Discrètement, la haute juridiction institutionnelle a récemment baptisé ses salles de réunion des noms de plusieurs figures emblématiques du paysage politique et judiciaire du Gabon. 

Inattendu est l’hommage de la Cour constitutionnelle à Simon Oyono Aba’a, opposant primordial d’Omar Bongo, passé par la prison, avant d’en devenir ministre. © D.R.

 

L’heure est décidément au baptême des rues, avenues et salles de réunion. Comme l’Hôtel de ville de Libreville ayant honoré certains compatriotes ayant marqué l’histoire de leur quartier, de leur arrondissement ou du pays, la Cour constitutionnelle vient de décider de rendre hommage à des personnalités politiques et juridiques ayant marqué l’histoire du Gabon. Plusieurs salles de réunion de l’auguste institution portent en effet désormais des noms.

C’est le cas de Rose Francine Rogombé. Alors président du Sénat, l’élue de la commune de Lambaréné était connue pour avoir dirigé la transition – la première de l’histoire du Gabon – après le décès du président Omar Bongo Ondimba en juin 2009. Cet intermède avait conduit, conformément à la Constitution, à l’organisation de l’élection présidentielle anticipée d’août 2009. Décédée en avril 2015, elle avait aussi été la première femme à diriger le Sénat.

Une autre salle a été baptisée du nom de Jean-Pierre Ndong, magistrat ayant siégé à la Cour constitutionnelle (21 ans durant), de sa création en octobre 1991 à octobre 2012, lors des derniers changements intervenus dans cette institution. Marc-Aurélien Tonjokoué, ancien membre de la Cour Constitutionnelle lui aussi, s’est vu «attribuer» une salle. «Tonj», comme l’appelaient ses collègues, a été un dinosaure du paysage judiciaire du Gabon. Un baroudeur ayant siégé dans les tribunaux de l’intérieur du pays et de Libreville, et dans les juridictions d’exception, à l’instar de la Cour de Sûreté de l’État, pour finir dans la haute juridiction constitutionnelle. Un autre magistrat, baroudeur également, fait partie des personnalités honorées : Jean-Léger Alibala. Si celui-ci n’a pas siégé dans l’institution, il est connu pour avoir longtemps occupé le poste de Procureur de la République auprès du Tribunal de Libreville.

Plus inattendue est la photo de Simon Oyono Aba’a trônant dans la salle qui lui est «consacrée». Le leader historique du Mouvement de Redressement national (Morena) avait fait la prison en raison de ses prises de position politique, par lesquelles il avait défié le pouvoir avec l’historique manifestation du 1er décembre 1981 à la Gare routière de Libreville. «L’homme du 1er décembre» avait pris part à la Conférence nationale de mars-avril 1990, puis avait été, par la suite, appelé dans plusieurs gouvernements. Aujourd’hui, peut-être pour cela, la haute juridiction lui est reconnaissante !

Il s’agit en réalité d’une oeuvre à saluer. «Rendre hommage à des personnes ayant marqué l’histoire du pays est la preuve que les générations actuelles n’oublient pas celles qui les ont précédées», estime l’ancien ministre d’Etat et ancien membre de la Cour constitutionnelle Paul Malékou.