Affaire Sylvia et Noureddin Bongo : Un dossier «purement politique» et «totalement vide», selon Me Gisèle Eyué
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En réponse au Conseiller spécial, porte-parole de la présidence de la République, Max Olivier Obame Ndong, qui affirmait que l’affaire Sylvia Bongo Ondimba, épouse du président Ali Bongo, et de son fils aîné Nourredin Bongo Valentin, n’est en aucun cas politique, mais bien un dossier strictement judiciaire, l’avocate de ces deniers, Me Gisèle Eyué Bekalé, dans l’entretien ci-après, balaie du revers de la main ces allégations. Elle évoque «l’immixtion flagrante et insupportable du pouvoir exécutif dans le domaine de la justice » et affirme «avec indignation» que cette affaire est «purement politique». De même, dit-elle, les concernés sont détenus dans un sous-sol éclairé par une ampoule, en lieu et place de la maison d’arrêt de Libreville.
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Gisèle Eyué Bekalé estime que «la justice ne doit pas être un acte de violence d’un individu contre un autre». © GabonReview
GabonReview : Le Porte-parole de la présidence de la République s’est exprimé, le 20 février dernier, sur la situation de l’ex-première dame, Sylvia Bongo et de son fils, Nourredin Bongo Valentin. Ces derniers temps, des rumeurs circulent et font savoir qu’ils ne sont pas détenus à la prison centrale. Qu’en est-il ? Où sont-ils ?
Me Gisèle Eyué Bekalé : Je ne sais pas si les rumeurs sont une source fiable et journalistique d’informations. Mais, je peux vous dire que mes clients ne sont pas détenus à la maison d’arrêt de Libreville en violation flagrante de la loi.
Évoquant ce dossier, le porte-parole de la présidence de la République parle d’une affaire judiciaire et non politique. Qu’en dites-vous ou alors que répondez-vous ?
Vous dites que le porte-parole de la Présidence s’est exprimé le 20 février dernier. Après avoir sciemment renié la nature politique du dossier, il a volontairement omis de dire que Mme Sylvia Bongo Ondimba et son fils sont détenus dans une pièce aveugle, au sous-sol, et éclairée par une ampoule, sans lumière du jour, sans douche,sans visite de leurs parents ou amis, ni même de leurs avocats et sont victimes de violences physiques et psychologiques. Dans ces conditions, pensez-vous que ce soit véritablement une affaire judiciaire ? Et puis, c’est la première fois depuis que je suis Avocat que j’entends le porte-parole de la présidence de la République faire des commentaires sur une affaire judiciaire.
Il répondait aux questions qui lui sont posées par les journalistes.
Si cette affaire n’était pas politique, au nom de quel principe le porte-parole de la présidence de la République commenterait-il une affaire judiciaire ? Ce procès est politique au regard des conditions d’interpellation et d’arrestation de Mme Sylvia Bongo et de Noureddin Bongo, du lieu de leur détention, des violences physiques subies, des confiscations de leurs biens et argent sur ordre du pouvoir politique, en dehors de toute décision de justice.
J’affirme avec indignation que l’affaire de madame Sylvia Bongo et de monsieur Nourredin Bongo est purement politique.
Cela fait plus d’un an que l’épouse de l’ex-chef de l’État est en détention et attend son procès. La voix de la présidence indique à ce propos que «nous sommes encore dans les temps légaux de sa détention». Qu’est-ce que cela veut dire ?
Vous dites : «la voix de la Présidence». Que vient faire la voix de la présidence dans un procès de droit commun ? Vous dites : «les temps légaux». Cela fait 18 mois que mes clients ont été arrêtés sans être recherchés par la justice et placés sous mandat de dépôt. Cela fait 17 mois que l’instruction a commencé. Le dossier est totalement vide. Toutes les demandes de mise en liberté provisoire ou d’assignation à résidence ont été rejetées. J’ai déjà eu l’occasion de rappeler qu’en droit gabonais comme dans toutes les démocraties, la liberté est le principe, la détention est l’exception. De quels temps légaux parle-t-on ? Ce que le juge n’a pas pu faire en 17 mois, il ne le fera pas en 2 ou 3 ans.
Au regard de tous ces éléments, quelle est à la situation actuelle de Sylvia Bongo et de son fils, Nourredin Bongo Valentin ?
Leur situation est préoccupante, voire très préoccupante. Préoccupante au regard des traitements inhumains et dégradants que j’ai rappelés, préoccupante au regard des violations du droit, préoccupante au regard de l’immixtion flagrante et insupportable du pouvoir exécutif dans le domaine de la justice. Dans un État de droit, la justice ne doit pas être un acte de violence d’un individu contre un autre.
On ne peut pas parler de Sylvia Bongo et de Nourredin Bongo Valentin sans aborder le cas de l’ancien président de la République. Comment va Ali Bongo au regard du déroulement des évènements ?
De quels évènements parlez-vous ? Le Président Ali Bongo est moralement affaibli, inquiet, angoissé, anxieux. Il ne comprend pas pour quel motif légal il est privé de sa liberté d’aller et de venir depuis 17 mois. Pas plus qu’il ne comprend les accusations portées sur sa femme et sur son fils. Il dit assumer entièrement et exclusivement la gestion de ses deux mandats. Il clame leur innocence et réclame leur libération. Il dénonce l’insécurité dans laquelle il vit chez lui, les nombreux vols dont il est victime et les craintes pour sa vie.
À la présidence on fait pour tant savoir et insiste sur le fait qu’«Ali Bongo Ondimba, dans le cadre politique, ne fait l’objet d’aucune poursuite et est libre de tout mouvement».
Tout cela n’est pas sérieux ! Le Président Ali Bongo est reclus dans sa villa et ne peut rendre visite à personne. Seules quelques personnes, dont moi-même, sont autorisées à le voir. La politique ne permet pas tout et le cynisme en politique n’honore pas ceux qui s’y livrent. J’affirme que le Président Ali Bongo Ondimba n’est pas libre de ses mouvements.
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1 Commentaire
Bjr. Qui dit vrai dans ce véritable rodéo ? Amen.