Présidentielle | Offre politique d’Oligui Nguema : Une dignité en pointillé ?

Le président-candidat entend œuvrer à la mise en place des conditions sociales et économiques essentielles à une vie digne et libre. Pour cela, il doit faciliter le contrôle citoyen de l’action publique.

Pour faire des DESC des droits fondamentaux, il faut donner aux citoyens les outils pour se défendre face aux dérives de l’exécutif. © GabonReview
Brice Clotaire Oligui Nguema se définit comme un homme d’action, de pragmatisme et d’«inclusivité». Dans la perspective de la présidentielle du 12 avril prochain, il a publié une offre politique intitulée : «Bâtissons l’édifice nouveau – Pour notre essor vers la félicité». Il y évoque, dans l’ordre, la réforme des secteurs eau et électricité ; l’entrepreneuriat et l’employabilité des jeunes ; le logement, les infrastructures de transport et numériques ; le capital humain et la justice sociale ; l’économie et le développement durable ; la gouvernance et les institutions. S’il présente les piliers de sa stratégie, il fait surtout «15 annonces clés». À la lecture de ceux-ci, une évidence s’impose : sa vision est essentiellement tournée vers la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels (DESC). Autrement dit, il entend œuvrer à la mise en place des conditions sociales et économiques essentielles à une vie digne et libre.
L’application des DESC dépend des droits civils et politiques
On peut reconnaître la noblesse de cette ambition, les DESC étant une traduction concrète des principes de dignité humaine et de solidarité. Mais on doit aussi l’admettre : la revendication, l’exercice et l’application des DESC dépendent du respect des droits civils et politiques. Or, de tout temps, ces droits ont été foulés au pied. Le droit de vote et le droit d’éligibilité ? S’ils sont reconnus depuis au moins la Conférence nationale de 1990, ils ont toujours été appliqués dans le seul intérêt du pouvoir en place. Le droit à la liberté d’opinion, de réunion et d’association ? Strictement encadré, il a trop souvent été malmené. Le même constat vaut pour le droit d’aller et venir, passer et repasser voire pour le droit à la liberté et la sûreté. À moins de ne tirer aucune leçon des luttes d’émancipation ou du travail des organisations de défense des droits humains, tout réformiste le sait : il existe un lien de corrélation voire de dépendance entre DESC, d’une part, et droits civils et politiques, d’autre part.
Pour revendiquer, exercer ou appliquer un droit, il faut disposer d’outils. Pour affirmer une règle juridique dans un intérêt particulier ou pour la subsistance, il faut s’appuyer sur une procédure. Ayant proclamé une vague ambition de «faire du Gabon un pays émergent à l’horizon 2025», le pouvoir déchu ne s’était pas senti obligé d’engager des réformes politiques et institutionnelles de fond. Ayant répété son intention de bâtir un «Gabon vert», un «Gabon industriel» et un «Gabon des services», il s’était autorisé à faire l’impasse sur les fondamentaux de la démocratie, bafouant les droits de la personne humaine. On connait la suit… Instruit de ce précédent historique, le président-candidat aurait dû avoir à cœur de rompre avec cette «gouvernance irresponsable, imprévisible» dénoncée le 30 août 2023. Pour rendre au Gabonais sa dignité, il aurait dû songer à garantir une meilleure participation citoyenne à la vie publique.
L’intérêt de la justiciabilité des DESC
Pour faire des DESC des droits fondamentaux, il faut donner aux citoyens les outils pour se défendre face aux dérives de l’exécutif. Il faut tout autant leur donner les moyens de le contraindre à honorer ses engagements. La réforme du système judiciaire est certes une piste à explorer. Mais, elle se dessine en pointillé. En fait, le fond du débat est : «Comment mettre les citoyens en capacité d’obliger les pouvoirs publics et leurs représentants à répondre de leurs actes, réparer les préjudices causés à la société voire supporter d’éventuelles sanctions ?» Autrement dit, il faut faciliter le contrôle citoyen de l’action publique. Cela suppose, d’une part, un strict respect des droits civils et politiques. Cela suppose, d’autre part, un libre accès à l’information relative aux affaires de la collectivité, la participation de tous au débat d’intérêt général et, l’existence de mécanismes de recours, y compris auprès des juridictions de droit commun.
La promotion des DESC s’inscrit dans le combat pour la promotion et la protection des droits de l’homme. Même si tout n’y est pas parfait, des pays comme l’Inde ou l’Afrique du Sud ont compris l’intérêt de la justiciabilité des DESC. Pourquoi le Gabon en serait incapable ? Pourquoi ne devrait-il pas s’en inspirer ? En renforçant les droits civils et politiques, on pose les bases pour des réformes économiques et sociales durables. Dans l’intérêt des citoyens, des gouvernants et du pays, il faut admettre et intégrer le lien d’interdépendance entre les différentes catégories de droits.

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