Opiangah contre l’État : un ex-ministre de la transition en quête de justice

Ministre des Mines dans le premier gouvernement de la Transition au Gabon, Hervé Patrick Opiangah est aujourd’hui un homme traqué. Non pas pour corruption, mais pour des accusations d’inceste démenties par la supposée victime, mais qui ont bien émergé après son «Non de dignité» au référendum. Pilule dure à avaler par le pouvoir militaire ? Un exil forcé de quatre mois et une tentative de recours auprès de la Commission africaine des droits de l’Homme afin de faire cesser ce qu’il qualifie de «violentes attaques» orchestrées par l’État gabonais, sont en tout cas pour l’heure, le résultat de cet état de fait.

Homme d’affaires et président du parti politique l’UDIS, Hervé Patrick Opiangah aurait peur de rentrer dans son pays. © gabon2025.com
Homme d’affaires et président du parti politique l’Union pour la démocratie et l’intégration sociale (UDIS), Hervé Patrick Opiangah aurait aujourd’hui peur de rentrer dans son pays. En cavale depuis sa convocation par la police judiciaire en novembre 2024, il est officiellement recherché dans le cadre d’une enquête pénale pour une affaire familiale, mais ses proches évoquent plutôt une enquête aux relents de règlement de comptes politique pour avoir osé critiquer la Constitution portée par le général Brice Oligui Nguema. Dans la nuit du 20 au 21 novembre, des agents des «forces de défense et de sécurité lourdement armées et encagoulées» ont investi son domicile sans mandat.
Si ces proches ont vite dénoncé un grand classique des procédures judiciaires made in Gabon, son parti politique a en plus dénoncé une «cabale», parlé de «forfaiture judiciaire», mais surtout d’une mise en scène politique qui ne trompe personne. Dans ce contexte, sa fille Élisabeth Opiangah, supposée victime d’inceste, a catégoriquement nié les accusations contre son père, mais a tout de même eu droit à quelques jours de garde à vue, histoire de la «convaincre» d’avoir une meilleure mémoire, mais elle n’a pas changé d’avis. Malgré des appels à la Cour constitutionnelle, la Cour d’appel, le Conseil d’État, et la Cour des comptes, personne n’a levé le petit doigt.
Dernier recours continental et avenir incertain

Hervé Patrick Opiangah tel qu’il est apparu sur ‘’Le Balcon’’ de Jonas Moulenda, le 14 décembre 2024. © GabonReview (capture d’écran)
Les requêtes envoyées au Parlement, au corps diplomatique et à la Conférence épiscopale ? Silence radio. Un bon rappel que la séparation des pouvoirs est une idée aussi théorique qu’utopique sous certaines latitudes ? Ses avocats dénoncent une justice aux ordres. «L’utilisation de l’appareil militaire et policier de l’État gabonais contre Monsieur Opiangah et le maintien abusif de procédure judiciaire à son encontre l’empêche d’obtenir justice devant les juridictions gabonaises», ont-ils déclaré via le cabinet Bensimhon qui a notamment défendu l’opposant Sébastien Avajon au Bénin, un autre pays où la justice semble avoir un GPS politique intégré.
«M. Opiagah a donc déposé lundi sa requête devant l’instance africaine dans l’espoir de faire valoir ses droits face à ce qu’il considère comme un complot», a expliqué à l’Agence France presse (AFP), Me Marc Bensimhon. Le 1er avril, Opiangah a donc tenté son dernier coup : une requête auprès de la Commission africaine des droits de l’Homme, espérant que cette instance lui offrira une tribune pour dénoncer ce qu’il perçoit comme un «complot». Son objectif ? Rentrer en toute sécurité au Gabon, protéger sa famille, sauver ses entreprises et récupérer son patrimoine. Reste à voir si cette démarche portera ses fruits ou si Opiangah finira par grossir les rangs des exilés politiques africains, contraints de regarder leur pays de loin.

5 Commentaires
Ce n’est pas du journalisme mais un article commandé par l’accusé:
– Des expressions comme « une idée aussi théorique qu’utopique sous certaines latitudes », « GPS politique intégré », ou encore « histoire de la convaincre d’avoir une meilleure mémoire » relèvent plus du commentaire que du journalisme d’information neutre. Cela donne un ton éditorial/engagé, qui peut être jugé partisan.
– Vocabulaire parfois subjectif : « cabale », « mise en scène politique qui ne trompe personne », « pilule dure à avaler » → ces tournures orientent la lecture.
– Dans un article qui se veut informatif, cela entame un peu la neutralité attendue.
Si vous ne savez pas lire un article, cher Gayo, il vaut mieux parfois se taire. L’article dit ceci : « son parti politique a en plus dénoncé une «cabale», parlé de «forfaiture judiciaire», mais surtout d’une mise en scène politique qui ne trompe personne ». Donc c’est son parti qui a parlé ainsi.
Reprocheriez-vous à la presse de relayer ce qui a été dit ? Dans le métier, on appelle ça les « choses vues et entendues ».
Pour le reste, retenez qu’en journalisme les faits sont sacrés et les commentaires libres. Merci de continuer à suivre un média qui écrit à la commande.
Gayo,
Je ne vais pas revenir sur les propos de La rédaction qui, à mon sens, a bien répondu et a tout dit. Mais puisqu’en est en cause l’Etat de droit, je vais plutôt profiter de cet article et revenir sur vos anciennes déclarations consistant globalement à soutenir que l’absence de démocratie dans le pays n’empêchera pas celui-ci de décoller. Il est vrai qu’il n’y a pas de corrélation directe entre développement et démocratie. La Chine et la Russie sont des exemples éloquents à ce titre. Sur le continent africain, nous avons eu le cas du Burkina Faso sous Thomas Sankara. Cet homme a su transformer positivement son pays dans différents domaines (social, économie, culture, environnement… ) sans que le Burkina Faso ne soit pour autant devenu une démocratie au sens communément admis (opposants et syndicalistes notamment n’avaient pas leur place dans le pays).
Pour aborder le cas de notre cher pays, est-il besoin de rappeler que nous n’avons jamais vraiment connu que des autoritarismes depuis Léon Mba ? Les premières luttes que le Gabon indépendant a eues à soutenir opposèrent aussi l’autoritarisme (incarné par Léon Mba) à la démocratie (incarnée par Jean Hilaire Aubame). Avec l’arrivée du multipartisme dans les années 90, le Gabon n’est pas devenu pour autant une démocratie, mais un « autoritarisme compétitif ». C’est-à-dire un système dans lequel des élections politiques sont organisées dans un but de préserver les apparences de démocratie, alors qu’au fond il est resté un système autoritaire. Il s’ensuit alors que le Gabonais n’a jamais connu la démocratie et tout ce que cela implique aujourd’hui : élections transparentes, alternance au pouvoir (?), transparence dans la gestion des deniers publics, indépendance de la justice et soumission des agents du pouvoir à un contrôle politique, juridique , Etat de droit… Le Gabonais a donc expérimenté pendant longtemps l’autoritarisme, sans que son ordinaire ne soit transfiguré positivement (j’utilise sciemment un euphémisme). Aussi, je me dis, au lieu d’insister dans une voie qui n’est pas profitable au Gabonais , pourquoi n’essayons-nous pas de mettre en place une vraie démocratie ? Sur le continent africain nous avons le cas du Botswana, pays d’Afrique australe, qui possède l’une des croissances les plus importantes au monde en étant un pays démocratique et transparent. Il est vrai qu’on n’y est pas encore dans les standards des plus grandes démocraties de notre époque, mais la situation économique du pays aujourd’hui est bien meilleure qu’au Gabon. Donc au lieu d’insister dans une voie qui ne nous réussit pas, changeons de logiciel et, au passage, évitons d’être fous. Car, il paraît que la folie c’est de faire toujours la même chose et s’attendre à un résultat différent.
J’insiste sur le fait que nous avons une réelle opportunité de faire de ce pays une démocratie. C’est cette envie de liberté et démocratie qui a conduit les compatriotes dans les rues le 30 août 2023. Et c’est la déception consécutive à la disparition évanescente de cet espoir de liberté et démocratie qui explique le faible taux de participation au dernier référendum (n’en déplaise aux zélateurs du pouvoir). Autour du Général, se trouvent de nombreux flagorneurs. C’est lui qui les a choisis, malgré les récriminations de la plèbe. Ils lui susurrent à l’oreille les conseils de la femme de Mcbeth et voient en lui le « Messie » (certains l’appellent le candidat divin) qui distribuera des pains (prébendes) lorsqu’il sera enfin légitimé par le suffrage. Tout cela n’est vraiment pas encourageant pour le combat de liberté et de démocratie et, in fine, pour le combat de prospérité des gabonais.
*lire disparition progressive.
Très bonne réaction de la Rédaction. J’espère que notre ami GAYO reconnaîtra avec humilité que la Rédaction a parfaitement raison. Apprenons à bien lire. Beaucoup de Gabonais ne le font malheureusement pas. Chez eux les émotions sont parfois incontrôlés, mal maîtrisés et souvent vite exprimées. Je ne parle même pas de la faiblesse d’analyse dont certains font montre.
A y regardez de près la justice et les tenant du pouvoir sont à court d’arguments irréfutables dans cette affaire. Depuis quand pour des affaires de mœurs on fait débarquer chez un individu toute une armée en cagoulée, en dehors de tout respect des procédures d’interpellation? C’est trop grossier, c’est pas ça l’Etat de droit faut l’enseigner à nos militaires de la GR. Dans le cas d’espèce, cela ressemble à beaucoup d’autres tristes affaires d’assassinat déjà vécues dans le pays. En plus la concernée nie totalement les chefs d’accusation à l’encontre de son père. Pourquoi alors doit-on s’entêter à juger cette affaire? Ca parait simplement stupide. On aurait compris que l’affaire suive son cours si la concernée confirmait l’accusation contre son père.
Aucune personne sérieuse dans ce pays ne peut croire que les pratiques de la triste GR ont réellement changé. Les militaires au pouvoir gangrenaient à le démontrer. Le cas de Monsieur OMPIANGAH en est une opportunité. Mais les habitudes ayant la vie dure, ça m’étonnerait que le régime actuel reconnaisse ce qui est avancé par la défense de M. OMPIANGAH et fasse un rétropédalage.
Attention Gabonais, aujourd’hui c’est lui, demain c’est sera au tour de qui?
Je ne défends pas M. OMPIANGAH que je ne collais pas, mais l’espoir du changement annoncé pourtant par ces mêmes militaires.