Les services des douanes de l’Aéroport international de Libreville ont saisi, le 9 août, de la cocaïne sur une passagère de nationalité vénézuélienne. Quid de ses éventuelles complicités au Gabon ?

La présumée trafiquante de drogue à l’aéroport de Libreville. © D.R.

 

En provenance d’Addis-Abeba, par Ethiopian Airlines, une Vénézuélienne de 37 ans, Irma Coromoto Izquierdo Perez, a été appréhendée le mercredi 9 août 2017 à l’aéroport de Libreville, alors qu’elle avait dépassé les contrôles de la Police de l’air et des frontières (Paf) et de la douane et s’apprêtait à sortir de la zone internationale avec pour seul bagage son sac à main. Ce qui a attiré l’attention des agents de l’Oclad à l’ADL qui l’ont interpellée pour en savoir plus.

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Selon les agents de l’Oclad, la jeune dame, qui avait abandonné son trolley sur le tapis roulant à bagages, avait été signalée aux services des douanes qui avaient sa photographie. Son interpellation par l’Oclad a finalement permis aux douaniers de la reconnaitre. Le trolley abandonné et qui devait certainement être récupéré par quelqu’un de bien connu des services aéroportuaires ou y travaillant, contenait un kilo et demi (1,5 kg) de cocaïne. La valeur du colis étant estimée à 45 millions de francs CFA, suggère qu’un gramme de cocaïne se monnaie, sur le marché librevillois, à 30.000 francs CFA.

Si la passeuse qui ne parle pas français, soutient ne connaître ni le mandant ni le destinataire du colis qu’elle transportait et qu’elle dit avoir recueilli à Addis-Abeba, la rétrospective de son périple indique qu’elle est partie du Venezuela, s’est rendue en Colombie, s’est retrouvée à São Paulo (Brésil) avant de foncer vers l’Ethiopie pour atterrir à Libreville. Ce qui amène à de nombreuses interrogations : Irma Coromoto Izquierdo Perez a-t-elle trimballé son colis tout au long de sa balade intercontinentale ? Auquel cas, il faudrait pointer le dysfonctionnement des services internationaux de contrôle, de ceux du hub aéroportuaire d’Addis-Abeba et en dernier lieu des douanes gabonaises qui ont manqué de vigilance en l’occurrence. Autrement dit, des colis dangereux arrivent à l’aéroport de Libreville et sont abandonnés au tapis de bagages. Dans le cas d’espèce, il aurait pu être question d’une bombe. Ce qui ramène au souvenir de la découverte, en juillet 2008, de 27 fusils de type Calibre 12 abandonnés à l’aéroport Léon Mba et débarqués d’un vol d’Air France en provenance de Paris.

Munie d’un passeport vénézuélien, d’un visa d’entrée au Gabon et d’une bonne quantité de devises étrangères, la dame qui affirme n’avoir jamais séjourné au Gabon, avait une réservation de chambre à l’hôtel Hibiscus de Libreville. Mais qui donc lui a fourni la lettre d’invitation lui permettant l’obtention du visa ? Qui donc lui a réservé cette chambre dans un hôtel de seconde catégorie ? Vraisemblablement, elle a bénéficié de complicités locales.

Le marché – au noir- des drogues dures à Libreville est très florissant ces derniers temps, au regard du nombre de cas d’overdose enregistrés dans les hôpitaux. La cocaïne et l’héroïne qui entraient au Gabon, depuis la fin des années 80, notamment par des filières développées à la périphérie de la pêche artisanale nigériane et des passeurs d’immigrés clandestins, ont été supplantées, ces dernières années, selon une source policière, par le crack, une drogue de synthèse qui fait des ravages, même dans les quartiers populaires de la capitale gabonaise où elle est appelée «cailloux». Ce qui laisse penser que des filières préexistent à la prise de ce jour des douanes gabonaises.

Le ministère de l’Intérieur sait très bien que dans d’autres pays, il existe des groupements d’intervention rapide (Gir) comptant des douaniers, des gendarmes et des policiers. Placés sous l’autorité du ministre de l’Intérieur, ces Girs échangent des informations pour une efficacité plus grande des opérations de contrôle, entre autres. Il est temps, en tout cas, qu’à l’ADL les trois services de contrôle présents puissent coordonner leur travail pour plus d’efficacité. Avis à Lambert-Noël Matha.

Auteur : Alain Mouanda