Au sein des universités publiques du Gabon, le personnel enseignant, à l’instar des membres du Syndicat national des enseignants-chercheurs (Snec), tente de réanimer un mythe disparu depuis plusieurs années : le respect des franchises universitaires sans cesse violées par les forces de l’ordre.

Depuis plusieurs années, des gendarmes armés sont en faction au portail et à l’intérieur de l’UOB. © Gabonactu.com

 

Au Gabon, la présence quotidienne des agents des forces de l’ordre dans les universités, encagoulés et arborant un arsenal impressionnant à certains moments, n’étonne plus. Cette présence, y compris en dehors des grèves, est presque devenue banale, d’autant plus que le principe de non violation des franchises universitaires a volé en éclats depuis fort longtemps. La faute à un gouvernement qui a toujours préconisé la violence avant toute discussion avec les étudiants, mais également au laxisme ou à l’absence d’autorité de certains recteurs, d’ailleurs nommés par le même gouvernement. Toutefois, un groupe d’irréductibles entend faire respecter à nouveau ce principe. Il s’agit du personnel enseignant.

Réunis autour du Syndicat national des enseignants-chercheurs (Snec), ces derniers ont récemment saisi les représentants du peuple (députés et sénateurs) ainsi que le gouvernement (ministre de l’Enseignement supérieur), pour se plaindre des violations répétées des franchises universitaires ces dernières années. Ils ont mis en relief une récente violation orchestrée par un Général de gendarmerie à l’Ecole normale supérieure (ENS) de Libreville.

«Le mercredi 7 mars 2018, vers 10 heures, le bureau du Dr Annie Beka Beka, chef du département des Sciences économiques et sociales à l’ENS, (a été) investi par trois gendarmes qui sont venus l’interpeler, (…) envoyés par leur chef qui serait un Général de la gendarmerie nationale», a affirmé, jeudi 15 mars, Jean Rémy Yama à la faveur d’un point presse. Selon le porte-parole de circonstance du Snec, le motif ayant conduit le Général à envoyer «ses éléments» pour saisir l’enseignante était l’exclusion de «sa fille». Or, à l’ENS, l’on assure qu’il ne pouvait en être autrement : l’étudiante a été «exclue pour absentéisme chronique». Le Snec pointe «un abus d’autorité».

Si l’incident du 7 mars est peu courant, les syndicalistes n’en voient pas moins une «énième intrusion illégale des gendarmes dans un établissement d’enseignement supérieur». Pour eux, il est urgent que cela s’arrête. Ils dénoncent notamment une violation des textes internationaux et nationaux, à l’instar du point 26 de la Recommandation de l’Unesco du 11 novembre 1997, concernant la condition du personnel enseignant de l’Enseignement supérieur.

«Cette énième violation des franchises universitaires ne restera pas impunie», a promis le Snec, avant d’indiquer qu’il «se réserve le droit d’ester en justice pour que les trois exécutants comme leur commanditaire répondent de leurs actes». Le syndicat a enfin demandé «que soit retiré du campus de l’université Omar Bongo, le contingent de gendarmes dont la présence ne se justifie pas mais qui malheureusement obère les finances de cette université».

Depuis l’incident de l’ENS, ni le ministère de l’Enseignement supérieur ni celui de la Défense nationale n’ont réagi. Rien d’étonnant, d’autant que les franchises universitaires jadis réputées inviolables ne sont plus qu’un mythe.