Joseph Lapensée Essingone : le rêve éveillé d’un Gabon fusionné avec la Guinée équatoriale

Le 12 avril 2025, le Gabon élira son prochain président. Parmi les candidats, Joseph Lapensée Essingone entend fusionner le Gabon et la Guinée équatoriale en un seul pays. Une idée qui, à première vue, semble tout droit sortie d’un rêve éveillé ou d’un scénario digne des grandes fictions politiques. Mais qu’en serait-il si ce rêve devenait réalité ? Si Lapensée Essingone parvenait à convaincre les Gabonais de lui confier la présidence pour un septennat. Suffira-t-il vraiment à faire oublier la frontière qui sépare le Gabon de la Guinée équatoriale depuis la colonisation ?

Joseph Lapensée Essingone aura-t-il au moins un septennat pour rêver mais aussi pour convaincre ? © D.R.
Candidat à la présidentielle du 12 avril 2025, Joseph Lapensée Essingone ne manque pas d’ambition. Son projet ? Fusionner le Gabon et la Guinée équatoriale, deux pays séparés par une frontière, des siècles d’histoire, et des visions politiques parfois opposées. Il estime que le Gabon et la Guinée équatoriale procèdent de la «division d’un seul territoire par les puissances occidentales». Pour lui, ces deux États sont le fruit d’un héritage colonial «qui a montré ses limites aujourd’hui». Il considère donc que les autorités des deux pays doivent comprendre qu’avec la mondialisation actuelle, «l’avenir de leurs concitoyens est mieux garanti dans un pays plus vaste obtenu de la fusion de ces deux États où on retrouve les mêmes peuples».
«La Guinée équatoriale a une superficie de 28 051 km2 et celle du Gabon est de 267 667 km². Le Gabon fait 9,5 fois la Guinée équatoriale. La Guinée équatoriale a une superficie inférieure à celle des provinces du Haut-Ogooué (36 547 km2) de la Ngounié (37 750 km2) de l’Ogooué-Ivindo (46 075 km2) et du Woleu-Ntem (38 465 km2). En additionnant les deux on a un État d’une superficie de 295 718 km²», a-t-il détaillé dans son projet de société notant que les deux pays réunis, formeront une population plus grande, «un État qui n’atteint même pas la population de la ville de Douala au Cameroun», une meilleure situation économique les deux pays étant producteurs de pétrole et possédant d’autres ressources naturelles.
Les frontières : souvenirs du passé et réalités persistantes
Après tout, pourquoi se contenter d’un simple rapprochement économique ou diplomatique quand on peut rêver d’un ensemble géopolitique tout neuf, tout beau, tout fusionné ? Et si, à la place de réformer les institutions gabonaises, il pouvait réformer le monde tout entier, en effaçant les traces de la colonisation sur une carte politique qui en son sens, n’a finalement pas sa place dans le monde moderne ? Mais voilà, il ne suffit pas de rêver pour réaliser ses projets. Lapensée Essingone a beau avoir la vision d’un grand ensemble transcendant les clivages et les frontières, il faudra bien plus qu’un septennat pour convaincre son voisin équato-guinéen.
Si l’idée de fusionner deux nations est séduisante dans un discours électoral, elle semble légèrement moins palpable quand il s’agit de partager ses ressources naturelles, son pouvoir politique, ou ses institutions. Pour ainsi dire, la Guinée équatoriale n’a-t-elle pas ses propres ambitions régionales ? Se laissera-t-elle séduire par un président gabonais fraîchement élu ? Le litige de l’île Mbanié interroge même si le projet de Lapensée Essingone repose sur l’idée d’effacer les divisions héritées de la colonisation. Convaincre un pays tout entier de réécrire son histoire et son avenir sur un nouveau parchemin commun ne se fait pas en un tour de septennat.
Rêve sans frontières, mais pouvoirs limités
D’aucuns parlent d’une certaine poésie dans cette vision d’unité retrouvée tant même s’il réussit à convaincre une majorité d’électeurs gabonais, il devra encore franchir un obstacle de taille : celui de la réalité politique internationale. À moins que la magie de la politique internationale opère en sa faveur, les frontières coloniales ont la vie dure. Le rêve éveillé de Lapensée Essingone pourrait alors bien se heurter à la dure réalité des rapports de force géopolitiques, et d’un autre côté, aux rêves moins grandioses, mais plus réalistes de ses électeurs gabonais. En attendant s’il est élu, il aura sept ans pour déployer son rêve, même si la route s’annonce semée d’embûches.
Sept ans pour redéfinir la géographie du continent africain, ou sept ans pour ajuster ses ambitions aux réalités du monde diplomatique ? Les électeurs gabonais devront se faire leur propre opinion sur ce projet inédit, qui pourrait redéfinir non seulement l’avenir du Gabon, mais aussi les relations entre le pays et son voisin équato-guinéen. Quoique pour l’instant, ils sont nombreux à croire que le projet d’un Gabon et d’une Guinée équatoriale réunis en un seul et même pays ressemble plus à un rêve éveillé qu’à une réalité à portée de main.

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