La famille de l’ancien inspecteur général des impôts retraité, Claude-Réné Oranga Egueyi, 75 ans,  a été expulsée, le mercredi 16 mai 2012, de sa maison de Glass, un quartier du quatrième arrondissement de Libreville. L’huissier de justice Eliane Oberdeno y a fait irruption, en début de matinée, accompagnée de quarante-deux policiers, qui sont allés déloger, à la hussarde, les occupants des lieux.

SPOLIATION EPOUSE ORANGA

 

Selon Me Oberno, la maison ne serait plus la propriété de la famille Oranga. Elle aurait été  vendue, en 2008 – en même temps que deux autres maisons situées à Port-Gentil – à l’ancien conseiller général puis député de cette ville et actuel ministre des Eaux et Forêts, Gabriel Tchango. Ce dernier, a indiqué l’huissier de justice, avait conclu la transaction en 2008 avec le dernier fis de la famille, Réné-Edmé Oranga, qui s’était drapé d’un acte de cession. Mais les propriétaires du patrimoine immobilier soutiennent que le vendeur n’a jamais reçu le blanc-seing de ses parents ou d’un quelconque conseil de famille. Il saurait donc falsifié des documents pour conclure la transaction avec l’ancien édile de Port-Gentil, aujourd’hui au gouvernement.

L’acte de cession, a indiqué la famille Oranga, ne porte ni la signature du chef de famille, ni celle de son épouse légitime, Rosine Adioy, 75 ans,  avec  qui l’ancien inspecteur des impôts s’était marié sous le régime de communauté des biens. «Nous avons construit cette maison en 1961. Mon mari et moi avions contracté un crédit conjoint pour nous doter d’un toit. Alors, un enfant de la famille ne peut pas  vendre notre maison sans notre accord, étant donné que nous sommes tous encore en vie», a avancé Rosine Adiot.

Devant une transaction aux contours brumeux, selon la famille Oranga, celle-ci avait saisi la justice pour ne pas être spoliée. Mais elle n’a eu gain de cause ni en première instance ni en appel. D’où sa décision de se pourvoir en cassation. Alors que la Cour de cassation ne s’est pas encore prononcée sur la question, l’huissier de justice est allé déloger la famille Oranga de la maison où elle vivait depuis cinq décennies. Après avoir vainement cogné devant le portail, les agents ont escaladé la barrière avant d’expulser manu militari la maisonnée, du reste réfractaire à la cession du bien.

Effets spoliationDeux heures durant, les policiers se sont attelés à vider la maison querellée de tout son contenu, déposant mobilier et affaires intimes, au fur et mesure, en bordure de la voie publique. Une scène qui a mis en courroux dame Rosine Adiot, 71 ans, sa fille Lydie Oranga et d’autres proches impuissants devant la force publique. «Nous n’avons reçu aucune assignation. C’est une décision arbitraire. M. Gabriel Tchango se sert  de sa position de ministre pour vouloir écraser les autres», a dénoncé un membre de la famille, visiblement courroucé. «Ce n’est pas sérieux ! Comment peut-on déposséder une famille de sa propre maison ?» a renchéri un autre membre de la famille prenant à témoin l’opinion nationale et les plus hautes autorités du pays. «Cela prouve que la loi appartient à ceux qui ont les moyens. M. Tchango gagne les procès au tribunal parce qu’il soudoie les magistrats», a déduit  un neveu de la famille, non sans s’interroger sur les réelles visées de Gabriel Tchango.

Joint au téléphone depuis Brazzaville (Congo) où il séjourne, le ministre des Eaux et Forêts a indiqué avoir acheté la maison avec l’un des fils Oranga, Réné-Edmé Oranga, qui lui aurait présenté un acte de cession en bonne et due forme. «Il m’avait présenté des documents authentiques sur la base desquels nous avons conclu la transaction. Je l’ai fait quand je n’étais pas encore ministre. Je ne comprends pas pourquoi cette affaire fait tant de bruit aujourd’hui», a répliqué Gabriel Tchango. La question que tout le monde se pose est de savoir comment un homme expérimenté comme lui a pu s’engager dans une transaction avec un fils Oranga, sans autre garantie que sa parole, alors que le père et la mère, véritables propriétaires de la maison, sont encore en vie. Quel notaire a pu valider une telle cession sans vérifier la validité des documents fournis ? Comment la justice peut-elle faire expulser une famille, composée de personnes âgée de surcroît, sans attendre  la fin de la procédure ? Autant d’interrogations qui laissent un sentiment d’injustice profondes si elles doivent rester sans réponses convaincantes.