Frais de représentation onéreux, mobiler de bureau grand luxe, grosses cylindrées tout-terrain, embauches superfétatoires… dans les couloirs de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS) on glose à n’en plus finir sur les frasques du nouveau directeur général, Renaud Allogho Akoue.

Renaud Allogho Akoue, directeur général de la CNAMGS. © La République Magazine

 

On craignait la «République des imberbes» avec le casting livré par les conseils des ministres des 28 septembre et 27 octobre 2017, propulsant des postadolescents dans la haute hiérarchie de l’administration et des structures publiques. A la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS), le promu du 27 octobre étonne en tout cas nombreux de ses administrés. Dans les couloirs de l’organisation tout le monde murmure sur les frasques de Renaud Allogho Akoue, le directeur général ayant remplacé le Pr Mboussou.

Bling bling !

De source digne de foi, le nouveau directeur se révèle en épicurien de grande stature, déjeûnant quotidiennement sur les meilleurs tables du front de mer, entre Louis et Batterie IV. Coût moyen du repas certainement arrosé de crus selects : 400 000 francs CFA par jour, payés par la CNAMGS. Privilégiant le goût et le lifestyle plutôt que la performance de la structure lui ayant échu, Renaud Allogho Akoue a décidé, sitôt arrivé, de changer le mobilier de son bureau et sa salle d’attente, comme si son prédécesseur travaillait dans un souk. Payée chez Idées 2000, le fameux magasin de design intérieur de la rue du capitaine de Vaisseau de Mortelone (Prix-Import – Camp de police), la note s’est chiffrée, selon des indiscrétions concordantes, à 50 millions de francs CFA.

Le jeune homme ne s’arrête pas là pour ce qui est de la confirmation de son nouveau statut et de son personal branding. Alors que l’ancien directeur général a laissé deux véhicules de fonction : un Toyota Toundra et un Toyota Prado, le nouveau venu demande l’achat du tout dernier Toyota Landcruiser VX ; le même que de nombreux ministres.

Management copains coquins

Coté management, Allogho Akoue a commencé par geler tous les postes du service comptabilité pour y placer des proches. On note qu’à la Direction du contrôle médical et de la lutte contre la fraude (DCMLF), il a fait engager 7 stagiaires de son carnet d’adresses, certains étant «même père, même mère», comme on dit au quartier ; c’est-à-dire d’une seule et même fratrie. Il faut dire que le stage n’est pas mal payé à la CNAMGS : 120 000 francs CFA par mois. On se gardera, pour le moment, d’évoquer le traitement de toutes les nouvelles compétences embauchées depuis son arrivée (chauffeurs, assistantes, etc.). Si cela lui permet de travailler avec ses gens de confiance, il n’en reste pas moins que la masse salariale s’en trouve alourdie.

Le nouveau DG de la CNAMGS se révèle également comme un grand stratège. Usant du «divide and rule» (diviser pour régner), il a fait créer un nouveau syndicat qu’il pourra contrôler : le Syna-Cnamgs, alors qu’une structure syndicale existait déjà, le Syn-Cnamgs dirigé par Placide Mbeka. La technique est connue. Si elle permet de court-circuiter des grèves, elle n’amène pas à la résolution des problèmes soulevés, bien souvent réels.

Parcours exemplaire et «République des imberbes»

Renaud Allogho Akoue n’a pourtant pas mauvais profil. Après un Deug d’Économie et Gestion puis un Master en Management général à Nantes, il a obtenu à Toulouse un Dess en Finance. On le retrouve ensuite dans une banque à Paris, la Neuflize Schlumberger Mallet (NSM). Un beau CV qui lui permet d’entrer chez Pricewaterhousecoopers à Libreville, en 2002. On sait qu’il sera par la suite secrétaire général du Groupe Ogar puis directeur général d’Ogar International.

Comment donc expliquer, après un tel parcours, l’absence de sobriété de ce jeune homme et les prémices de son mode de management de la CNAMGS ? Une seule explication : à 39 ans, ce manager qui affecte le bras de chemise-cravate comme Barack Obama, n’a pas encore assouvi les pulsions du paraitre (bureau design, projet de Toyota VX). Les diplômes, leur présomption de compétence et les parcours professionnels qu’ils induisent, ne suffisent toujours pas. On en vient à penser à «La République des imberbes» (l’Harmattan, 1985) de Mohamed Toihir, ce pays où les jeunes qui n’avaient pas encore assouvi les pulsions du paraitre, des voyages, du Donjuanisme, etc., ont pris le pouvoir, ont passé le temps à assouvir leurs besoins pubères pour finir par naufrager leur pays.

L’ascension météorique dans la haute administration de nombreux promus du dernier trimestre de 2017, avait été fort critiquée. Nombreux de ces «jeunes premiers» auraient gagné à apprendre encore, à se bonifier, à gagner en principes, en idéaux, en valeurs morales intrinsèques et en détachement avant d’arriver à des responsabilités donnant littéralement carte blanche sur des budget colossaux.

«La République des imberbes» fonctionne. Elle conduira le Gabon à l’émergence en 2025… dans 7 ans seulement.