Notre chronique de ce mois est portée par trois coups de cœurs. Un as de trèfle forcément gagnant, que nous nous proposons de tirer sans se couper de notre ligne habituelle : celle de lire l’actualité culturelle sous le prisme du développement des Industries Culturelles et Créatives au Gabon.

Au cœur du renouveau culturel gabonais, la vision intellectuelle du Dr Kanel Engandja-Ngoulou sur le développement durable se conjugue à l’audace organisationnel de Magalie Wora et à la fougue artistique de Mareless : un triptyque emblématique qui incarne l’avenir des Industries Culturelles et Créatives du pays. © GabonReview

 

Développement Durable et Culture : Convergence ou Divergence ?

Le mercredi 19 mars dernier, la bibliothèque universitaire de l’Université Omar Bongo (UOB) a servi de théâtre à une conférence intitulée « Développement Durable et Culture : Convergence ou Divergence ? ». Tout un programme que l’orateur du jour, Dr Kanel Engandja-Ngoulou, s’est fait le plaisir de dérouler devant une assistance d’universitaires, intellectuels et étudiants. Il a éclairé sa réflexion par un préambule qui lui a permis de définir les concepts et fixer le cadre de son propos.

Au-delà de la portée scientifique de son exposé, le conférencier, l’un des éminents spécialistes des Industries Culturelles et Créatives au Gabon, s’est employé à démontrer l’impact empirique de la culture dans le processus du Développement Durable. S’appuyant sur des exemples tirés de l’expérience post-coloniale des jeunes Etats africains, il a d’abord évacué les préjugés autour des concepts en présence avant de tenter d’entrevoir un développement durable à l’africaine, qui intégrerait la ‘culture’ comme un quatrième pilier, aux côtés des trois piliers habituellement considérés (Social, Ecologique et Economique). Il est allé plus loin en invitant les consciences africaines à s’approprier le Développement Durable, non pas comme un concept nouveau, mais comme une notion faisant partie intégrante de leur culture. Parce que, selon lui, « Le Développement Durable est d’abord Culturel » a-t-il conclu.

Le Dr Kanel Engandja-Ngoulou est une figure éminente dans le domaine de la recherche en sciences politiques et un acteur clé au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Depuis juin 2014, il exerce au sein de l’OIF, où il a gravi les échelons de spécialiste de programme en Développement et Coopération à Directeur par intérim du Bureau régional pour l’Afrique centrale (BRAC/OIF). En 2022, après huit ans de services distingués au BRAC/OIF, il est affecté à Paris en tant que Coordonnateur Transversalité et spécialiste de programme. Un parcours et un profil qui forcent l’admiration.

L’audacieux projet culturel post-transition de Magalie Palmira Wora

Ephémère directrice générale des Arts et des Industries Culturelles, Magalie Palmira Wora est une spécialiste connue et reconnue des Arts du Spectacle et du Management Artistique. Elle quittera ses fonctions à la suite d’une lointaine et malencontreuse controverse l’ayant opposée à une partie du cabinet de son ancien ministre de Tutelle.

Son bref passage au Ministère de la Culture lui aura permis de toucher du doigt les réalités d’une bureaucratie souvent incompatible avec la liberté artistique qui la caractérise. Elle qui dispose pourtant d’un pédigré unique, alliant connaissances théoriques et expériences pratiques sur le terrain des industries des arts et du spectacle. De retour d’une longue et résiliente période d’introspection, elle entend désormais s’engager sur le terrain de l’action des politiques publiques en faveur du développement culturel. Prenant clairement position pour le camp du Président Candidat, elle a déroulé le 20 mars dernier, son projet culturel post-transition intitulé «Un souffle nouveau pour les arts et la culture au Gabon». Se présentant comme entrepreneuse culturelle elle s’est érigée en soutien du Président de la Transition, candidat à la présidentielle du 12 avril prochain.

L’intéressée invite son candidat s’il est élu, à «insuffler un nouvel élan dans le secteur des arts et de la culture pour en faire un levier de développement national». Le but de ce projet, a-t-elle dit, est de «placer la culture au cœur des priorités du «Nouveau Gabon» que souhaite bâtir le président de la Transition». «La culture ne doit plus être reléguée au second plan. Elle doit être un moteur économique, un levier d’influence et un marqueur identitaire fort», a-t-elle déclaré, appelant à une structuration urgente du secteur.

Selon les observateurs avisés, le projet de Magalie Wora remet en scène l’épineuse question des droits d’auteur qui doivent être bien protégés, collectés et redistribués aux ayants droits afin de permettre aux artistes de vivre véritablement de leur art. Elle plaide également pour l’instauration de quotas de diffusion dans les médias publics favorisant les œuvres locales, afin de leur offrir une plus grande visibilité sur les scènes nationale et internationale.

Mareless à l’assaut du Rap Made in Gabon

Notre troisième coup de cœur est une dame de pique. Sans tomber dans un féminisme inopportun, la rappeuse gabonaise détonne. Plus de 100.000 vues en une journée pour le titre « Sidiki Diabétique » (Prod. Mapane LifeStyle, 2025) et un flow à faire pâlir les puristes du rap underground. Au-delà des lyrics clairement explicites et son appétence pour les « clashs » propres au monde du Hip-Hop, la critique salue d’abord et avant tout la performance artistique. Une vraie révélation de fraicheur en cette période de disette musicale du rap des origines. La plume caustique et le verbe acerbe, elle distribue généreusement des punchlines tout au long de ses titres avec des samples dépouillés et sous des rythmiques de mêlant la drill. Et l’Afro-Trap

Ses fans voient en elle la nouvelle Reine du Hip-Hop Gabonais. Une relève assurée et assumée dans un univers trusté par les hommes. Suffisant pour se faire remarquer. Récemment, suite à une pique maladroitement décochée par le rappeur ivoirien Himra à l’endroit des artistes gabonais, Mareless s’est invitée à la joute musicale, s’engouffrant dans une brèche allègrement ouverte par son compatriote M.O.R, en riposte à l’offensive ivoirienne. Ce clin d’œil inamical au « Rap’Ivoir » a pris la forme d’un duel au sommet, défiant les grosses pointures du pays des éléphants. L’innocent rappeur ivoiro-malien Sidiki Diabaté, sarcastiquement rebaptisé « Sidiki Diabétique » a même écopé d’une balle perdue. La messe était dite.

Depuis l’irruption du hip-hop au Gabon à la fin des années 1980, ce mouvement a été le laboratoire des expérimentations contestataires, à cheval entre la poésie, la musique, la danse et la révolte. Sur cette voie, le mythique groupe V2A4 a été le premier à tracer son sillon. Puis il y a eu les autres, de Siya Possi X à Moveizhaleine en passant par Raaboon et Hayoeu pour ne citer que ceux-la.

Les années 2000 ont vu naitre de nouvelles branches avec une créativité inspirée des sonorités toutes aussi nouvelles, alliant tradition et modernité. Au fil du temps, ces tendances semblaient avoir poussé le rap hardcore à une relative décadence. Il a donc fallu désaltérer la soif musicale des férus du cru, alors desséché par l’apparition, du Borlow, du Djazzé et depuis peu de la Ntcham. C’est sur ce terreaux fertile qu’a émergé Mareless, désormais considérée, à raison, par ses pairs, comme l’avenir du « Rap Made in Gabon. »

En 2018, son nom circulait déjà dans les sphères underground du rap gabonais où elle écumait les homestudios. Elle était alors présentée comme la future star du hip-hop local grâce à ses performances hors pairs dans les mix tapes produits par son label. Ceux qui l’ont suivie ont eu du flair, car Mareless s’est construite une réputation solide en se hissant aujourd’hui sur un trône qu’elle entend conserver pour un bon moment.

 

 
GR
 

0 commentaire

Soyez le premier à commenter.

Poster un commentaire