Emile Derlin Zinsou est décédé à son domicile de Cotonou dans le nuit de jeudi, à presque 100 ans. Avec sa mort, le Bénin perd ainsi un deuxième ancien chef d’Etat en 9 mois !

Émile Derlin Zinsou (à g.) avec les présidents Mathieu Kérékou (et son épouse) et Nicéphore Soglo, en novembre 2011 à Cotonou. © gettyimages.com

Émile Derlin Zinsou (à gauche au fond) avec les présidents Mathieu Kérékou (et son épouse) et Nicéphore Soglo, en novembre 2011 à Cotonou. © gettyimages.com

 

Emile Derlin Zinsou. © bowoulankro.com

Emile Derlin Zinsou. © bowoulankro.com

Il avait présidé aux destinées du Bénin (alors République du Dahomey) entre juillet 1968 et décembre 1969. Renversé par les militaires en décembre 1969 qui installèrent alors un civil, Paul Emile de Souza, au pouvoir, Emile Derlin Zinsou avait un carnet d’adresses et eut de longues amitiés de Dakar à Paris, en passant par Yaoundé, Brazzaville et Abidjan. Ce carnet d’adresses lui a permis, grâce à Jaccues Chirac d’être désigné vice-président du Conseil de la Francophonie. Ce médecin, fils de directeur d’école, était entré en politique dans les années cinquante. Il lutta pour l’indépendance de son Dahomey natal, et finit par accéder au pouvoir en 1968, mais il n’y resta que dix-sept mois.

Le 10 décembre 1969 en effet, une partie de l’armée le destitua et fut déterminée à l’éliminer physiquement. Il n’eut la vie sauve qu’à cause des dissensions qui existaient au sein de la troupe. L’armée entreprit alors de jouer un rôle majeur sur la scène politique, et des putschs succédèrent aux putschs. Le processus électoral prévu en 1970 ne put d’ailleurs aller à son terme, en raison de la volonté de l’armée de ne pas voir Emile Derlin Zinsou s’y présenter. «L’ennemi public n°1 de l’armée dahoméenne» montra une rare détermination pour continuer à exister dans le paysage politique national et sur la scène internationale. En janvier 1976, il fut accusé d’avoir fomenté un coup d’Etat contre le président Matthieu Kérékou qui le condamna à la prison ferme à deux reprises.

La mort d’Emile Zinsou intervient neuf mois après celle de Matthieu Kérékou justement. Celui-ci avait occupé la fonction de président de la République, à deux reprises : d’abord sous le monopartisme, de 1972 à 1991, puis, sous le régime démocratique, de 1996 à 2006. Il est mort en octobre 2015, à l’âge de 82 ans. Le Bénin, terre prolifique d’anciens présidents de la République vivants, perd ainsi un deuxième ancien chef d’Etat en neuf mois. Nicéphore Dieudonné Soglo, président de la République de 1991 à 1996, et Thomas Yayi Boni, président de la République de 2006 à 2016, ainsi que son neveu Lionel Zinsou, Premier ministre du Bénin de juin 2015 à avril 2016, ont salué sa mémoire et ont rendu un vibrant hommage à l’un des bâtisseurs de la République du Bénin.