Si les principaux acteurs gabonais du Paris livre 2018 ont déjà été présentés sur Gabonreview, à l’exception de Bessora programmée pour demain et de l’introuvable Janis Otsiemi, le stand du Gabon au salon parisien du livre attire nécessairement un monde hétéroclite. On y a notamment rencontré Steve Renombo des Éditions Raponda Walker, Jheff  Nsogo Mouissi, un étudiant furieux de lecture, et Bernard Desjeux, un européen ayant fait la connaissance du Gabon par le passé et dont le stand jouxte celui du Vert-Jaune-Bleu.

Rencontre entre le couple Ngou (Albert et Honorine) et Bessora, devant le stand du Gabon au Livre Paris, le 18 mars 2018. © Gabonreview

 

STEVE RENOMBO : «L’ANNÉE PROCHAINE LES CHOSES SERONT MIEUX ORGANISÉES» 

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Secrétaire perpétuel des éditions Raponda-Walker, Steve Renombo est l’un des acteurs du stand du Gabon au Livre Paris 2018. Expresso avec ce maître de conférences au département de Lettres modernes de l’Université Omar Bongo.

Gabonreview : Que font les Éditions Raponda ici au Salon du Livre

Steve Renombo : Première maison d’édition gabonaise, les Éditions Raponda-Walker ont répondu à l’invitation de l’ambassadeur du Gabon en France s’agissant du Salon du livre de Paris.

Quelles sont les activités réalisées par les Éditions à cet événement ?

Il faut avant tout se féliciter de ce que,  pour la première fois  nous exposons non pas en tant qu’éditeur gabonais, mais autour d’un stand estampillé Gabon. Ensuite, nous présentons un certain nombre de livres. Comme vous le savez, les éditions interviennent beaucoup plus dans les sciences humaines, dans la suite des champs que Raponda Walker lui-même avait investis. Nous avons des livres d’histoire sur le Gabon, de linguistique, de sciences politiques, de littérature… un échantillonnage suffisamment représentatif.

Que pensez-vous de l’accueil du public ou plutôt de son affluence au stand du Gabon ?

Le public est très intéressé, sauf que l’espace est assez restreint. C’est une première et l’échantillonnage que nous avons apporté n’a pas pu être correctement déployé. Il y a quand même quatre ou cinq éditeurs autour de ce stand. Mais je  crois que l’année prochaine, en 2019, les choses seront beaucoup mieux organisées. Toujours est-il que les  personnes sont nombreuses à visiter le stand : des gens qui connaissent le Gabon et qui le connaissent moins. Cependant, nous regrettons le quotient de présence de la communauté gabonaise : elle n’est pas suffisamment représentée. Est-ce un problème d’information ? Un désintéressement quant au livre ? Je ne sais pas.

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JHEFF  NSOGO MOUISSI : «IL EST NÉCESSAIRE QUE LA JEUNESSE GABONAISE S’IMPRÈGNE DE LA LITTÉRATURE»

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Doctorant à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris, le jeune homme travaille à un doctorat en histoire des relations internationales. Son sujet porte sur les relations diplomatiques entre le Gabon et le Maroc, de 1972 à 2013. Il était au Livre Paris et n’a pas manqué, naturellement, de faire un tout au stand du Gabon.

Gabonreview : Quelle impression vous fait la présence d’un stand dédié au Gabon à cette édition du Livre Paris ?

Jheff  Nsogo Mouissi :C’est une bonne de chose que de voir un stand consacré à notre pays. Et voir également la production scientifique et littéraire dans cet espace. Certes, je suis historien de formation, mais il n’en demeure pas moins que j’ai toujours été passionné par les œuvres gabonaises depuis mon plus jeune âge. Et par de grands noms de cet art, à l’instar d’Eric Joël Bekalé, qui est également président des écrivains du Gabon, Sylvie Ntsame, Hubert Freddy Ndong Mbeng, etc.

Jheff Nsogo Mouissi rencontre Sylvie Ntsame. © Gabonreview

Avez-vous eu une belle surprise ou un coup de cœur sur ce stand ?

Effectivement. J’ai trouvé et acheté une œuvre de Sylvie Ntsame («Mon amante, la femme de mon père», ndlr) que je tenais absolument à lire.

Avez-vous pu échanger avec l’auteur ?

Oui, et c’était très fructueux. J’ai moi-même un projet de livre. J’ai donc pris ses coordonnées pour plus de détails sur les modalités de publication de mon ouvrage aux Éditions Ntsame.

Allez-vous acheter un autre livre sur le stand ?

Bien entendu ! Lorsqu’on vient à un tel événement, il faut repartir avec un souvenir. Déjà, j’ai acheté «Mon amante, la femme de mon père» mais je continue de regarder pour trouver d’autres ouvrages susceptibles de m’intéresser.

Je voudrais encourager la production littéraire auprès des jeunes gabonais et susciter la curiosité. Comme le disait Julien Green, «Le livre est une fenêtre par laquelle on s’évade». C’est pour dire que la littérature est une nécessité dans la vie quotidienne. Dans le cas du Gabon, il est nécessaire que la jeunesse s’imprègne de la littérature.

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BERNARD DESJEUX : «LE GABON, ÇA SE PASSE AVEC DES SOURIRES, ON FAIT CONNAISSANCE, ON DISCUTE ET ON EST TRÈS CONTENT»

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Journaliste, reporter-photographe indépendant et patron avec son épouse Catherine des éditions Grandvaux, Bernard Desjeux dont le stand est voisin du Gabon qu’il connaît, est l’une des formidables rencontres du commando gabonais au Livre Paris 2018.

Gabonreview : Mais qui est donc cet Européen qui campe au pavillon des Lettres d’Afrique ?

Bernard Desjeux : Je m’appelle Bernard Desjeux et le problème commence là ! Parce que d’abord on est deux,  je travaille avec ma femme,  je suis à la fois photographe, journaliste, éditeur, pêcheur, un peu voyageur. Et on a toujours tendance à me mettre dans des cases et j’ai un problème : c’est que je suis un touche-à-tout et que tout me touche. Donc, se présenter c’est très compliqué pour moi.

Vous êtes le voisin de droite du stand du Gabon. L’avez-vous un peu regardé ? Qu’en pensez-vous ?

Oui ! Alors, j’ai été très content pour beaucoup de raisons de voir le Gabon s’installer d’une manière un tout petit peu aléatoire sous ce stand où on ne sait pas très bien où sont les places de qui. Et nous en sommes contents parce qu’on a eu connaissance du Gabon il y a quelques années.

En fait ce n’est pas très pratique, ce stand. Puisque tout le monde arrive avec des valises, des bouquins, des souhaits, des espoirs, des voyages et tout ça ! Et on se passe un peu les uns sur les autres. Et c’est là où on voit la nature des gens :  et avec le Gabon, ça se passe avec des sourires. On fait connaissance. On discute et on est très content.

Ce que l’on regrette c’est que le stand soit trop petit. On a feuilleté les livres. On a trouvé des livres intéressants. J’ai vu les “Plantes du Gabon“. J’ai vu des récits, des poèmes. J’ai vu une dame qui me dit qu’elle a créé une librairie à Libreville avec son mari. Moi j’aime beaucoup  les couples : on est tous les deux, on sent une solidarité. On passe toujours par chez eux pour aller dans notre stand, on dit excusez-nous. On  répond avec des sourires. Bref ! C’est au moins le coté positif de ce salon-là.

Et si vous nous présentiez brièvement votre travail ?

Alors ! Notre stand, c’est une formule mais qui n’est pas qu’une formule. On a un travail vraiment fondé sur le partage. On pense que l’autre n’est pas une  soustraction mais plutôt une addition voire une multiplication. Et toute notre vie a été nourrie par les rencontres qu’on a eues avec les autres et aujourd’hui ne fait pas exception, hier ne fait pas exception et demain ne fera exception.

Tous les jours, on a notre moisson de rencontres et donc on fait des livres qu’on aime, pour des gens qu’on aime. On ne fait que ce qui nous plait et quand on nous parle de marketing, de fonds de placement, d’économie, des trucs comme ça, ça ne nous parle pas. Moi ce qui me plait c’est la meilleure manière de vendre nos livres. On vend de l’amour, du partage et on voit la qualité des gens qui viennent nous voir. On voit des gens jeunes, comme celui qui feuilletait un bouquin de 400 pages. Ça ne se voyait pas il y a 20 ou 30 ans. Aujourd’hui j’ai un tout petit de recul. Je peux dire que j’ai presque 50 ans de recul sur l’Afrique j’ai l’impression d’avoir commencé hier.

Il semble que  vous avez un passé avec le Gabon et peut-être même un avenir ?

C’était très curieux parce que j’étais plutôt familier de l’Afrique de l’ouest : j’ai beaucoup d’amis au Mali. J’ai fait le Niger, le Bénin (à l’époque c’était le Dahomey). J’ai la chance d’avoir maintenant une espèce de perspective par rapport aux années 60, les années de plomb, où il y avait de l’espoir. J’ai été formé avec René Dumont, «L’Afrique noire est mal partie», malheureusement quand je relis ce livre, que je  refeuillète 50 après, ce gars avait raison.

C’est quand même un tout petit peu triste qu’on ait perdu 50 ans et quand j’ai été au Gabon j’avais l’impression d’être dans un Émirat : avec des cafés à 5000 mille francs CFA, avec des hôtels à des prix complètement dingues et j’ai vu deux Gabon. En fait j’ai vu Libreville avec des énormes 4×4, des gens en costard cravate, des climatisations partout et puis l’autre côté non construit où j’ai beaucoup été et où j’ai été bien accueilli, à Franceville notamment. J’ai été surpris par la qualité du français parlé, la culture gabonaise, la qualité de l’accueil. L’image du Gabon en France, il faut le dire, est n’est pas excellente. Et j’ai découvert une gentillesse avec les étrangers : des Tchadiens qui font le bois, des chauffeurs de taxi qui sont béninois. C’est vraiment différent de l’Afrique de l’Ouest. Je dirai que c’est plus épais ; il y a une épaisseur de comportement. C’est plus dense que la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Bénin, le Cameroun. Il y a une espèce de gaité. Le Gabonais est moins expansif mais il va peut-être plus en profondeur