Particulièrement remarqué ces dernières années, le journaliste du quotidien gabonais L’Union, Jonas Moulenda, est à nouveau inquiétée par la justice. On lui reproche d’avoir supputé qu’une «grosse légume» pourrait être à l’origine du meurtre à Mouila de l’adjudant-chef Marcel Mayombo.  

Jonas Moulenda journaliste de l'Union Liberté de la Presse

Jonas Moulenda, journaliste au quotidien L’union, n’est vraisemblablement pas prêt de retrouver la quiétude. Inquiété depuis la publication de sa série d’articles sur les violences post électorales de Port-Gentil, il a été l’objet de poursuites judiciaires pour «diffamation» à l’encontre de l’ancien directeur générale du Conseil gabonais des chargeurs, Alfred Nguia Banda. Il va maintenant devoir à nouveau s’expliquer devant la justice.

Cette fois, l’affaire se rapporte à l’assassinat à Mouila de l’adjudant-chef Marcel Mayombo. L’information a été révélée par Koaci.com. Le site Internet indique que le journaliste a écrit que «le commanditaire serait une grosse légume des arcanes du pouvoir.» Et de poursuivre que «d’après le procureur général, dans une émission télé qui est passée dimanche 27 mai 2012, une enquête serait ouverte sur Jonas Moulenda par rapport à ses déclarations. Ayant cité cette grosse légume, cela signifierait que Jonas Moulenda connait le commanditaire. Alors pour le procureur, Il devra donc donner son nom à la justice.» Le journaliste aurait indiqué que «sa source était judiciaire anonyme.» Celle-ci, «en lui donnant ces informations, a violé le secret de l’instruction et c’est une grave faute», poursuit Koaci.com.

Joint au téléphone, Jonas Moulenda assure avoir été informé de l’article de Koaci.com. Sans en dire plus, il affirme que le procureur général près la Cour d’appel de Libreville a déposé une plainte contre lui. On peut donc s’étonner de cette procédure qui aurait simplement fait place à une simple convocation du journaliste visant à en savoir plus. Mais la protection des sources étant un principe cardinal de la profession de journaliste, on doit penser que la démarche n’aurait pas prospéré.

On peut cependant s’interroger sur les visées du procureur général près la Cour d’appel de Libreville. Si celui-ci a une emprise sur les juridictions d’Oyem, Lambaréné et Libreville, mais la circonscription judicaire de Mouila où les faits se sont déroulés ne dépend pas de lui. De plus, pourquoi Jonas Moulenda et non la multitude de titres qui ont insinué des pistes quant aux plausibles commanditaires du crime de l’adjudant-chef Marcel Mayombo ?

On se souvient par exemple qu’à travers un coup de fil passé à l’hebdomadaire Le Scribouillard pour se plaindre de ce que sa femme, Albertine, y a été maltraitée, Pierre-Claver Maganga Moussavou, président du PSD, a indiqué une piste au sujet du meurtre de cet adjudant-chef : «Il y a des vrais sujets que vous ne traitez pas. Par exemple, les militaires qu’on assassine à Mouila. Vous connaissez qui en est le commanditaire, il siège tranquillement au gouvernement.» Le journal La Loupe, par exemple, a indiqué que cette affaire pourrait déboucher sur «la mise en examen et l’inculpation d’un «gros poisson» étoilé de nos forces de sécurité sur lequel pèseraient de lourds soupçons», autrement dit sur un général d’armée. Jonas Moulenda n’est donc pas un cas unique quant aux pistes insinuées.

Parti en manœuvre militaire, le 14 décembre dernier à une vingtaine de kilomètres de Ndendé dans la province de la Ngounié ou se trouve le Centre d’Instruction de la 6e Région militaire de Mouila, l’adjudant-chef Marcel Mayombo n’est jamais revenu avec le groupe dont il faisait partie et qui comprenait des nouvelles recrues. Personne ne s’était rendu compte de sa disparition. Il sera retrouvé mort, avec des preuves d’ablation de la langue des yeux, des tétons et des organes génitaux, au bord d’une rivière du village Nanga, où la petite troupe avait pris un bain. Personne ne comprend ce qui a pu se passer pour qu’un instructeur et examinateur de l’armée gabonaise se fasse ainsi avoir, et pourquoi les villageois n’ont pas découvert ce mort avant les militaires envoyés par leur hiérarchie. On note que les autorités judiciaires de cette province ont évolué dans l’enquête qui a permis de mettre en cause et de placer sous mandat de dépôt quatre militaires en service à Mouila : le lieutenant P. Moukagni, les adjudants chefs A.D. Nziengui, B. E. Ntoutoume et le sergent-chef R. Ivounda.

L’enquête devrait donc, logiquement, se poursuivre de ce côté-là et non du côté d’une «source judiciaire anonyme» qui a sans doute fait état d’un simple faisceau de présomptions. Le secret de l’enquête n’a, de toute évidence, pas du tout été brisé puisque le lectorat du quotidien L’union n’est pas plus avancé pour ce qui est de l’identification du présumé commanditaire du meurtre. Que veut-on donc faire subir à ce journaliste qui n’en a pas écrit plus qu’un autre ?