Notre Gabon, un trait d’union entre le Nord et le Sud

À l’heure où la fracture entre le Nord et le Sud s’accentue, notamment sur les enjeux climatiques, Adrien Nkoghe-Mba* signe ici une chronique vibrante qui place le Gabon au cœur du dialogue global. Appelant à dépasser les incompréhensions et à changer les cibles du discours, il explique comment son pays, fort de son engagement environnemental et de sa position unique, peut servir de médiateur entre les deux hémisphères et porter un message d’unité face à l’urgence climatique.

Rempart du vivant, le Gabon doit tendre davantage sa canopée pour relier un monde divisé quant à une justice climatique véritablement universelle. Le pays doit rappeler que l’avenir est un combat partagé © GabonReview
La COP29 nous laisse un goût amer, une déception profonde face à l’incapacité des grandes puissances à respecter pleinement leurs engagements climatiques. Là où nous espérions 1 300 milliards de dollars pour répondre à la crise climatique mondiale, seulement 300 milliards ont été promis. Mais au-delà des chiffres, ce rendez-vous raté révèle une fracture bien plus préoccupante : celle entre le Nord et le Sud, entre ceux qui dictent l’agenda mondial et ceux qui en subissent les conséquences. Dans cette tempête d’incompréhensions, notre Gabon peut être ce phare, ce trait d’union capable de bâtir des ponts entre les mondes.
Notre pays, bien que modeste en taille, porte une voix singulière et puissante. Nous savons ce que signifie être en première ligne face au changement climatique. Nous savons aussi ce que signifie être un exemple. Oui, le Gabon est un pays du Sud, mais un pays qui agit. Un pays qui protège ses forêts, qui s’engage pour le bien commun, qui montre que l’Afrique n’est pas seulement une victime, mais une solution.
Pourtant, nous savons que cela ne suffit pas. La justice climatique que nous défendons ne sera jamais une réalité tant que les opinions publiques des pays du Nord ne prendront pas la mesure de ce combat. Le Nord agit sous la pression de ses citoyens, et c’est là que se joue une grande partie de notre avenir. Nous ne pouvons pas attendre que leurs gouvernements respectent leurs engagements si leurs peuples ne comprennent pas pourquoi ces engagements sont vitaux. C’est pourquoi la diplomatie publique du Gabon doit aller au-delà des salles de conférence et s’adresser directement aux cœurs et aux esprits des citoyens du Nord.
Nous devons raconter notre histoire, et pas seulement en chiffres. Nous devons parler de nos pêcheurs dont les mangroves disparaissent, de nos agriculteurs qui font face à des sécheresses imprévisibles, de nos jeunes qui, malgré les défis, croient en un avenir durable. Ce sont ces récits qui peuvent toucher les citoyens des pays développés, ces récits qui peuvent leur montrer que la lutte climatique au Sud est aussi leur lutte.
Mais ne nous arrêtons pas là. Montrons-leur aussi que chaque investissement dans notre Gabon profite au monde entier. Lorsque nous protégeons nos forêts, nous régulons le climat global. Lorsque nous développons des solutions durables, nous créons des modèles qui peuvent être reproduits ailleurs. Lorsque nous appelons à la justice climatique, nous ne demandons pas l’aumône, nous demandons une alliance.
Notre Gabon a toujours su se distinguer par son engagement sur la scène internationale. Nous avons toujours été des bâtisseurs de ponts, des porteurs de dialogue. Aujourd’hui, ce rôle est plus crucial que jamais. Il ne suffit plus de parler aux gouvernements. Nous devons aller à la rencontre des citoyens, utiliser chaque outil à notre disposition pour sensibiliser, convaincre, mobiliser. Nous devons entrer dans leurs universités, dans leurs médias, sur leurs plateformes numériques, et leur montrer que l’avenir de notre Gabon et de leur monde sont inextricablement liés.
Ce combat n’est pas seulement celui de nos dirigeants. C’est le combat de chaque Gabonais, de chaque patriote qui croit que notre pays peut être une force pour le bien dans un monde en crise. Si nous sommes fiers de ce que nous avons accompli jusqu’ici, nous devons maintenant penser plus grand, rêver plus grand.
Mobiliser les opinions publiques occidentales n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Les citoyens du Nord doivent entendre notre appel, non pas comme une revendication, mais comme une vérité simple : leur destin est lié au nôtre. Et notre Gabon, par sa voix, par son action, peut être ce catalyseur qui transforme l’incompréhension en solidarité, l’inaction en engagement.
Nous avons un rôle à jouer, un message à porter. Et dans ce contexte mondial où tout semble divisé, notre Gabon peut être l’unité dont le monde a besoin.
*Directeur général de l’Institut Léon Mba et président de l’association Les Amis de Wawa pour la préservation des forêts du bassin du Congo.

0 commentaire
Soyez le premier à commenter.