A la faveur d’une convention signée, lundi 23 octobre à Libreville, l’Etat gabonais a réglé pour un montant de 30 milliards de francs CFA une partie de sa dette vis-à-vis de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG).

Scène d’échange de parapheurs entre Jean-Michel Otandault (à droite) et Antoine Boo, le 23 octobre 2017 à Libreville. © Gabonreview

 

Tendus depuis quelques mois, les rapports entre l’Etat et la SEEG devraient pouvoir s’améliorer. Si les deux parties s’accusaient mutuellement, il y a quelques mois, de faire de la mauvaise foi au sujet de leurs dettes, l’une vis-à-vis de l’autre, elles ont trouvé, lundi 23 octobre, un terrain d’entente avec la signature d’une convention de règlement des dettes de l’Etat à l’endroit de la filiale gabonaise de Veolia, d’un montant de 30 milliards de francs CFA. Le document a été signé conjointement par le ministre d’Etat en charge du Budget et des Comptes publics, celui de l’Eau et de l’Energie et la ministre déléguée à l’Economie, en présence du président de la Confédération patronale gabonaise (CPG).

Moments de la signature de la convention de règlement. © Gabonreview

S’il n’a pas manqué de rappeler que ce règlement intervient dans un contexte de crise économique majeure, Jean-Fidèle Otandault a expliqué que cet effort consenti par l’Etat est gage du respect que le président de la République a à l’endroit des partenaires du Gabon, avec lesquels il souhaite préserver de bons rapports.

Le paiement de ces 30 milliards de FCFA à la SEEG a été fait selon le mécanisme de «compensation» que le ministre d’Etat en charge du Budget et des Comptes publics a jugé «bien huilé», d’autant qu’il a déjà été utilisé pour le règlement d’autres affaires du même genre. Ce mécanisme, dans le cas d’espèce, implique que l’Etat renonce à percevoir une recette fiscale qui lui est due.

«La dette de l’Etat à l’endroit de la SEEG s’évalue à plus de 44 milliards de FCFA. Mais il ne faut pas oublier que cette société doit également de l’argent à l’Etat gabonais, soit environ 30 milliards de FCFA, qui entrent notamment dans le cadre de la Contribution spéciale à l’électricité (CSE) prélevée sur chaque facture d’électricité des consommateurs. La SEEG est tenue de la restituer à l’Etat. Or, depuis 2014, la société ne l’a pas reversée au Conseil national de l’eau et de l’électricité (CNEE), et la somme due à l’Etat s’élevait à 30 milliards de FCFA. Pour ne pas étaler sur plusieurs années le paiement de la dette des 44 milliards de FCFA, nous avons choisi de ne plus réclamer l’argent qui revenait à l’Etat, et qui était dans les comptes de la SEEG», a expliqué Jean-Fidèle Otandault au terme de la signature de la convention.

En signant cette convention, l’Etat renonce également à percevoir l’argent dû par la SEEG, dans le cadre des taxes auxquelles elle est soumise vis-à-vis des administrations publiques telles que la Direction générale des Impôts, à qui la Société devrait 6 milliards de FCFA.

Après ce règlement de 30 milliards, l’Etat gabonais dit attendre beaucoup de la SEEG, notamment qu’elle améliore ses services au profit des populations. D’autant que depuis plusieurs mois, les habitants de Libreville et ses environs se plaignent des délestages et autres difficultés liées à l’approvisionnement en eau potable. Cette situation, la SEEG l’a souvent justifiée par les dettes de l’Etat, qui ne lui permettaient plus de consentir à de nouveaux investissements.

«Nous avons fait des efforts, malgré la crise actuelle. Nous aimerions également que l’effort fait par l’Etat puisse bénéficier à la collectivité dans laquelle la SEEG exerce ses activités, notamment en matière d’investissement, en particulier dans la modernisation des outils de production et bien entendu, en ce qui concerne la préservation des emplois. La raison de la dette de l’Etat ne pourra donc plus être évoquée pour justifier les différents manquements constatés dans certains services. La SEEG n’a plus d’excuse sur pour ne pas investir au profit de la population. Nous espérons également que la SEEG s’attèlera à un meilleur contrôle dans le cadre du contrat de gestion passé avec l’Etat, il y a quelques années, qui coûte plus de 2 milliards de francs FCFA par mois au contribuable. Or, nous avons constaté que la SEEG a failli à ses devoirs. Des branchements électriques parallèles sont constatés dans les administrations publiques, par exemple», a indiqué Jean-Fidèle Otandault, qui n’a pas nié qu’il reste 13,6 milliards de francs FCFA à payer à la SEEG.

«A partir de novembre 2017, le paiement de cette somme sera effectué sur une échéance de 30 mois», a annoncé le membre du gouvernement. Pour leur part, le patron de la SEEG et celui de la CPG se sont dits satisfaits de ce règlement. Toutefois, Antoine Boo et Alain Bâ Oumar n’ont pas manqué d’espérer que d’autres entreprises puissent bénéficier de ce règlement, à l’instar de Gabon Telecom avec lequel le ministre du Budget et des Comptes publics a entamé récemment les discussions.