La société marocaine Ciment d’Afrique (Cimaf) est actuellement pointée du doigt par ses revendeurs, l’accusant notamment de rupture abusive de contrats. De son côté, le producteur de ciment a justifié sa décision par l’énorme ardoise de plusieurs revendeurs.

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Le courant ne passe décidément plus entre Ciment d’Afrique (Cimaf) et ses revendeurs agréés. Ces derniers se plaignent notamment du mauvais traitement dont ils sont l’objet : ruptures brutales de contrats, écarts de langage, esclavagisme…sont autant de griefs contre les dirigeants marocains du producteur de Ciment.

«Après avoir permis au produit Cimaf de pénétrer le marché national, nous sommes désormais persona non grata auprès de nos frères marocains dirigeant cette entreprise. Les crédits qui nous étaient alloués, pour rendre le produit Cimaf présent dans les coins et recoins du pays, nous sont brutalement prélevés de nos comptes sans consentement préalables. Lorsque nous exprimons notre mécontentement, les comptes sont systématiquement fermés», ont déploré les revendeurs regroupés en collectif, dans L’Union du 29 août.

Face à cette situation, les revendeurs ont interpellé les autorités compétentes sur la «nécessité d’attirer l’attention des dirigeants marocains sur ce qui ressemble à une dérive autoritaire». Un appel d’autant plus justifié que cette situation a occasionné la mise en chômage de plusieurs Gabonais. Tout comme plusieurs chantiers sont actuellement à l’arrêt faute de ciment.

Pourtant, les choses sont loin d’être aussi simples selon direction générale de la Cimaf. Celle-ci a notamment brandi une ardoise de 2,6 milliards de francs de francs CFA des revendeurs, pour justifier la suspension de l’approvisionnement en ciment. «Les gens ne veulent pas payer le ciment qu’ils ont pris», a affirmé le patron de Cimaf au Gabon. «Nous demandons simplement à être payés», a ajouté Salim Kaddouri.

Ce dernier s’est par ailleurs expliqué sur le prélèvement à la source dans les comptes des revendeurs. «S’il y a un acheteur qui a 10 millions de francs CFA, c’est-à-dire que cette commande est déjà prélevée, il commande du ciment de 10 millions, puis le revend normalement. Lui, il a déjà encaissé l’argent, puis revient commander chez nous mais ne paye pas sa dette (…) Il doit en retour nous payer. C’est la moindre des choses», a déclaré Salim Kaddouri.

C’est donc à partir de ce moment que le compte est systématiquement fermé. «Nos commerciaux se sont régulièrement rapprochés d’eux pour leur dire de payer leurs dettes, sinon les comptes seront bloqués», a poursuivi le dirigeant de la Cimaf. Selon lui, les prélèvements concernaient les comptes ayant atteint un certain plafond. «Pour prendre encore du ciment, ils faut qu’ils règlent d’abord une partie de leurs dettes», a conclu Salim Kaddouri.

Inaugurée en juin 2016, l’usine du groupe Cimaf, à Owendo, a une capacité de production de 500 000 tonnes de ciments par an extensible à un million. Celle-ci est destinée à couvrir les besoins en ciment au niveau local avec comme objectif la couverture des besoins en ciment de l’ensemble du marché gabonais.