régulier de l’administration. Au-delà, les servitudes de certains corps s’accommodent très mal du pointage quotidien. Quel traitement pour les médecins assurant les gardes de nuit ou du week-end ? La même remarque vaut pour d’autres corps, notamment les journalistes. Quelles dispositions pour les enseignants durant les vacances scolaires ? Auprès de quelle autorité les fonctionnaires affectés dans des agences comptables doivent-ils pointer ? Les responsables des structures d’accueil ou la hiérarchie de leur administration ? Doivent-ils faire le déplacement du Trésor public pour émarger ? Au risque d’ouvrir la boîte de Pandore, il faut réfléchir à toutes ces situations. Après tout, si des statuts particuliers existent c’est bien pour des raisons précises.

Ayant déjà été expérimenté ailleurs, le pointage a toujours nécessité l’acquisition d’une logistique dédiée. Partout, on a eu recours à des solutions technologiques. De la badgeuse à carte aux bornes tactiles en passant par les portiques de sécurité, tout a été essayé. N’empêche, temps au travail et temps de travail ne recouvrent pas la même réalité. De plus, moins le système est numérique, plus il peut être contourné. Or, les fiches conçues par le ministère de la Fonction publique doivent être renseignées à la main. Trop archaïque, ce procédé est voué à l’échec. Exhalant la naphtaline, il mène droit dans le mur. Et pour cause, même si les résultats ne sont pas garantis, seuls des outils électroniques peuvent permettre de s’assurer de la présence effective au poste en tenant compte de certaines variables : travail de nuit, travail du week-end, différents congés (maladie, maternité ou paternité), autorisations d’absence, temps de dialogue social, jours de formation, de grève ou de récupération… Pour Ali Akbar Onanga Y’Obégué, il est peut-être encore temps d’y réfléchir…