Editorialiste, modérateur du forum de discussion et directeur de la rédaction de Gabonreview, Luc Lemaire a quitté la terre des hommes, le 27 mars 2013. Il doit désormais la regarder depuis la constellation des grands esprits.  Interloquée et envahie d’amis et sympathisants, la rédaction de Gabonreview a eu du mal à travailler ce jour. Le condensé d’une vie ou d’une «symphonie inachevée», pour emprunter l’expression de Julio Iglesias.

Luc Lemaire, le 27 mars 2010 à Libreville, lors de son mariage. © Gabonreview

 

Cofondateur et directeur de la rédaction de Gabonreview, Luc Lemaire s’est éteint le mercredi 27 mars 2013 à l’Hôpital d’Instruction des Armées Omar Bongo Ondimba à Libreville, victime d’un fulgurant neuro-paludisme qui a réveillé d’autres maux latents. En janvier dernier, il venait d’atteindre l’âge de 51 ans.

On peut lire dans l’onglet ACI Presse, à la rubrique «Qui sommes-nous ?» qu’«Après des études de mathématiques, de français, d’ethnologie, d’audiovisuel, de photographie, de sciences de l’éducation,Luc Lemaire a travaillé comme journaliste scientifique dans la presse professionnelle, médicale et informatique en particulier. Pendant 15 ans, il collabore avec de nombreuses ONG à travers le monde, divers groupes média et établissements culturels, où il assumera les fonctions de journaliste, secrétaire de rédaction, chargé de mission, directeur artistique ou rédacteur en chef. Dans le même temps, il effectue des reportages à l’étranger (Amériques, Afrique, Europe, Moyen-Orient). En 1999, il s’installe à Libreville, au Gabon. Il crée et participe à diverses entreprises de communication et d’information. Directeur de la rédaction et de la production de ACI Presse, ses domaines d’intervention sont la direction artistique et rédactionnelle, la conception graphique, la réalisation de stratégie de communication et la production média (papier, internet et audiovisuelle)», une manière de résumer la vie dense qu’il aura menée à travers le monde et qui fera qu’il soit présent à Berlin au moment de la chute du mur en novembre 1989 ou à Sarajevo durant la guerre de Bosnie-Herzégovine, deux ans plus  tard.

On le retrouve ensuite en reportage au Pérou, aux USA, au Canada, aux Antilles, à Cuba ou encore à traverser le désert du Sahara pour les besoins d’un magazine CD-Rom, «Approche Plus Loin», qu’il avait créé avec quelques associés. En partance pour le Congo Brazzaville qui exhalait encore le souffre de la guerre de 1997, Luc Lemaire se résout à s’arrêter au Gabon. Il arrive donc à Libreville en 1999. Pris sous le charme du pays, il entreprend d’y travailler. Après Afrocom international avec Joël Bougère, il travaille à la communication de Télécel au moment du lancement de la téléphonie mobile au Gabon. Avec Gilles Sebilleau et Tony Ngnoundou, Luc Lemaire contribue à la naissance, en 2002, de Black FM, une radio qui aura alors remué les ondes hertziennes librevilloises. Après avoir animé, pour le compte de la mairie de Libreville, le magazine «La Cité Bouge», Luc Lemaire crée le magazine «Business Gabon», en mars 2007, un peu après avoir été porté éditeur du site Internet «Gaboneco.com», aujourd’hui repris par un autre producteur.

Boulimique du travail, il se couche tard, au point que les Editions ACI qu’il a créées entretemps et qui comptent également une petite imprimerie numérique, finissent par être connues comme un endroit où on ne dort jamais, où les clients peuvent trouver satisfaction en cas d’urgence. Il trouve en François Ndjimbi, un autre passionné et couche-tard, le partenaire idéal pour animer «Gaboneco.com», «Business Gabon», «Urban en Poche», «Green Business» et «Confidentiel Gabon». Chaque année, au mois de janvier, ce duo, en compagnie de la photographe Aimée Arias Danger, accompagnait La tropicale Amissa Bongo, tour cycliste international organisé au Gabon, pour lequel il réalisait un quotidien dénommé «La Gazette de la Tropicale».

© Gabonreview

Mais Luc Lemaire a créé et animait également un studio de création graphique (conception graphique, les plaquettes, invitations, cartes de visite, brochures et rapports annuels, illustrations, création de charte graphique de société, etc.) ; une imprimerie numérique (impression, façonnage, gestion de fichiers personnalisés, impressions en urgence, etc.) et Item CPC (contenu éditorial, studio multimédia intégrant réalisateurs vidéo et Web masters, gestion de projets de communication et planning stratégique). Le petit groupe ACI Presse était par ailleurs devenu une entreprise école où de nombreux jeunes gens se sont formés en y travaillant avant d’aller fonder leur propre entreprise ou simplement se mettre à leur propre compte. Parmi les «élèves» de Luc Lemaire, on compte, entre autres, Max Ngassa dit Ultramax qui a créé à Paris l’entreprise de production vidéo Uxfilm, Christian Ebé qui a créé E-Graphic, Stéphane Fotso qui a créé BJ’S Concept, Justin Ndoutoume qui a créé l’imprimerie Pierr’ Dor, Ludwine Iromba qui a créé Irocom ou Fiurella Théodose qui a créé Murime and Co.

Luc LemaireDoué d’un sens inouï de la répartie et d’une culture quasi encyclopédique, Luc Lemaire pouvait débattre de sujets aussi divers que variés (sciences fondamentales ou appliquées, photographie histoire, philosophie, arts et spectacles) et il maniait très bien les nouvelles technologies de la communication (infographie, webdesign, programmation html). L’homme était vraiment un original et on ne l’a vu en costume-cravate qu’à des occasions très exceptionnelles, comme lorsqu’il a épousé Christaline Ndinga, le 27 mars 2010, et avait été contraint de revêtir un Parker des grands soirs.

Plutôt que réussir dans la vie, Luc Lemaire avait choisi de réussir sa vie. Les entreprises crées ont bien souvent connu des déboires mais doté d’un optimisme hors pair contagieux, il a souvent pu repartir du bon pied. Sur sa page Facebook, à la rubrique «À propos de Luc», on lit trois citations caractéristiques de son profil psychologique et moral : «Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?» ; «La religion existe depuis que le premier hypocrite a rencontré le premier imbécile !» de Voltaire, et «Quand je suis allé à l’école, ils m’ont demandé ce que je voulais être quand je serais grand. J’ai écrit « heureux ». Ils m’ont dit que je n’avais pas compris la question. J’ai répondu qu’ils n’avaient pas compris la vie», une phrase de John Lennon le leader des Beatles. C’était tout Luc.

Il laisse une femme, Christaline, et trois enfants, les jumeaux Corto et Carol et leur petite sœur Cho.

Ainsi que l’écrivait le poète anglais Percy Shelley : «Paix, Paix. Il n’est pas mort. Il n’est pas endormi. Il s’est réveillé du songe qu’est la vie.»