Depuis la décision de Shell de quitter le Gabon, la filiale du leader mondial du catering, Compass, n’ayant reçu aucune garantie de la part d’Assala Energy, son nouveau partenaire, veut à son tour quitter le pays et jeter ses 392 salariés dans précarité. 

Les travailleurs de ESS Gabon qui sortent d’une grève de cinq jours comptent remettre le mouvement samedi prochain, s’ils ne sont pas fixés sur leur avenir. © Gabonreview/Louis Mbourou

 

En 2013, à la faveur d’un contrat international avec le groupe Shell, Compas entre au Gabon à travers sa filiale ESS. La société Sodexo qui vient de perdre ce juteux contrat ne veut céder aucun de ses employés au nouveau-venu. C’est au terme de longues tractations entre Sodexo, l’Organisation nationale des employés du pétrole (Onep) et l’inspection spéciale du Travail chargée du secteur pétrolier que l’on est parvenu à convaincre les travailleurs à démissionner sans préavis afin d’intégrer Compass. Les promesses faites par le nouveau patron du Catering sur les sites pétroliers de Shell Gabon ont fini par avoir raison des salariés de Sodexo qui ont mis un trait sur plusieurs années d’ancienneté.

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Outre le fait que ESS, la filiale de Compass, ne respecte pas tous ses engagements, notamment la mise en place d’une convention d’entreprise améliorant les avantages socio-professionnels, tout va se compliquer avec la décision de Shell de quitter le Gabon. Le 1er novembre dernier, la passation avec le nouveau repreneur, Assala Energy, s’est effectuée, alors que les salariés de ESS dont le contrat avec Shell arrive à échéance en juin 2018 ne sont pas fixés sur leur sort.

Selon une source proche de la direction de ESS, le groupe Compass dont cette société est la filiale ne souhaiterait pas signer de contrats avec Assala Energy qui n’a pas les mêmes standards que son ancien partenaire Shell. Aussi, envisage-t-il d’initier un licenciement pour motif économique de ses 392 salariés, avant de quitter à son tour le Gabon. «C’est grâce aux anciens employés de Sodexo que Compass a pu avoir le contrat avec Shell Gabon. Nous avons consenti d’énormes sacrifices pour cela et avons permis à ce groupe de réaliser de gros bénéfices pendant cinq ans. Il est hors de question qu’il se débarrasse de nous d’une manière aussi cavalière», explique un délégué du personnel d’ ESS Gabon.

Depuis environ quatre mois, les salariés, par le biais de l’Onep, leur syndicat, ont fait parvenir à la direction générale des propositions concernant le départ négocié. «C’est la seule façon pour que les salariés ne se retrouvent pas de manière brutale en situation de précarité», argumente le secrétaire général de l’Onep, Sylvain Mayabi Binet. Mais c’était sans compter avec «l’arrogance et l’indifférence» des dirigeants de Compass qui ne sont pas disposés à négocier. Toute chose qui a poussé l’Onep à déposer le 14 novembre dernier, un préavis de grève de cinq jours en guise d’avertissement auprès de la direction d’ESS Gabon. Une menace qui n’aura pas suffi à la faire plier.

Cinq jours durant, entre le 20 et le 25, l’activité était paralysée sur les installations où intervient ESS, notamment à Gamba et sur les sites pétroliers d’Assala Energy de Rabi et Koula. «Aucune solution n’a été apportée à notre cahier de charges contenu dans le préavis», révèle un délégué du personnel. Cette non prise en compte des attentes des travailleurs a conduit l’Onep a déposer auprès d’ESS un autre préavis de grève de huit jours cette fois-ci, le 27 novembre dernier. Si rien n’est fait pour engager le dialogue, l’activité sera de nouveau paralysée sur les installations où opère la société à compter de samedi prochain. «Nous dénonçons le mutisme de Assala Energy et du Group Compass par qui un dénouement rapide et heureux peut venir. Une grève longue et dure pourrait provoquer une évacuation des sites pétroliers et impacter ainsi la production de la société pétrolière», déclare Sylvain Mayabi Binet. Ce dernier dit apprécier la volonté du ministre du Pétrole d’apporter sa contribution pour une sortie de crise mais dénonce toutefois «ses méthodes cyniques et illégales consistant à écarter l’ONEP du processus pour n’avoir pour interlocuteurs que des délégués du personnels sous influences». Mais, «Les travailleurs invitent tous les éventuels médiateurs à considérer l’Onep comme leur représentant légal dans ce conflit collectif». Voilà qui est rassurant pour le syndicat du secteur pétrolier.