Leurs activités suspendues depuis plusieurs semaines, les «petits» exploitants forestiers du Woleu-Ntem dénoncent des «sanctions arbitraires» et la recherche d’«un climat délétère» dans la province du Woleu-Ntem de la part des autorités du ministère de la Forêt, de la Mer et de l’Environnement.

La CGPMEI attend toujours la reprise des activités des exploitants forestiers suspendues en octobre 2017 par le gouvernement. © actualite.cd

 

Leur attente devient insoutenable. Depuis la suspension de leurs activités, en novembre dernier, à la suite des missions de contrôle et de police forestière effectuées par le Contrôle de l’aménagement forestier (Caf) dans la province, les exploitants forestiers du Woleu-Ntem broient du noir. Ils ne parviennent plus à subvenir aux besoins de leurs familles, pas plus qu’ils ne parviennent à remplir leurs obligations vis-à-vis de leurs collaborateurs et partenaires. Ils n’en finissent plus d’interpeler les autorités devant ce qu’ils perçoivent comme une «injustice», non sans assurer qu’il sont, eux, innocents des fautes et délits qui leur ont été reprochés dans le cadre de la mission de contrôle du Caf ayant également touché les exploitants de l’Ogooué-Ivindo. Ils réclament «la reprise de (leurs) activités arbitrairement suspendues par le ministre d’Etat en charge de la Forêt».

«Les exploitants forestiers que nous sommes, ne pouvons plus continuer à rester sans réaction face à la suspension de nos activités dans le secteur de la récupération des bois abandonnés ou coupés illégalement dans le Woleu-Ntem. Cette suspension s’apparente, ni plus ni moins, à une sanction arbitraire que voudraient infliger aux Gabonais les autorités du ministère des Eaux et Forêts», s’est plaint, mercredi 6 décembre à Libreville, Emmanuel Marcos Zue Meye.

Pour le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises et industries (CGPMEI), si la suspension d’activités décidée par le gouvernement a plongé les exploitants et leurs collaborateurs dans «une situation de précarité inquiétante», cette décision pourrait découler sur une situation tout aussi regrettable. «Nous pensons que les autorités du ministère des Eaux et Forêts sont en train de contribuer à l’établissement d’un climat délétère dans la province du Woleu-Ntem et la promotion d’un environnement social précaire plutôt que de mettre en place des mécanismes en vue d’une meilleure autonomisation des populations de cette province, dont une partie vit essentiellement grâce au secteur forestier».

«Les missions du contrôle et de police du Caf ont clairement démontré que les grands exploitants ne respectaient aucune règle en matière d’aménagement forestier, mais curieusement, rien n’est fait à leur encontre. Pourtant, le ministère a été prompt à prendre des décisions qui nuisent à l’autonomisation des Gabonais, petits exploitants du domaine du Kévazingo. C’est comme si les autorités gabonaises n’aiment pas voir les Gabonais prospérer et être autonomes», a relevé, amer, Emmanuel Marcos Zue Meye.

Il n’empêche. C’est sur la base des rapports des missions effectuées par le Caf au Woleu-Ntem et dans l’Ogooué-Ivindo que Pâcome Moubelet Boubeya avait décidé de la suspension des activités d’exploitation forestière dans les deux provinces. Dans une note d’instruction adressée le 30 octobre 2017 aux directeurs provinciaux des Eaux et Forêts en fonction à Oyem et à Makokou, le ministre d’Etat en charge de la Forêt, avait justifié sa décision par le fait que «plusieurs infractions à la réglementation forestière en vigueur ont été constatées dans les activités de bois vendus par l’administration et pour lesquels des attestations de cession ont été délivrées». Depuis le lancement de la mission du Caf, la CGPMEI, elle, n’a pas cessé de la dénoncer et de la juger «illégale». La Confédération attend plus que jamais la note d’instruction du ministre qui déciderait de la reprise des activités de ses membres dans les deux provinces. On semble en être loin.