A l’heure où se poursuit la traque de hauts cadres de l’administration publique soupçonnés d’avoir distrait les deniers de l’Etat, l’Association de lutte contre les crimes rituels s’inquiète du silence de la justice sur le phénomène des assassinats avec prélèvement d’organes, dont les auteurs courent toujours.

Jean Elvis Ebang Ondo, président de l’ALCR (au milieu), devant la presse, le 3 mars 2017 à Libreville. © Gabonactu.com

 

Lancée il y a plus d’un mois, l’«Opération Mamba» et ses quelques arrestations, enregistrées ces dernières semaines, est loin de convaincre Jean Elvis Ebang Ondo. Au cours de sa conférence de presse du vendredi 3 mars à Libreville, le président de l’Association de lutte contre les crimes rituels (ALCR) a dit la percevoir comme une simple diversion. Pour cause, cette opération ne s’attarderait que sur un seul aspect du malaise vécu par les Gabonais, tentant de mettre sous silence un autre aspect, considéré par l’association comme le plus urgent : le phénomène des assassinats avec prélèvement d’organes. Or, «les autorités gabonaises privilégient les crimes économiques aux crimes rituels contre les personnes, les assassinats, les meurtres avec préméditions» a constaté le président de l’ALCR. A travers ce choix, a-t-il soutenu, les autorités «favorisent ou assurent l’impunité des auteurs et leurs complices», comme elles laissent penser qu’au sommet de l’Etat, «l’argent a plus d’importance que l’être humain». Si non, comment comprendre la célérité de la justice à interpeler les personnes soupçonnées de crimes économiques, quand celle-ci fait preuve de lenteur voire de laxisme, face aux personnes soupçonnées de perpétrer ou de commanditer les crimes rituels ?

Jean Elvis Ebang Ondo, président de l’ALCR, le 3 mars 2017 à Libreville. © Gabonactu.com

«Pour arrêter un présumé commanditaire d’un crime rituel, (les autorités) exigent des preuves, refusent les témoignages, mettent en place des longues procédures qui s’achèvent par le classement de dossiers dans les tiroirs de l’histoire. Depuis quelques mois, nous assistons à une vague d’arrestations de hautes personnalités de l’Etat ayant commis les crimes économiques, sans publication de preuves avec des procédures judiciaires boiteuses», a fait remarquer Jean Elvis Ebang Ondo.

«J’interpelle une fois de plus le chef de l’Etat d’agir car, la justice populaire risquerait de s’installer chez nous» a averti le président de l’ALCR. Au sein de cette association, on estime qu’il est de la responsabilité de la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI) de prévenir et d’investiguer sur les questions de crimes économiques, et du ressort de la Haute cour de justice de juger les personnes soupçonnées. «Arrêtez de divertir la population !», s’est écrié Jean Elvis Ebang Ondo, non sans annoncer que «la colère de Dieu s’abattra bientôt sur le Gabon».

Douze ans après la découverte du corps de son fils mutilé, le président de l’ALCR n’a pas caché que sa lutte a permis d’enregistrer quelques avancées, à l’instar de l’organisation des marches, l’instauration d’une journée nationale (le 28 décembre) dédiée aux victimes des crimes rituels, l’implantation du «Jardin des Saints innocents» au bord de mer, les publications des livres, la diffusion des films pédagogiques, la remise officielle du mémorandum au chef de l’Etat en 2013. Seulement, la reprise des sessions criminelles en 2012 n’a pas duré longtemps. Au bout de trois ans, en 2015, celles-ci ont à nouveau été interrompues. Et depuis, a regretté l’ALCR qui en appelle à l’intervention du Syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag), «les assassins arrêtés ont été libérés».