Lecteur des plus assidus de Charlie Hebdo s’il en est chez les hommes de médias au Gabon, Timothée Mémey, journaliste à Africa N°1, a fait parvenir à Gabonreview le texte ci-après qu’il qualifie de «larmes de la colère», après l’attentat meurtrier qui a décimé, le 7 janvier dernier, l’équipe du journal français dont il parodie ci-dessus l’un des titres les plus célèbres.

L’une des couvertures «énervantes» de Charlie Hebdo. © D.R.
L’une des couvertures «énervantes» de Charlie Hebdo. © D.R.

 

Timothée Mémey, journaliste. © D.R.
Timothée Mémey, journaliste. © D.R.

Ils décidaient, ce mercredi 7 janvier, de la prochaine livraison de Charlie Hebdo, leur journal îlot de liberté, lorsque deux hommes de noir vêtus ont fait irruption au desk du titre pour l’arroser cruellement à la Kalachnikov 41, tuant ainsi 12 personnes dont 2 policiers et blessant grièvement au moins 4 personnes. Parmi ces morts, il y a Wolinski, le dessinateur anarchiste que j’avais rencontré à Libreville au festival BD Boom de novembre 1999, mais aussi Charb, Cabu, Tignous et Bernard Maris dont je ne me délecterai plus chaque semaine. La perfide attaque a été qualifiée d’«attentat terroriste» par François Hollande, le président de la France. Il s’agirait, assure-t-on, d’une vengeance des radicaux islamistes, puisque l’un des tueurs cagoulés aurait crié «le prophète a été vengé» et des cris, «Allah Akhbar !» («Dieu est le plus grand !»), auraient été entendus.

Les assaillants, dans la rue, après leur forfait. © Capture d’écran
Les assaillants, dans la rue, après leur forfait. © Capture d’écran

«On a tué Charlie Hebdo !», a lancé dans la rue l’un des assaillants. Au nom de tous ceux qui, comme moi, ne croient en rien, j’enrage, à mourir, contre cette forme de fondamentalisme religieux qui, au nom d’un jihad primitif, fait couler le sang de braves citoyens qui n’ont pour péché que d’avoir choisi d’exprimer leurs opinions laïques, au nom de la liberté d’expression si chère à la France et pour laquelle ils ont été, de longues décennies durant, à l’avant-garde du combat. Les illuminés psychopathes qui tuent au nom de leur prophète, Mahomet, dont la très haute sainteté interdit toute critique de peur d’une fatwa, viennent de frapper le cœur même de la liberté d’expression en France.

Oui, Charlie Hebdo était le symbole de la liberté d’expression… en France mais aussi ici au Gabon où le journal n’est pas inconnu. S’attaquer à Charlie Hebdo, c’est s’attaquer à ce que la France, mais aussi tout le Landerneau journalistique, a de plus cher : la liberté d’expression et de pensée, la démocratie. Des valeurs qui passent pour une hérésie dans les califats qui professent un islamisme moyenâgeux, enseigné par quelques barbus à l’esprit obtus. Comment comprendre que malgré les lumières de longs siècles ayant contribué à forger la pensée rationnelle, quelques attardés mentaux en sont encore à faire couler du sang humain au nom de leur religion, qui passe pour un argument de taille contre la libre pensée. On nous a pourtant martelé, se basant sur le début du verset 256 de la sourate 2, que l’Islam est une religion d’amour, de tolérance et de paix. N’est-on pas ici face à ce que, dans la chanson «Manhattan-Kaboul», le chanteur Renaud Séchan appelle «l’Islam des tyrans» ?

Avec son bilan le plus meurtrier d’un attentat depuis au moins quarante ans en France, cette boucherie humaine d’une sauvagerie inouïe visant à imposer un ordre islamique mondial et un califat planétaire est résolument abominable, mais surtout horriblement gratuite pour ne pas dire inutile. Car l’esprit Charlie Hebdo ne peut être gommé. Il continuera d’animer les consciences avant-gardistes et progressistes aussi longtemps que la barbarie morbide, l’hystérie revancharde et l’obscurantisme doctrinal seront présentés comme des moyens pour l’élévation de l’humanité tout entière.

Comment donc ces nouveaux barbares, adeptes d’un islamisme ravageur, en guerre contre la démocratie et toutes les valeurs républicaines, sont-ils autorisés à investir des pays où la laïcité, la tolérance, la démocratie sont des sacro-saints principes ? Pourquoi ne se cantonnent-ils pas en «terre promise» où les mécréants sont des crétins à pendre ? De là où l’on dit qu’il contemple les humains et surtout le peuple de la religion qu’il a inventé, Monsieur Mahomet voit-il seulement tous les désastres causés en son nom ? Tarik Ramadan, le clerc de la pensée islamique, a certainement réponse à ces troublantes questions.

Timothée Mémey, journaliste à Africa N°1