Présidentielle à venir : Au travail…
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Face à des néophytes ou à des personnalités pouvant se prévaloir de virginité et même d’une certaine intégrité, il faudra trouver le bon discours, le bon positionnement.
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La présidentielle à venir pourrait ne pas être le long fleuve tranquille annoncé. Rien n’est joué d’avance. Face à des néophytes ou à des personnalités pouvant se prévaloir d’une certaine intégrité, il faudra à Oligui Nguema de trouver le bon discours, le bon positionnement. © GabonReview
Nous nous en rapprochons. Jour après jour, les candidats à la présidentielle du 12 avril prochain se déclarent. Jour après jour, ils s’avancent, se dévoilant toujours un peu plus. Même si la liste définitive n’est pas encore disponible, une chose est déjà perceptible : cette élection ne ressemblera à aucune autre. De toute évidence, elle mettra en compétition de nombreux novices, la plupart des baroudeurs ou poids lourds de la vie politique ayant été écartés par des dispositions légales. Est-ce un gage de crédibilité ? Pas sûr, la compétitivité étant un des éléments constitutifs de la crédibilité, en sus de la transparence, de l’inclusion et de la responsabilité. Est-ce une garantie de renouvellement du personnel et de la pratique politiques ? Peut-être. Est-ce annonciateur d’une victoire haut la main pour le président de la Transition, jusque-là candidat putatif ? Pas certain.
Droit d’inventaire
Inédite, cette configuration a été rendue possible par l’analyse combinée des dispositions de la Charte de la Transition et de la Constitution du 19 décembre 2024. Dans l’euphorie née de la chute d’Ali Bongo, la classe politique traditionnelle a voulu faire cause commune avec les militaires du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), affirmant placer l’intérêt national au-dessus de toute autre considération. Dans cette atmosphère enjouée, les ténors de la vie politique se sont refusés à tout débat politicien, faisant mine d’avoir renoncé à toute ambition personnelle. À l’exception notable de Pierre-Claver Maganga Moussavou et, dans une certaine mesure, Albert Ondo Ossa, ils ne sont pas allés en guerre contre les critères d’éligibilité, y compris durant le débat référendaire. Agissaient-ils par conviction, par réalisme ou sous la pression de l’opinion ? Ou cherchaient-ils à créer les conditions d’un renouvellement de l’élite politico-administrative ? On ne le saura jamais.
Pour l’heure, le casting de la présidentielle à venir laisse circonspect. En attendant de connaître les offres politiques, un constat s’impose : la plupart des candidats déclarés n’ont jamais été aux affaires. Or, le président de la Transition, lui, a été un très proche collaborateur d’Omar Bongo Ondimba et même d’Ali Bongo. Face à des personnalités inconnues du marigot politico-administratif, il peut très vite apparaître comme «homme du passif», selon le formule de François Mitterrand. Si la chute de la dynastie Bongo sera toujours à mettre à son actif, ses adversaires auront le loisir d’exercer leur droit d’inventaire. Forts de leur virginité, ils pourront engager sa responsabilité ou lui demander de la décliner. Déjà, d’aucuns n’hésitent plus à assimiler le CTRI au Parti démocratique gabonais (PDG) ou à parler de perpétuation des pratiques du passé. Bon gré mal gré, cette rhétorique sera reprise durant la campagne. Surtout au regard des profils et parcours des candidats.
Ne pas entretenir l’illusion d’un scrutin joué d’avance
Jadis officier chargé de faire exécuter les instructions d’Omar Bongo Ondimba, puis chef des services spéciaux et patron de la garde prétorienne sous Ali Bongo, le président de la Transition pourra difficilement éviter le débat sur son rôle aux côtés de ces anciens chefs d’Etat. Ayant fait montre de mansuétude à l’égard des ténors du système déchu, il ne pourra pas échapper aux accusations de collusion. Or, face à Raymond Ndong Sima, Paulette Missambo, Alexandre Barro Chambrier, Albert Ondo Ossa, Pierre-Claver Maganga Moussavou ou Jean-François Ndongou, il aurait été à l’aise pour leur renvoyer la manivelle, ces personnalités ayant, à un moment ou à un autre, été aux affaires. À l’inverse, il sera toujours sur la défensive face à des ovnis politiques comme Marion Nnegue Mintsa, Zenaba Gninga Chaning ou à des personnalités à l’engagement éprouvé comme Noël Bertrand Boundzanga, Michel Ongoundou Loundah et Jean-Rémi Yama.
En introduisant des restrictions dans la Charte de la Transition et la Constitution, les rédacteurs poursuivaient certainement un objectif. Ne leur en déplaise, la présidentielle à venir pourrait ne pas être le long fleuve tranquille annoncé. Face à des néophytes ou à des personnalités pouvant se prévaloir d’une certaine intégrité, il faudra trouver le bon discours, le bon positionnement. Les appels à candidature, marches de soutien et autres propos dithyrambiques ne doivent pas entretenir l’illusion d’un scrutin joué d’avance. Déterminés à parvenir à «une véritable rupture, au-delà des visages et des discours», les plus expérimentés parmi les candidats peuvent réserver des surprises. Pour ne pas se réveiller avec la gueule de bois et ne pas connaitre de grande désillusion, il faut se mettre au travail, ardemment et méthodiquement, loin du tumulte des réseaux sociaux et des foules constituées par des zélateurs intéressés.
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1 Commentaire
Il fut un temps où on pouvait déclarer sans sourciller que le Général remporterait cette élection. La faible participation au dernier référendum, alors qu’on est censé inaugurer l’ère nouvelle d’un Gabon libre, montre que l’euphorie a laissé la place à une certaine déception. Et, en face,cela a été dit, il y a parfois des « immaculés » à qui on ne pourra opposer des arguments ad hominem en réponse à des arguments sérieux. Donc les attaques dont fait l’objet ACBBN ne prendront pas.
Certes, le Général pourra toujours se targuer d’être le tombeur d’Ali Bongo. Mais plusieurs questions subsistent autour de ce coup d’Etat, en commençant par sa temporalité (pourquoi aujourd’hui et pas avant), certaines actions post coup d’Etat comme le recrutement dans son régime de nombreux pdgistes, les « éloges » du Général à l’égard de Marie Madeleine Mborantsuo, certaines atteintes aux droits fondamentaux révélées…
L’erreur à ne pas faire c’est vraiment de vouloir se présenter comme l’homme providentiel. En 2023 cela aurait pris (je le crois vraiment), aujourd’hui c’est moins évident. Et il faut que ses équipes et lui se disent qu’un peuple peut être las de son sauveur, et se rappellent le contexte de la démission du général de Gaulle.
Les actions ne plaidant pas toujours en sa faveur depuis le coup d’État, le Général devra vraiment trouver les mots pour convaincre les plus sceptiques d’entre nous. Mais, comme disait Montesquieu, si on veut chercher le dessein de l’auteur, on ne le peut bien découvrir que dans le dessein de l’ouvrage.
Peu importe qui passera, j’espère que les compatriotes feront un choix éclairé et que les remparts du scepticisme tomberont à juste titre.