Allégeance au palais présidentiel, précipitation, marginalisation de deux conseiller-membres et fonctionnement sournois alors que son bureau directeur est officiellement incomplet, la Haute autorité de la communication (Hac) annonce la couleur : elle ne sera jamais impartiale. Son président a déjà amené les sept membres du conseil provisoire recevoir des consignes dans l’antre d’Ali Bongo.     

Si elle prend ses ordres au palais présidentiel dès le commencement, la Hac pourra-t-elle réellement veiller au «respect de l’expression de la démocratie et la liberté de la presse» ? © risparmiamocelo.it

 

On redoutait que, placée sous la présidence de Raphaël Ntoutoume Nkoghe, la Haute autorité de la communication (Hac) ne devienne une autre tour de Pise, surnom de la Cour constitutionnelle du Gabon, «toujours penchée en faveur du pouvoir». Près de trois semaines seulement après sa nomination à la tête de l’instance indépendante, le président de la Hac a organisé une rencontre, le 19 juin, à la présidence de la République avec les sept membres déjà nommés. But de la manœuvre : aborder la manière de gérer la distribution du temps d’antenne lors des toutes prochaines législatives. Une manière d’aller prendre les ordres.

Pourtant, la Hac est «une autorité administrative indépendante (…) jouissant de l’autonomie de gestion financière (et) chargée de veiller en toute indépendance et impartialité (…) au respect de l’expression de la démocratie et la liberté de la presse sur toute l’étendue du territoire», peut-on lire dans le rapport final du conseil des ministres du 23 février dernier. Comment donc une instance indépendante peut-elle se rendre au palais de la République en vue d’y recevoir des consignes ? En tout cas, les choses s’annoncent bien : ceux qui pensaient que Raphaël Ntoutoume Nkoghe mettra la Hac au service du pouvoir ont d’ores et déjà raison. Remplaçant le Conseil national de la communication (CNC) dont la dissolution était une résolution du Dialogue politique d’Angondjé, la nouvelle instance montre en effet qu’elle ne saurait être indépendante.

Mieux, le président de la Hac indique déjà qu’il ne s’encombrera ni de scrupules ni de la forme encore moins du fond. On n’en voudrait pour preuve que le fait que la délégation de la Hac s’étant rendue au palais présidentiel ne comptait que les sept (7) conseiller-membres nommés en Conseil des ministres du 31 mai dernier : Lucie Akalane, Christian Olivier Lasseny, Guy Roger Lendira, Jean Louis Mabendi, Félicien Biviga Koumba et François Mouwaka Ngonda, bien entendu cornaqués par Raphaël Ntoutoume Nkoghe himself. Or, en son fondement, l’institution compte neuf (9) hiérarques. Élus le 9 juin dernier par les professionnels de la communication, les deux membres provisoirement manquant, Abel Nzegho Mimongo et Timothée Memey Boussiengui, ont donc tout simplement été ignorés, sinon snobés.

Dans les normes et logiquement, la Hac ne saurait fonctionner sans l’entièreté de ses neuf conseiller-membres. Pourquoi, le président de la structure ne pouvait-il pas attendre le conseil des ministres – certainement celui de ce jeudi 21 – devant entériner l’élection et l’entrée à la Hac d’Abel Nzegho Mimongo et Timothée Memey Boussiengui ? On ne le sait que trop aujourd’hui, la forme est protectrice des libertés, autrement dit lorsque la forme n’est pas respectée, les libertés en pâtissent. Supposée indépendante, la Hac pourra-t-elle vraiment, avec une telle amorce, veiller normalement au «respect de l’expression de la démocratie et la liberté de la presse» ? On en doute déjà. Mais l’émergence à la gabonaise a-t-elle jamais été respectueuse des normes, principes, textes et institutions ?