En librairie depuis février 2018, «Forêt d’amalgames», le livre d’Arnaud Nodon, imprimé à compte d’éditeur en France, est un nouvelle poétique faisant le procès de la société gabonaise, mais donnant également à voir le dépassement de soi dans les situations d’impasse.

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Oser, c’est peut-être ce qu’a fait ce jeune auteur Franco-gabonais. Arnaud Nodon, dans son deuxième ouvrage, Forêt d’amalgames, s’est départi de son désir d’offrir aux lecteurs des poèmes pour leur servir un récit poétique. Son ouvrage qui raconte une histoire à travers des poèmes titrés, mettant en avant des personnages, à la manière d’un roman ou d’une nouvelle, et triturant des intrigues au fil de la narration. «Forêt d’amalgames» se présente littéralement comme une succession de séquences poétiques narratives.

Arnaud Nodon lors de son passage dans les locaux de Gabonreview. © Gabonreview

 «J’ai choisi ce format du fait que mon premier livre, «Colère noire», recueil de poèmes, n’a pas connu de succès parce que les lecteurs affirment ne pas trop aimer la poésie sous sa forme naturelle. Ils veulent qu’on leur raconte une histoire et c’est de là qu’est né mon envie de faire de la poésie à travers une histoire», a expliqué le jeune auteur.

L’histoire de «Forêt d’amalgames», en elle-même, est assez banale et assez simple. C’est le récit de la mésaventure de Petit Mba, un jeune des quartiers populaires comme on les voit à Libreville. Commissionné par sa tante pour aller chercher des médicaments afin de soulager un enfant souffrant, il entreprend de se faire accompagner par son frère (Cousin) Espoir. Malheureusement, pendant leur trajet, ils font un accident dont Espoir décède. Ce décès va générer l’éclatement de la cellule familiale.

 «Forêt d’amalgames» met donc en exergue la multitude des incompréhensions, des amalgames qui conduisent à la détérioration, à la dégradation, à l’effritement du lien social. Les thèmes du récit se rapportent au quotidien et rappellent le vécu de chaque Gabonais : crimes rituels, insécurité routière, inondations, insalubrité, problèmes de structures sanitaires… Arnaud Nodon dépeint ainsi la fresque sociale du pays qu’est le Gabon.

Le récit jette la lumière sur une attitude absurde bien connue des Gabonais : les parents ne rappliquent à l’occasion d’un décès, n’apparaissent que le temps des obsèques. «Le deuil est devenu un lieu de retrouvailles, un lieu de rassemblement et on y retrouve parfois de nombreuses personnes qu’on a perdu de vue», rappelle Arnaud Nodon  insistant sur le fait que son ouvrage ambitionne de «dénoncer tout ce qui détériore le lien social», mais aussi «apporter une ouverture avec pont de lianes».

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«A travers une observation sur les fourmis rouges, les fourmis blanches et jaunes, je montre qu’elles s’unissent effectivement pour créer un pont pour passer et dépasser les difficultés. C’est une sorte de dépassement de soi». La poésie de l’auteur explique ainsi qu’il faut aller chercher des solutions pour recréer des ponts de lianes, dans son entendement propre, parce qu’ils font partie du patrimoine commun.

«Forets d’amalgames» désigne donc que les multiples et différents amalgames qui se construisent au fil des jours et du temps finissent par détruire les liens sociaux et les vies. «Elles nous isolent, nous replient et conduisent à la solitude», affirme l’auteur.

Avec le décès de son frère, le personnage principal accuse le coup d’autant plus qu’éclate une violente dispute entre un oncle (l’homme à la 4×4 noire) ayant réussi socialement et une tante qui ne s’en sort pas. «Il y a un rapport avec l’argent bien connu à Libreville qui fait que, lorsqu’il y a un décès, certains parents pensent pouvoir faire amende honorable en donnant de l’argent. Ce qui entraîne souvent des disputes comme je le démontre dans ce livre. Et la tante d’Espoir est morte de tristesse parce que c’est avec ce décès que l’oncle apparait pour donner de l’argent et se heurte à un refus catégorique parce qu’il n’a jamais été présent».

Un autre thème phare de la littérature africaine apparaît dans ce texte : le retour aux sources. Face aux difficultés, aux amalgames, «le jeune est perdu et il va chercher dans le passé des solutions qu’il ne trouve pas dans le présent».

 «Forêt des amalgames» est disponible à Libreville.