Le Conseil des ministres du 21 juin dernier a prolongé de trois ans le gel des recrutements dans l’administration publique. La règle, depuis 2015 déjà, était de ne plus recruter et de surseoir à tout avancement automatique et à des départs en stage. Pas folichon aujourd’hui d’être agent de l’Etat ou de vouloir l’être. Le secteur parapublic entre lui aussi dans la danse : plus de recrutement, juste des CDD !

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Depuis 2015, sous Jean-Marie Ogandaga, la Fonction publique avait insidieusement décidé de geler les recrutements. Mieux, ceux qui font partie de ses effectifs s’étaient vus suspendre les avancements automatiques ou au mérite (sic) ainsi que les reclassements après stage et mises en stage. Tout est donc gelé depuis trois ans. La décision du Conseil des ministres de jeudi dernier n’est donc venue, en réalité, que confirmer cette option.

Face à cette situation, de nombreux jeunes diplômés ont décidé de créer des entreprises, mais si un très petit groupe y a réussi, le gros du contingent a échoué. Le monde de l’entreprise est en effet très cruel, et on peut rapidement céder au découragement et mettre la clé sous le paillasson. C’est le cas, par exemple, d’un trio d’amis diplômés en tourisme ayant lancé une agence de voyage et de tourisme à Nzeng-Ayong dans le 6e arrondissement de Libreville. Après l’enthousiasme du début, se rendant compte de ce que les «mastodontes» du secteur cherchaient à les écraser, ils ont fini par fermer boutique.

Aller à l’aventure, comme d’autres jeunes du continent ?

D’autres se sont tournés vers les entreprises du secteur parapublic. Nombreux ont signé des contrats à durée déterminée (CDD) de trois mois, régulièrement renouvelés, sans jamais aboutir à une embauche définitive. Encore que s’ils étaient bien payés, ces nouveaux arrivants dans le monde du travail n’y verraient aucun inconvénient. Mais ils ne perçoivent que 125 000 francs par mois dans une grande entreprise de sécurité sociale, 225 000 francs dans une entreprise publique du secteur maritime, 200 000 francs dans une compagnie portuaire publique, etc. Avec des DUT, Licence pro, et même des master pro ou master tout simplement, un nombre important de ces diplômés embauchés en CDD finissent par abdiquer au bout de quelques années. Seuls y arrivent avec des émoluments conséquents et y restent forcément que ceux qui sont nommés en conseil des ministres ou ceux bénéficiant d’une «recommandation spéciale». Le piston est de retour. L’horizon est-il bouché pour la jeunesse gabonaise ? Le monde du travail leur a-t-il définitivement tourné le dos ?

En tout cas, la situation que vivent ces jeunes est difficile et pourrait inciter à des comportements suicidaires inhabituels. Pour Jean Emery M. M. qui a passé trois ans (renouvellement de son CDD tous les trois mois) dans une entreprise parapublique, et qui n’y gagnait que 140.000 francs par mois, «bientôt, peut-être, les jeunes Gabonais préféreront risquer leur vie en essayant de rejoindre l’autre rive ur des embarcations de fortune. Seule échappatoire à l’oisiveté et au chômage, “aventure” vers d’autres cieux par les océans est déjà expérimentée par d’autres jeunes du continent, diplômés ou non. Devons-nous nous immoler par le feu pour faire connaître notre mal-être ? Devenir aspirant-kamikaze ?»

Chez les jeunes diplômés qui aspirent à l’emploi, gagner son pain quotidien devient trop souvent aléatoire. Ils n’ont plus de débouchés. Et ils vivent mal leur condition actuelle.