Pour avoir organisé, à Libreville, des kermesses supposément bénéfiques mais dont les retombées économiques pour le Gabon restent attendues, le patron de Richard Attias & Associates réclame aux autorités gabonaises une créance de plus de 400 millions de francs CFA sous peine d’une action en justice.

Richard Attias et Ali Bongo ne doivent plus rire ces derniers temps. © D.R.

 

La somme est grosse. Aussi grosse que les promesses faites dès 2012 à l’annonce de l’organisation, à Libreville, de la première édition du New York Forum Africa (Nyfa), dont on s’interroge toujours sur les véritables apports pour l’économie du pays. La lettre du continent parle de 721 855 dollars US, soit environ 417 millions de francs CFA. Cette somme serait réclamée par le communicant et homme d’affaires franco-marocain Richard Attias pour l’organisation, en 2015, de la 4e édition du Nyfa et du 14e African Growth Opportunities Act (Agoa), deux rencontres qui promettaient monts et merveilles pour le Gabon et les Gabonais.

Seulement, si la vie des Gabonais n’a connu aucun changement notable grâce aux raouts de Richard Attias, considéré comme l’un des plus budgétivores que le pays ait organisés, le lobbyiste serait prêt à user de la force pour entrer en possession de son argent. Il aurait initié, il y a quelques mois, une négociation avec les autorités gabonaises en vue de régler à l’amiable ce litige financier. Mais Libreville, dit-on, ne se serait pas montrée pressée de régler la facture. Aux dernières nouvelles, Richard Attias, pris au cou par son partenaire américain, l’agence WPP, aurait mandaté son avocate parisienne Emmanuelle Hoffman «pour mettre la pression» sur les régies financières du Gabon. «Après une vaine tentative de négociation, une première mise en demeure a été adressée le 27 avril par Me Hoffman. Le 29 mai, un nouveau courrier comminatoire a été envoyé aux ministres Régis Immongault (Economie) et Mathias Otounga Ossibadjouo (Budget et Comptes publics), au directeur de cabinet du chef de l’Etat, Martin Boguikouma, ainsi qu’au DG des finances publiques, Jean-Fidèle Otandault», rapporte La lettre du continent, ce 12 juillet.

Si Ali Bongo lui-même aurait assuré à son «ami» que la créance sera réglée «rapidement», le patron de Richard Attias & Associates aurait donné huit jours au président gabonais. Faute de quoi, un procès attend son pays. Pour l’heure, beaucoup doutent que, comme les éditions précédentes (2012, 2013 et 2014), le Nyfa de 2015 ait apporté grand-chose au Gabon. Or, aux dires de Raymond Ndong Sima, l’ancien Premier ministre, les milliards de francs nécessaires à l’organisation de ces forums étaient pris directement dans les caisses de l’Etat et n’ont été soumis à aucun contrôle du Trésor public, pas plus que des limites aient été fixées à la présidence de la République qui pilotait le vaporeux projet.

S’il va pourtant falloir que l’Etat décaisse encore pour une activité qui ne lui a véritablement pas servi, on ne devrait pas oublier que Richard Attias prétendait que son raout devait favoriser la réinvention du business model africain, du fait d’être le creuset d’idées devant booster les économies du continent. 4,7 milliards de francs CFA, selon l’analyste économique Mays Mouissi, ont pourtant été dépensés pour cet évènement, répété quatre fois à Libreville, sans retombées économiques clairement identifiables (lire «Le New york forum Africa mis à nu»).

Non content d’avoir grugé un pays sous-développé en bluffant ses dirigeants, le donneur de leçons aux journalistes africains n’a aucune compassion et voudrait racler les fonds de tiroirs de ses amis d’hier. Il pourrait pourtant payer son partenaire, WPP, avec les bénéfices engrangés, quatre ans durant, lorsqu’il vendait au Gabon du vent et des étincelles. Un peu de gratitude, diantre !