Le procès s’est ouvert aujourd’hui au Tribunal de Grande instance de Paris. Pour avoir évoqué les coulisses de ses affaires en Afrique, le magnat de la logistique, de la gestion des ports, des transports maritimes, de l’énergie et des médias attaque en diffamation trois journaux (Mediapart, L’Obs, Le Point) et deux ONG (Sherpa et ReAct). 

llustration, par Survie, de la tribune collective contre Bolloré : Blocage des entrées du siège du groupe Bolloré et de sa filiale Havas, en juin 2016. © CC Billets d’Afrique

 

Ce 25 janvier, s’ouvrait à Paris le procès intenté par l’homme d’affaires breton et sa société Socfin, basée au Luxembourg, aux journaux et ONG cités plus haut qui ont enquêté sur ses activités au Cameroun. Vincent Bolloré et sa société Socfin (qui dispose en Socapalm sa filiale au Cameroun) leur reprochent d’avoir publié des articles évoquant les mobilisations de villageois et d’agriculteurs d’exploitations gérées par ces deux sociétés. «Ils ont publié des informations complètement erronées», affirme un des avocats du groupe Bolloré.

© survie.org

En réaction à ce procès, une vingtaine de rédactions et de journalistes ont signé une tribune pour dénoncer les méthodes de Vincent Bolloré, accusé de faire pression sur les médias. «Le Groupe Bolloré en a fait une mesure quasi-automatique de rétorsion dès lors que sont publiquement dévoilées ses activités africaines». À ce sujet, les signataires de la tribune rappellent que «l’agence de communication Havas dirigée par Yannick Bolloré, fils de Vincent Bolloré, avait tenté, en 2014, de supprimer plus de 7 millions d’euros (environ 5 milliards de francs CFA) de publicité AU JOURNAL LE MONDE à la suite d’une enquête sur les activités de Vincent Bolloré en Côte d’Ivoire».

Le texte publié des rédactions et journalistes indique que, depuis 2009, Vincent Bolloré a déjà déposé plus d’une vingtaine de plaintes contre des médias et ONG français pour diffamation pour les mêmes raisons, à savoir des enquêtes sur les coulisses des activités de son groupe en Afrique.

La durée du procès est inconnue, mais il y a deux jours, dans un autre procès intenté au journal «Les Inrocks», le Groupe Bolloré a été débouté. Âgé de 65 ans, le milliardaire breton, dont la fortune était estimée à 7,3 milliards d’euros (près de 5000 milliards de francs CFA) il y a tout juste un an, est une des plus grosses fortunes de France et d’Europe. Il a fait de l’Afrique la terre de prédilection de son groupe de logistique, et il est présent dans plusieurs autres secteurs sur le continent, notamment dans les médias, les transports maritimes, la gestion des ports, l’électricité et la distribution des réseaux Internet. Il est le PDG du groupe Bolloré, président du Conseil de surveillance de Vivendi (qui, au Gabon, contrôle la SEEG) et président du Conseil de surveillance de Canal+. Personnage attachant et sympathique pour les uns, Vincent Bolloré est, pour d’autres, un redoutable homme d’affaires qui ne craint pas de traduire en justice des Etats…