Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur Port-Gentil, le samedi 13 et dimanche 14 décembre derniers, ont provoqué des inondations dans plusieurs quartiers. Un jeune homme, 31 ans, est ainsi mort électrocuté les pieds dans l’eau, provoquant ainsi la colère de la population de Matanda.

La population en colère de Matanda à Port-Gentil (capture d’écran). © Gabonreview/Louis Mbourou
La population en colère de Matanda à Port-Gentil (capture d’écran). © Gabonreview/Louis Mbourou

 

Scènes ayant suivi la mort du jeune marin (en haut). © Gabonews et Gabonreview/Louis Mbourou
Scènes ayant suivi la mort du jeune marin (en haut). © Gabonews et Gabonreview/Louis Mbourou

A Matanda, du fait de ces pluies, les rues se sont transformées en véritables lacs artificiels obligeant ses habitants à retrousser pagnes et pantalons jusqu’aux genoux. Plus grave : avec les branchements anarchiques et les installations peu fiables pour la fourniture d’électricité, l’irréparable est très vite arrivé. En effet, rentrant chez lui à l’aube, le lundi 15 décembre, un jeune marin de 31 ans, Hervé Martial Mabika, a été électrocuté alors qu’il avait les pieds dans l’eau près d’un poteau électrique jugé dangereux par les riverains. «Ce poteau avait des fils qui pendaient. Nous avons alerté la SEEG dont les agents du service technique sont passés juste pour mettre un ruban de sécurité, rouge et blanc, tout autour. Mais avec la montée des eaux consécutives aux grandes pluies de ces derniers jours, le ruban, immergé, n’était plus d’aucune utilité. La victime n’a donc pas pu le voir», a confié un habitant du quartier.

Ce drame a mis tout le quartier dans une telle colère que les habitants ont dans la journée du même lundi dressé les barricades sur la voie principale pour manifester contre la négligence dont montre le monopoleur en fourniture d’électricité et la mairie de Port-Gentil. «Nous connaissons de grandes inondations dans le quartier depuis que le canal qui mène à l’océan est bouché. Cela fait plus de quatre ans qu’il n’a pas été curé. Nous avons commis des délégations auprès de l’autorité municipale afin qu’on y pense mais nos démarches ont été vaines. Les démarches auprès de la SEEG pour régler le problème de ce poteau électrique dangereux sont également restées sans succès. Les deux, la mairie et la SEEG portent donc l’entière responsabilité du drame que nous venons de vivre», a expliqué un dignitaire du quartier, très remonté, devant les barricades lundi dernier.

La détermination des populations a amené les autorités locales en tête desquelles le Gouverneur de la province, Martin Boguikouma, à négocier la réouverture de l’unique voie menant vers le plus grand centre hospitalier de la ville à Ntchengué. Mais ni les promesses des autorités ni la présence des policiers n’ont fait reculer les manifestants. Ces derniers ont toute la journée et la nuit de lundi au mardi tenu tête aux forces de l’ordre qui ont dû reculer face à leur détermination. La situation est restée en l’État dans la journée de mardi jusqu’à ce que Martin Boguikouma ne se rende sur les lieux en fin d’après midi pour discuter avec les populations en colère. Après le rétablissement de l’électricité coupée dans le quartier depuis la matinée de lundi, et le lancement des travaux permettant de déboucher la buse qui permet l’évacuation des eaux de pluie vers l’océan, les populations ont consenti à libérer la voie, le mardi 16 décembre en début de soirée.

Il est à souligner que le problème des canalisations se pose avec acuité dans la capitale économique qui connaît des inondations à la moindre averse. Conscient de cette situation, le président de la République avait, lors du premier conseil des ministres décentralisé tenu à Port-Gentil en 2010, promis la construction d’un grand canal pour l’évacuation des eaux de pluie. Les financements pour la réalisation de cet ouvrage étaient déjà disponibles, avait-on annoncé à l’époque. Mais près de cinq ans après les Port-Gentillais attendent toujours la construction de ce grand canal présenté comme la solution au problème récurrent d’inondation.

D’autre part, les branchements anarchiques favorisés que laisse faire la SEEG ou des câbles traînant à même le sol, constituent un véritable problème pendant la saison pluvieuse. L’eau et l’électricité ne faisant pas bon ménage, le drame que l’on vient de connaître, qui n’est pas le premier, risque de ne pas être le dernier si des mesures urgentes ne sont pas prises. On se souvient encore de cette quadragénaire électrocutée alors qu’elle traversait un pont sur lequel traînaient des câbles électriques sous une pluie battante. Le drame avait plongé toute la ville dans l’émoi. Mais les autorités n’avaient tiré aucune leçon de l’histoire… hélas!