Dans le cadre de l’exécution des travaux de la route Ntoum-Cocobeach, la société Ebomaf Gabon est accusée d’exploiter illégalement des carrières de latérite et de blocs de pierre situées dans le 2e canton Mbé du Komo Mondah, sur des terres appartenant au domaine rural ancestral du village Mboga Owone Ekouaghe. Face à cette situation, Jean Christian Nguema Meyo M’owone, représentant des intérêts fonciers de la famille, a entrepris des démarches auprès des autorités et de la société concernée pour faire valoir ses droits et parvenir à une résolution à l’amiable. En vain. Silence radio du côté d’Ebomaf. Cette affaire soulève des interrogations sur le respect des droits fonciers ancestraux et la responsabilité des autorités dans la préservation du patrimoine rural gabonais.

Une vue du relief du sol, manifestement transformé sur l’ensemble de la zone d’exploitation. © D.R.

 

L’affaire remonte à décembre 2024, lorsque Jean Christian Nguema Meyo M’owone découvre que la société Ebomaf Gabon, adjudicataire du marché public de la route Ntoum-Cocobeach, extrait de la latérite et des blocs de pierre sur les terres du domaine rural ancestral de Mboga Owone Ekouaghe. Ce domaine, fondé en 1901 par le chef traditionnel feu Raymond Owone Ekouaghe, est revendiqué par sa descendance, dont Nguema Meyo M’Owone, qui en est le représentant légitime. «Je suis natif du village Mboga du clan Yebiang, limitrophe du regroupement des villages Ngouandji et Ayème», précise-t-il.

D’après lui, cette exploitation est menée en violation flagrante des dispositions du Code minier gabonais, notamment en l’absence d’étude d’impact environnemental et de consultation publique avec les populations riveraines et les autorités locales. Des obligations pourtant imposées par les articles 75, 77, 78, 83 et 88 du Code minier.

Des autorités locales mises devant le fait accompli

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Vincent Nguema Ndong, chef du regroupement des villages Ngouandji, Ayème et Mboga, confirme ces faits. Il affirme que la zone concernée est sous sa juridiction et qu’il n’a jamais été informé d’une quelconque autorisation officielle d’exploitation. «La zone où Ebomaf extrait le gravier et les blocs de pierre est sous ma juridiction. Je n’ai jamais été informé d’une autorisation d’exploitation ni d’une consultation publique. Or, ces terres appartiennent bien à la famille Owone Ekouaghe. En qualité d’auxiliaire de commandement, j’aurais pu les informer utilement afin qu’ils se rapprochent des personnes concernées par cette zone, au premier chef, Nguema Meyo M’owone».

Face à cette occupation perçue comme illégale, Jean Christian Nguema Meyo M’owone a tenté une médiation à l’amiable. Il a adressé, le 13 décembre 2024, une correspondance au directeur général d’Ebomaf Gabon pour lui demander de suspendre les activités en attendant une issue légale et respectueuse des droits fonciers. Aucune réponse.

«Malgré toutes mes démarches, Ebomaf poursuit allègrement son exploitation sans l’ombre d’un doute, en violation flagrante de la loi», dénonce-t-il. Cette inertie a poussé Jean Christian Nguema Meyo M’owone à saisir le préfet afin d’obtenir l’arrêt des travaux jusqu’à ce qu’un règlement du litige soit trouvé. Dans son courrier, il rappelle que l’article 78 du Code minier contraint tout exploitant à réaliser une étude d’impact environnemental avant de débuter toute extraction. «C’est en désespoir de cause que je m’adresse à vous. L’étude d’impact environnemental et les consultations publiques sont des obligations primordiales», souligne-t-il dans une lettre officielle.

Mais à ce jour, aucune mesure n’a été prise pour suspendre les activités d’Ebomaf Gabon. Cette inertie des autorités pose question sur l’existence d’intérêts supérieurs qui freineraient l’application de la loi.

Un conflit qui interroge la responsabilité de l’État

Ce dossier met en lumière un problème récurrent : l’exploitation des ressources naturelles au détriment des communautés locales, sans concertation ni respect des lois en vigueur. Le mutisme d’Ebomaf Gabon et l’inertie des autorités face à cette situation soulèvent des questions sur la gestion des ressources naturelles et le respect des droits fonciers au Gabon. L’absence de suivi administratif et le manque d’implication des autorités locales semblent avoir favorisé cette situation conflictuelle.

À ce jour, Jean Christian Nguema Meyo M’owone attend toujours une réaction officielle, tandis que les carrières continuent d’être exploitées sur le domaine ancestral du village Mboga Owone Ekouaghe.

 
GR
 

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