Pour remplir les stades et faire de la Can-2017 une grande fête populaire, le gouvernement a trouvé la «botte magique» : offrir des billets aux collégiens et lycéens, ainsi qu’aux militants du parti au pouvoir, pour les amener à se rendre en masse dans les stades. «On fait comme on peut», s’amuse un membre du gouvernement.

Elèves d’un Lycée recevant, en classe, des billets pour le stade. © infoskinguele

 

Alors que les billets de la compétition ont été mis en vente depuis le 15 décembre dernier à Libreville, le peu d’engouement suscité par cette compétition auprès des populations a poussé le gouvernement et le Comité d’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (Cocan) à procéder à une sorte de «passage en force» : la mise à disposition gratuite de billets aux collégiens et lycéens, ainsi qu’aux militants du Parti démocratique gabonais (PDG).

A Franceville, dans le sud-est, où évolueront les équipes du groupe B, à savoir les Fennecs de l’Algérie, les Lions de la Téranga (Sénégal), les Guerriers du Zimbabwé et les Tunisiens, les chefs d’établissements secondaires, publics et privés, de cette ville ont reçu des billets pour leurs élèves. De même, les secrétaires fédéraux du parti au pouvoir y ont reçu des billets à distribuer aux militants. Objectif : remplir les 20.000 places du Stade Rénovation pour les cinq dates prévues dans le calendrier pour ce stade.

A Oyem également, «fief» du groupe C qui héberge les Éléphants de la Côte d’Ivoire, les Éperviers du Togo, les Lions de l’Atlas (Maroc) et la République démocratique du Congo (RDC), les chefs d’établissements du secondaire de Bitam, Mitzic et Oyem, ont reçu pour instructions d’amener les élèves jusqu’au stade chaque jour de match, les 16, 20, 24 et 28 janvier. Les hauts fonctionnaires en poste dans le Septentrion recevront aussi des billets pour aller «faire la fête» dans cette nouvelle enceinte sportive de 20.000 places. La ville de Port-Gentil, qui abrite le groupe D, et qui accueille donc le Ghana, le Mali, l’Egypte et l’Ouganda, a reçu le «même traitement» quant à cette «organisation territoriale» de la Can, pour faire face à l’échec, annoncé par l’opposition, de la compétition dans le chef-lieu de l’Ogooué-Maritime.

Toute cette stratégie devrait, de toute évidence, conduire du monde dans les stades dès le 14 janvier prochain. Mais des questions demeurent. En effet, qui va assurer la restauration des «participants» ? En proie à une disette budgétaire sans précédent, les gouvernorats et les préfectures ne pourront certainement pas honorer cette dépense. Que disent les parents des élèves qui viendraient d’aussi loin – Bitam, Mitzic, Canton Bissok- pour se rendre à Oyem ? Les élèves bénéficieront-ils d’une assurance pour cette «participation patriotique», comme l’appellent déjà des membres du gouvernement, et que des anti-Can qualifient de «réquisitions» ? Les moyens de transports pour ces élèves seront-ils sécurisés au vu de l’état du réseau routier de certains tronçons ? Le «on fait comme on peut» ne saurait être la seule réponse à ces questions, surtout que dans la matinée du 9 janvier l’accident d’un bus transportant des élèves entre Mitzic et Oyem a eu un effet viral sur les réseaux sociaux, avec la forte controverse qui va avec.