S’exprimant pour la première fois, ce 31 mars 2017, sur le dialogue politique lancé par Ali Bongo, Jean Ping n’a pas infléchi d’un pouce sa position par rapport à ces assises, mais également sur le rapport de force avec le pouvoir de Libreville.

Jean Ping, principal opposant à Ali Bongo Ondimba, ne prend pas part au dialogue national ouvert le 28 mars 2017 à Libreville. © Gabonreview

 

Sur les antennes de Radio France internationale (RFI), ce vendredi 31 mars 2017, celui qui a capitalisé plus de 48% de voix des Gabonais n’a pas, une nouvelle fois, été tendre avec le pouvoir. Jean Ping est remonté dans le passé pour rappeler qu’en 1990, à l’issue de la Conférence nationale, le Gabon avait mis en place une démocratie et des règles du jeu claires. «Progressivement le régime a tricoté la situation dans laquelle nous nous trouvons », notamment avec le retour d’un mandat de 7 ans renouvelable à perpétuité. «On est revenu à un tour, etc. sans demander à personne. Maintenant, ils nous disent qu’ils veulent détricoter», a-t-il déclaré.

Pour lui, le régime n’a pas besoin d’eux pour détricoter ce qu’il a tricoté. Il dénonce une manœuvre d’«une bande de copains», voire «une bande de coquins » qui veut que lui et son camp viennent apporter leur caution à ce qu’il qualifie de «mascarade». Pour lui, le pouvoir le pouvoir peut utiliser l’Assemble nationale où il dispose d’une très confortable majorité absolue. Comme l’ancien Premier ministre, Jean Eyéghé Ndong, avant lui, Jean Ping a pris l’exemple d’un voleur et de sa victime pour caricaturer la situation actuelle.

Jean Ping reste campé dans sa position : «Ali Bongo n’a pas gagné l’élection» et n’a pas à organiser ce dialogue. Même si le ministre français des Affaires étrangères, Jean Marc Ayrault, a récemment souhaité que ce dialogue aboutisse à des réformes structurelles, l’ancien ministre des Affaires étrangères du Gabon estime, lui, qu’il ne s’agit pas de «succès diplomatique» pour Ali Bongo. «La communauté internationale demande que la situation revienne à la normale. Si donc le pouvoir qui a tout confisqué, qui tue, qui pille, qui viole décide de ne plus piller, de ne plus voler, les gens ne peuvent qu’apprécier», a banalisé Jean Ping.

Même s’il estime que les réformes issues du dialogue s’appliqueront aussi à lui, il souligne néanmoins qu’il ne cautionnera pas «une mascarade», «un bal des vampires». «Pendant un mois, ils vont être dans des hôtels pour danser, pour chanter, pour sabrer le champagne, pour prendre des décisions qui sont déjà connues d’avance», a-t-il ironisé.

Quant à la coalition qui s’était formée autour de lui durant l’élection présidentielle, Jean Ping note que les cinq candidats l’ayant soutenu sont encore avec lui. «Ils ont exprimé clairement qu’ils n’iront pas au dialogue», a-t-il rappelé, martelant par ailleurs que «malgré toutes les tentatives de corruption», cette «coalition tiendra jusqu’à la victoire finale». «Jusqu’aujourd’hui, ce que moi je sais c’est que notre coalition tient», a-t-il ajouté.

A propos des élections législatives à venir, il estime que le moment venu, ils pendront des décisions qu’il faudra en tenant compte de ce qu’aura, au préalable, décidé les partis de la coalition. Pour lui, rien n’a changé dans son rapport de force avec le pouvoir. Des manifestations diverses sont prévues dans les jours à venir pour accentuer la pression.