À 24 ans, le lieutenant Kelly Ondo Obiang est l’auteur, avec une paire de frères d’armes, de la tentative de coup de force du lundi 7 janvier dernier. Mais qui est donc ce jeune officier, produit du Prytanée militaire de Libreville, ayant Napoléon Bonaparte, Charles N’Tchoréré et Djoué Dabany pour références ?

Le lieutenant Kelly Ondo Obiang, 24 ans, leader d’un trio ayant bousculé le Gabon le 7 janvier dernier.. © D.R.

 

Quelle que soit l’issue et les conséquences de son coup d’éclat, le lieutenant Kelly Ondo Obiang est entré dans l’histoire du Gabon. À 24 ans, avec une paire de frères d’armes, l’autoproclamé président du Mouvement patriotique des jeunes des Forces de défense et de sécurité du Gabon (MPJFDS) a entrepris de lancer l’«Opération dignité». Celle-ci visait à amener «ce jour [tant attendu par les populations] où l’armée a décidé de se mettre au côté de son peuple afin de sauver le Gabon du chaos», indiquait-il dans sa déclaration solennelle le 7 janvier 2018 à la maison Georges Rawiri, siège de la radiotélévision nationale.

Kelly Ondo Obiang, un véritable enfant des troupes. © D.R.

Un véritable enfant des troupes

Moqué par certains sur les réseaux sociaux du fait du flop de son opération, Kelly Ondo Obiang est très bien défendu par une frange d’internautes qui y voient un héros. «Neutralisé, mort ou vivant, (il) a ouvert une porte qui ne se refermera plus jamais (…) Nos frères se sont levés le matin du 7/01/2019 pour donner leurs vies pour la libération de tout un peuple. Pour ce geste, ils m’ont fait couler les larmes. Nous devons leur en être reconnaissants», peut-on lire sur la page Facebook d’une militante du changement.

Contrairement à la version officielle tentant de le faire passer pour «un soldat de base affecté à une unité de parade et non de combat», Kelly Ondo Obiang est un véritable enfant des troupes. Eduqué un moment par un oncle Colonel au Régiment de parachutistes gabonais (RPG, les fameux Bérets rouges), il est incité à effectuer ses études secondaires au Prytanée militaire de Libreville, établissement dépendant de la présidence et formant la future élite civile et militaire. Il est ensuite envoyé en Côte d’Ivoire pour se former, jusqu’en 2015, à l’École des forces armées de Zambakro, à Yamoussoukro. Brillant, il est affecté, une fois rentré au Gabon, à l’unité d’intervention parachutiste de la Garde républicaine. Selon certaines de ses connaissances, il aurait été en immersion en Syrie en janvier 2017.

Au moment de son «coup de force», il se présente comme Commandant adjoint de la compagnie d’honneur de la Garde républicaine. Il ne saurait donc être, à la Garde républicaine, le parfait inconnu que l’on prétend, puisqu’il y co-dirigeait une compagnie comptant environ 120 hommes. Si la légion d’honneur (les fameuses capes rouges) est en effet une unité de parade, on n’y affecte pas n’importe qui ; ses éléments étant censés intervenir en cas de danger pour le président de la République.

Kelly Ondo Obiang, en stage quelque part dans le monde. © D.R.

Napoléon Bonaparte, Charles N’Tchoréré et Djoué Dabany

Un bref examen de sa page Facebook met en lumière un jeune homme ayant en admiration des militaires Gabonais passés outre-tombe et ayant une aura de héros, notamment Djoué Dabany et Charles N’Tchoréré qu’il présente comme des «hommes intègres». Le jeune homme cite Napoléon Bonaparte : «L’armée c’est la nation».

Si l’adolescence s’arrête théoriquement à 30 ans, le lieutenant Kelly Ondo Obiang est résolument dans cette tranche d’âge. Enfant de Mitzic où il se rend aussitôt qu’il le peut, il a en vraisemblablement gardé les valeurs d’honneur et de dignité humaine. «Il n’a pas été arrêté sous un lit dans le quartier de Plaine-Orety, ainsi qu’on l’a déclaré», indique un policier témoin des opérations ayant conduit à son arrestation. Les officiels gabonais ont donc voulu le faire passer pour un lâche. «Il a été pris dans l’enceinte de Gabon Télévisions. Bien planqué, il voyait bien tout ce qu’il se passait et aurait pu tuer un bon nombre de gens partis le cueillir». Le jeune homme était en effet armé d’un M16, le fameux fusil d’assaut standard de l’armée américaine d’une portée efficace de plus de 500 m. «Il aurait même pu endommager l’hélicoptère qui survolait les lieux à basse altitude», indique un gendarme. De source bien introduite, son arrestation est la seule de cette opération.

Officiellement livré au Procureur de la République, alors qu’une enquête militaire préalable (B2) et un passage en Cour de justice militaire seraient la procédure idoine, son procès sera résolument retentissant, à l’instar de celui de Ntumpa Lebani, général de la Garde républicaine accusé d’avoir projeté un coup d’Etat après la mort d’Omar Bongo. Le lieutenant Kelly Ondo Obiang a d’ailleurs appelé celui-ci à rejoindre sa cause. L’histoire bégaie.