Avion présidentiel de notoriété publique, le Boeing 777-200 des Forces armées gabonaises a disparu des radars sans crier gare. Les recherches sont vaines pour le situer à travers le monde et rien ne filtre à son sujet. Vendu ? Mis en location ? Détruit ?

Le Boeing 777-200 de la République gabonaise. © Sylvain Gourheu/Pictaero.com

 

L’équivalent gabonais de l’Air Force One, pour ainsi dire le Boeing 777-200 de la présidence du Gabon a disparu. On peut au moins affirmer qu’il n’a plus été vu depuis un bon moment. Ce qui ne saurait être passé sous silence lorsqu’on se souvient du tintamarre ayant suivi son arraisonnement, en février 2015 à l’aéroport d’Orly en France, les relations entre la France et le Gabon en ayant même été affectées au point de friser la crise diplomatique. Germain Ngoyo Moussavou, ambassadeur du Gabon à Paris, avait alors été rappelé en consultation à cet effet.

Propriété du ministère de la Défense nationale du Gabon ou la présidence de la République gabonaise, c’est selon, le Boeing 777-200 portant l’immatriculation TR-K-PR des Forces armées gabonaises n’a en tout cas plus été utilisé par le président de la République lors de ses récents voyages officiels. À titre d’exemple, pour se rendre à Marrakech, le 13 novembre dernier pour les besoins de la Cop 22, Ali Bongo avait voyagé en Boeing 737. Le 25 du même mois, il débarquait à Antananarivo au sommet de la Francophonie dans le même 737. Un peu après, se rendant en visite économique en Chine, il utilisait encore un 737 tandis que pour se rendre au sommet de la Cemac à Yaoundé, le 23 décembre dernier, le président gabonais a utilisé un Gulfstream G650ER. Où est donc passé l’aéronef présidentiel ?

Selon des sources dignes de foi du milieu aéroportuaire de Libreville, le Personnel navigant technique de l’avion – c’est-à-dire les agents chargés du pilotage et de la maîtrise technique de l’engin, de la préparation technique des vols, de la navigation et des télécommunications – a été remercié, autrement dit licencié. «Le commandant de bord nous a dit qu’il a été mis au chômage et chercherait à travailler ailleurs, même si l’un des membres de l’équipage raconte à qui veut l’entendre que l’avion est en révision et que lui-même est en attente d’un stage», raconte le promoteur d’une compagnie aérienne domestique. L’avion a en tout cas disparu des radars, aucun outil civil permettant de suivre la trace d’un aéronef ne le retrouve. «Aurait-il changé d’immatriculation ?», interroge un jeune geek passionné des applications pour mobile permettant de tracker ou de suivre l’itinéraire des avions.

La disparition de l’aéronef présidentiel mérite tout de même que l’on s’interroge. D’aucuns prétendent qu’il serait en phase d’être détruit, d’autres pensent qu’il a discrètement été mis en location pour rapporter un peu d’argent, quand certains estiment qu’il a tout simplement été revendu. Ses «charges sur distance parcourue et ses coûts d’exploitation étaient forts onéreux», explique un passionné d’aviation et agent à l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna). Selon lui, «hormis les princes Arabes, très peu de personnes se permettent d’affréter un Boeing de cette taille à un usage privé ou restreint. Son entretien est si onéreux qu’il ne peut être soutenu qu’en affectant l’avion à un usage commercial.» Les autorités gabonaises auraient-elles eu les yeux plus gros que le ventre ? Crise économique aidant, ne se seraient-elles pas ravisées ?

Le 777 introuvable avait déjà défrayé la chronique en février 2015 lorsqu’il avait été arraisonné à Orly (France) pour des raisons d’impayés (lire «Immobilisation du Boeing 777 à Orly: Les dessous d’une affaire d’Etat»). La société suisse Travcon AG, spécialisée dans la mise à disposition d’avions pour VIP, réclamait alors au Gabon une ardoise d’environ huit millions de dollars (sensiblement 7,2 millions d’euros ou 4,72 milliards de francs CFA). Le 14 avril 2015, une décision du tribunal d’instance d’Ivry-sur-Seine prononçait la relaxe de l’aéronef du fait de son caractère insaisissable. Etant en effet immatriculé TR-K-PR, le Boeing 777-200  jouissait donc d’une immunité diplomatique pour appartenir des forces armées gabonaises (lire «Séquestration du Boeing 777 du Gabon : La justice française relâche l’aéronef»)

Cette histoire ressemblait un peu à un autre vaudeville aéronautique survenu en 2010, lorsqu’un Boeing 767-200 appartenant à la défunte compagnie aérienne Gabon Airlines avait été arraisonné sur un tarmac éthiopien au terme d’une révision. Là encore, le Gabon, condamné à s’acquitter d’une facture de 500 millions de francs CFA à Ethiopian Airlines, avait été épinglé en tant que mauvais payeur. La disparition du Boeing 777-200 de la présidence du Gabon aurait-elle quelques déterminismes du même genre ? On ne saurait y répondre, tant l’Omerta règne autour cet avion qui faisait tout de même la fierté du pays.