Neuf ans après la procédure judiciaire engagée contre Addax Petroleum Gabon, Armand Dagraça Tchitembo n’a toujours pas été dédommagé. La faute au laxisme de la justice gabonaise, au point que le plaignant en vient à solliciter l’intervention du président du Conseil suprême de la magistrature.

Neuf ans déjà que dure la procédure judiciaire engagée par Armand Dagraça Tchitembo contre Addax Petroleum Gabon. © Gabonreview

 

Licencié de la société Addax Petroleum Gabon en septembre 2009, à la suite d’un imbroglio professionnel et social, Armand Dagraça Tchitembo est depuis engagé dans un bras de fer avec la justice gabonaise. L’affaire serait-elle révélatrice du laxisme de la justice gabonaise face à la toute-puissance des compagnies pétrolières ? Oui, serait-on tenté de dire, tant plusieurs éléments semblent accabler l’appreil judiciaire. Dans le cadre du litige opposant l’ancien directeur-adjoint d’Addax Petroleum Gabon à son ancien employeur, un document compromettant conforte l’idée selon laquelle la justice semble impuissante ou plutôt aux ordres, dans certains dossiers.

Des menaces devant Huissier

Il s’agit notamment du procès-verbal de conciliation issue de la rencontre, en août 2013 à Libreville, entre deux représentants de la société Addax et Armand Dagraça Tchitembo. Une réunion dont les souvenirs hanteront certainement à jamais les nuits de ce dernier. «Vous conviendrez avec nous que cette affaire tarde depuis longtemps parce que c’est volonté d’Addax qui veut que cela dure», avait affirmé l’un des interlocuteurs d’Armand Dagraça Tchitembo, selon les propos relayés dans le procès-verbal d’Huissier de justice dont Gabonreview a obtenu copie.

L’on apprend également dans ce rapport d’Huissier qu’Armand Dagraça Tchitembo était pisté de jour comme de nuit, menacé, lui et sa famille. Ou encore, que des sommes mirobolantes lui ont été proposées pour régler le contentieux à l’amiable. Dans ce sens, il avait refusé une offre de 250 millions de francs CFA, proposée par un émissaire se disant «proche» du chef de l’Etat. «Vous pensez qu’après avoir  travaillé toutes ces années dans une société comme celle-là et avoir rendu tous ces services, l’on vous donne juste 250 millions et, en plus avec des conditions à prendre ou à laisser est raisonnable ?», avait alors interrogé Armand Dagraça Tchitembo pour regimber.

Intercession du chef de l’Etat

Si la rencontre entre le concerné et les représentants d’Addax avait débouché sur un certain nombre d’accords verbaux, force est de constater que le contentieux persiste neuf ans après. Au point qu’Armand Dagraça Tchitembo en vienne à solliciter l’intervention du chef de l’Etat en personne, dans un courrier daté du 2 avril. «Je vous saurai gré des instructions que vous voudriez bien donner pour que cette affaire connaisse un épilogue conforme aux lois et règlements de notre pays», souhaite l’ancien DGA d’Addax Petroleum Gabon désabusé.

L’intervention souhaitée d’Ali Bongo dans ce dossier n’est d’ailleurs pas anodine. En effet, Armand Dagraça Tchitembo croit savoir que l’interminable procédure judiciaire est le fait d’un ancien haut fonctionnaire du ministère du Pétrole, et ancien conseiller à la Présidence de la République. «Déjà, au moment de mon licenciement, ce compatriote avait affirmé que vous (Ali Bongo, ndlr) étiez personnellement favorable à mon départ. Ne voulant m’opposer à l’autorité de mon pays, je fis alors le choix de me plier à cette injonction que l’on disait provenir de vous. Récemment encore, il m’a été affirmé que vous vous êtes prononcé pour des modalités particulières de règlement du conflit», a affirmé Armand Dagraça Tchitembo dans son courrier au président de la République.

A ce qu’il semble, la posture du fameux haut cadre du ministère du Pétrole vise à «donner des gages de loyauté à des personnes avec qui il été en affaire». Gérant ou actionnaire de plusieurs sociétés sous-traitantes d’Addax Petroleum Gabon dans divers domaines, ce dernier possèderait de gros intérêts au sein de la société pétrolière. «Toutes les procédures légales ont été utilisées par mes soins mais, rien ne semblait pouvoir ébranler la détermination du conseiller Koumbi Jean à dicter sa loi et imposer une solution qui ferait les affaires d’Addax Petroleum», a insisté Armand Dagraça Tchitembo. Plus d’un mois après l’envoi du courrier, le plaignant semble n’avoir toujours pas reçu de réponse du Palais du bord de mer.