Une étude menée essentiellement au Gabon a démontré que les sites forestiers exploités comptaient beaucoup plus de débris ligneux que les forêts non-exploitées. Cette donne revalorise la quantité de carbone stocké dans nos forêts et ouvre des perspectives pour le marché de carbone.

biomasse

Pousse de champignons favorisée par les débris ligneux. © mcfcwatch.com

 

Selon une étude menée par l’université américaine Duke, les forêts exploitées en Afrique peuvent contenir trois fois plus de débris ligneux, soit beaucoup plus que ne le laissent suggérer les précédentes estimations issues des émissions de carbone. Les débris ligneux sont des branches, des troncs et des souches qui gisent sur le sol. Représentant un maillon important  de  l’écosystème  forestier,  leur  décomposition  permet  d’enrichir le sol et aide à conserver son humidité. Ces débris peuvent également servir d’abri, de lieu de reproduction et de source  d’alimentation  pour les insectes et la petite faune.

Les chercheurs de l’université américaine ont ainsi mesuré la quantité de ces débris sur 47 sites forestiers au Gabon. «Nous avons constaté que la combinaison de ses sites contenait jusqu’à 3,8 fois plus de débris ligneux que sur la même superficie en forêts non-exploitées», a affirmé un professeur d’écologie tropicale de l’université Duke sur nicholas.duke.edu. «Voilà une énorme différence, avec de larges implications pour les pratiques et les politiques forestières régionales ainsi que les émissions mondiales de carbone», a poursuivi John Poulsen, soulignant que cette sous-estimation des débris ligneux concerne également les forêts américaines.

Selon le professeur américain, la plupart des modèles actuellement utilisés pour le calcul du carbone forestier supposent que les débris ligneux occupent 9% de la biomasse des forêts. «Mais sur la base des nouvelles conclusions, nous devons ajuster ce chiffre à la hausse pour les forêts dans les régions tropicales humides, à environ 30% pour les forêts exploitées et 18% pour les sites non exploités», a-t-il laissé entendre.

La plupart des pays tropicaux sont tenus de fournir des estimations de la quantité de carbone stocké dans leurs forêts pour se qualifier pour les programmes gérés par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) qui compensent la réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts.

 «Comme la plupart de ces gouvernements ne disposent pas de données précises sur le terrain, leurs estimations ont été basées sur des valeurs par défaut de carbone forestier dans d’autres parties du monde, où les ratios nécromasse-à-biomasse sont beaucoup plus faibles», a expliqué John Poulsen. «Cela a probablement conduit à de vastes sous-estimation des stocks de bois mort dans les forêts tropicales humides, en particulier dans les forêts exploitées de manière sélective, qui représentent plus de 50% de toutes les terres boisées en Afrique centrale», a-t-il ajouté.

Publiée le mois dernier dans la revue scientifique Global Change Biology, l’étude menée par l’université Duke est la première analyse à grande échelle de bois mort en Afrique centrale et, actuellement, la plus grande étude de ce genre dans les tropiques. Les chercheurs ont sondé le volume de bois mort sur le sol de la forêt sur 19 sites enregistrés et 28 sites non exploités à travers le Gabon. Menée dans le cadre de l’initiative de l’inventaire des ressources naturelles du Gabon, l’étude a été financée par Olam Gabon et SilvaCarbon, un programme de coopération technique des Etats-Unis pour renforcer les capacités dans le monde en matière de suivi et gestion des forêts et du carbone.