Au détour de l’échange avec la presse gabonaise sur la politique étrangère russe, le 15 février 2017, à Libreville, le diplomate russe s’est exprimé sur le dialogue politique voulu par Ali Bongo. Pour Dmitry Kourakov, sans dialogue, l’on n’aboutira à rien.

L’ambassadeur Dmitry Kourakov répondant aux journalistes, le 15 février 2017 à Libreville. © Gabonreview

 

Questionné par les journalistes sur les problèmes politiques minant le développement des affaires au Gabon, l’ambassadeur de la Fédération de Russie, Dmitry Kourakov, a estimé que rien ne peut se faire sans le dialogue, sans compromis. Pour lui, sans dialogue, on n’aboutira à rien dans le pays.

Sur le dialogue politique voulu par le président Ali Bongo, le plénipotentiaire Russe a d’emblée précisé que «la politique de la Russie est de ne pas se mêler aux problèmes des autres pays». «Ce n’est pas notre méthode», a-t-il affirmé en précisant que «chaque peuple a le droit de choisir son gouvernement, son chef de l’Etat par voies légales». Pour le représentant de Moscou, le plus important pour tous ceux qui s’intéressent à l’avenir du Gabon est de prendre part à ce dialogue. «A vrai dire, je ne comprends pas la position de l’opposition qui dit qu’elle ne va pas prendre part au dialogue national. Comment voulez-vous changer les données que vous critiquez?», s’est-il interrogé, en s’appuyant sur l’expérience de la Conférence nationale de 1990.

Celle-ci, selon le diplomate, a permis beaucoup de changements. «A mon avis, tout le monde doit prendre part à ce dialogue national pour donner de nouvelles idées et discuter des possibilités pour changer le développement et la vie du peuple», poursuivi Dmitry Kourakov. Sans compromis, il n’y a pas de changement, il n’y a pas de résultats. «Si chaque partie dit seulement ce qu’il veut et ne veut pas entendre les autres, il n’y a pas de dialogue», a-t-il souligné, non sans repréciser qu’il ne se mêle pas des affaires des pays amis et même des pays ennemis. «Notre position est que tout doit être décidé par le peuple lui-même, par les voies de dialogue, de compromis.».

Quant à la résolution du parlement européenne, Dmitry Kourakov a fustigé l’attitude de cette institution. «Nous acceptons toujours les résultats des volontés des peuples des autres pays. En ce qui concerne la résolution du parlement de l’Union européenne, à mon avis, ce n’est pas à eux de faire la pression. Ce qu’ils peuvent, c’est de donner leur avis et de donner des recommandations». Pour lui, c’est aux pays de décider comment ils veulent aller plus loin, ceci d’autant que ce sont les peuples qui décident. «Ce n’est pas le parlement européen qui décide. Ce n’est pas l’administration américaine qui décide, ce n’est pas le gouvernement russe qui décide», a –t-il fait savoir, avant d’adopter le registre de l’ironie pour affirmer que le parlement européen, «comme d’habitude par ailleurs, a dépassé ses pouvoirs».

Le russe soutient que chaque peuple doit avoir sa propre vision pour voir comment accéder à la démocratie. «La démocratie est différente si vous prenez par exemple le processus démocratique aux Etats-Unis. Le peuple a choisi madame Hillary Clinton, mais les grands électeurs ont choisi Donald Trump. C’est la démocratie américaine, et je ne pense pas que tout le monde doit choisir ce chemin et l’instaurer dans son pays», a-t-il indiqué.

Tout en affirmant qu’il ne fait aucune pression sur qui que ce soit, le diplomate russe a néanmoins assuré qu’il suit très attentivement le déroulement de la situation politique intérieure du Gabon. «Je donne des recommandations à mon gouvernement concernant notre politique envers le Gabon. J’espère bien qu’on m’entend à Moscou. C’est à vous de décider, si vous avez besoin de ce dialogue. Sans dialogue, vous n’aboutissez à rien», a conclu Dmitry Kourakov