76 millions de dollars (40,68 milliards de francs CFA) d’investissements, plus de 600 personnes à l’ouvrage et une soixantaine d’étudiants gabonais formés aux métiers de la fibre optique et des nouvelles technologies : voilà le Cab4.  À quelques heures de l’activation de la connexion du Cab4 (Gabon) au Cab3 (Congo), entre les centres techniques de Bakoumba et de Mbinda, le responsable Transmission Cab4, Hans Kassa Kassa, et l’expert technique, accompagnateur du projet, Alain Roger Koumba, ont répondu concomitamment aux questions de la presse pendant le test, brossant la fiche technique de cette infrastructure et les bénéfices escomptés.

Hans Kassa Kassa et Alain Roger Koumba, pendant le test au centre technique Cab4 de Lékoko, le 5 avril 2018. © Gabonreview

 

Vue du Centre technique Cab4 de Lékoko. © Gabonreview

Que comprendre à travers l’expression Cab4?

Cab signifie Central africa back bone qui sont des projets financés par la Banque mondiale (BM). Les numéros ne sont que des chiffres donnés par la BM qui désigne les pays. Cab 3 c’est le Congo, Cab4 c’est le Gabon, Cab 2 c’est la République démocratique du Congo (RDC).  On est ici pour la cérémonie d’activation des réseaux de transmission Cab3 et Cab4. C’est un réseau construit dans le but de pouvoir développer les services internet, de faire en sorte que tous les services sur le territoire gabonais, l’accès à ces services, soit facile pour toutes les populations, mais aussi qu’on puisse disposer du haut débit. Ce sera donc un réseau haut débit basé sur la fibre optique et qui permettra de régler les problèmes d’accès pour les entreprises comme pour l’utilisateur lambda. Le projet Cab 4 est donc un projet d’Etat à travers lequel le gouvernement a voulu, dans son Plan stratégique Gabon émergent (PSGE), faire à l’horizon 2025, ce qu’on appelle le Gabon numérique. Ici, le Back bone national gabonais répond à cette logique du Gabon numérique qui permettra, à la longue, de briser la fracture numérique. On ne peut pas accepter que le citoyen se trouvant du côté de Bakoumba ne puisse pas consulter son mail, ne puisse pas avoir la 4G au même titre que celui qui se trouve à Moanda ou ailleurs. Le projet Back bone permettra de résoudre ces problématiques à court et à long termes, parce que des opérateurs viendront. Cela veut dire que cette infrastructure va être exploitée par un ou des opérateurs, à l’exemple des Compagnies de téléphonie. Ce sont ceux-là qui vont donner du service, grâce à ce réseau de transmission à l’utilisateur lambda, à l’utilisateur final.

Concrètement, comment cela va-t-il se matérialiser dans la vie, au quotidien?

Aujourd’hui, il y a des zones au Gabon où on ne peut pas télécharger des données parce que le réseau est faible. Ce réseau va permettre, entre autres, d’avoir des débits suffisants pour pouvoir faire des opérations de téléchargement, toutes les opérations nécessitant l’Internet. Le but est d’avoir le Haut débit partout sur le territoire gabonais et là, on est dans la première phase qui est terminée et réelle.

Pourquoi l’interconnexion juste avec le Congo?

Nous parlons là d’une interconnexion physique, mais elle tient aussi compte des frontières. La frontière officielle du côté Sud-est ici c’est à Lékoko et du côté du Congo, c’est Mbinda, d’où l’interconnexion des deux câbles. Le réseau Cab4 Gabon part de Libreville jusqu’à Franceville en empruntant le chemin de fer Transgabonais et remonte à Bakoumba jusqu’à Lékoko en passant par Moanda. A partir de Franceville, il va à Bongoville jusqu’à Léconi. Pourquoi le Congo? Au niveau de Bakoumba, en allant vers Lékoko, on va s’interconnecter, comme cela se fera avec d’autres pays, pour pouvoir faciliter les accès aux services internationaux ou locaux via des câbles tels que ACE, du côté du Gabon, et Wax du côté du Congo.

Peut- On donc dire qu’avec cette interconnexion, c’est la fin des coupures intempestives d’internet?

Cela va un peu plus sécurisé les accès au réseau.

Sur quelle distance s’étale cette infrastructure et comment va-t-elle être supervisée?

Pour le Cab4 jusqu’à Bakoumba, nous sommes à 1100 kilomètres, en partant du point d’atterrissement d’Angondjé. Pour la supervision, on a une partie passive qui concerne la fibre optique et une partie active qui concerne tout ce qui est équipements. Ces équipements sont gérés par un logiciel qui, en temps réel, nous permet de voir tous les dysfonctionnements qui pourront se passer dans le réseau, selon l’endroit où l’on se trouve. Le technicien mobile aura son poste de travail avec lui et pourra se connecter, quel que soit le centre, pour voir le comportement du réseau.

A combien peut-on, au final, évaluer un tel investissement?

Pour le Cab4 national gabonais, le coût de construction s’élève à environ 40 millions de dollars (21,41 milliards de francs CFA – ndlr). Il y a la partie infrastructures et génie civil qui a coûté à peu près 30 millions de dollars (16,06 milliards de francs CFA – ndlr) et la partie équipements actives a coûté, pour cette première phase, à peu près 6 millions de dollars (3,21 milliards de francs CFA – ndlr). En termes de personnes ou de ressources humaines, ce sont environ 600 personnes qui ont contribué à la mise en place de ce projet qui a un aspect social. Le projet a fait en sorte que sur tous les tronçons où nous sommes passés, nous avons fait des recrutements locaux pour permettre à des jeunes d’avoir un travail. Hormis les équipes techniques gabonaise et chinoise, nous tournons donc autour de 600 personnes, en plus d’une soixantaine d’étudiants gabonais qui a été formée spécialement aux métiers de la fibre optique et aux métiers des nouvelles technologies.

En quoi consistera la deuxième phase? 

Comme nous l’avons dit au départ, le souhait est de couvrir tout le territoire gabonais, conformément au Plan stratégique Gabon émergent, dans sa facette numérique. Avant la deuxième phase, il y aura une extension qui partira du centre technique existant d’Oyane pour Lambaréne. Il y aura toute la partie nord qui partira de Booué jusqu’à Koumameyong, Lalara, Mitzic, Oyem et Bitam. Des interconnexions sont également prévues aux frontières notamment avec le Cameroun et la Guinée Equatoriale. La phase d’extension a commencé au niveau théorique et l’exécution pratique va débuter d’ici au mois de mai, au plus tard.

Propos recueillis par Désiré Clitandre Dzonteu

 

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