Au moment où, du 15 au 19 juillet 2016, ont lieu à Libreville des manifestations comptant pour l’avant-première du film «Tarzan», réalisé en partie dans la beauté et la richesse des paysages du Gabon, Gabonreview  remet au goût du jour un article de Laurent Baboulène, Français du Gabon, paru en février 2010, indiquant que les aventures de Tarzan, l’homme-singe, ont été inspirées des récits d’un négociant et marchand d’ivoire ayant vécu au Gabon durant l’ère coloniale.

Détail de l’affiche du film «Tarzan», tourné en partie au Gabon. © D.R.

Détail de l’affiche du film «Tarzan», tourné en partie au Gabon. © D.R.

 

Le Roman démontre une nette influence de l’ouvrage par le roman et le film «The trader Horn» de la romancière et scénariste Ethelreda Lewis et du metteur en scène W.S. Van Dyke. A ce sujet, Edgar Rice Burroughs aurait reçu beaucoup de critiques de plagiat l’incitant à retarder la publication du livre jusqu’à ce que les mémoires se soient un peu estompées.

Résultats Google Images pour «The trader Horn», le roman à l’origine des histoires de Tarzan. © D.R.

Résultats Google Images pour «The trader Horn», le roman à l’origine des histoires de Tarzan. © D.R.

Il ne faut pas oublier que dès février 1931, la MGM (Métro Goldwyn Meyer) avait déjà réalisé sa première grande histoire épique africaine fondée sur «The trader Horn», issue d’une biographie et d’un livre du même nom écrit en 1927. Tout laisse à supposer que «Tarzan et les hommes léopards» n’est qu’une reformulation du livre et du film qu’Edgar Rice Burroughs aurait bien sûr adaptés à ses propres besoins. Cependant «The trader Horn» aura une influence certaine sur le reste de la série des Tarzan.

The trader Horn n’était pas un livre de fiction. Ce fût un best-seller dans les années 1927 et 28 et demeura dans les premières ventes pendant de nombreuses années, avec un succès conséquent. Ceci devait avoir suffit à exciter la jalousie d’Edgar Rice Burroughs. Qu’il ait lu le livre ou vu le film à leurs sorties demeure incertain mais qu’il l’ait lu alors qu’il écrivait «Tarzan et les hommes léopards» est parfaitement démontré. Le titre «The trader Horn» n’apparaît stratégiquement pas dans sa bibliothèque comme l’histoire adaptée par W.S. Van Dyke «Horning into Africa». Cependant, Edgar Rice Burroughs s’est vraisemblablement servi des deux œuvres comme inspiration et toile de fond pour ses livres suivants.

N’en cherchez pas une copie dans votre librairie ; le dernier livre cité a été édité en série limitée. Les copies sont disponibles sur internet à prix de collectionneur dépassant plusieurs centaines de milliers de francs CFA. Cela démontre à quel point «The trader Horn» prenait de l’espace dans l’esprit d’Edgar Rice Burroughs alors qu’il ne pouvait pas réellement exploiter son «plagiat» sur le marché. Tarzan, l’homme singe devint également un best-seller à la mode, et quand dans les années 40, l’acteur Johnny Weissmuller prit le rôle de Tarzan, lui et tout son environnement étaient modelés sur «The trader Horn» et ses personnages.

Un best-seller contre quelques tasses de thé

À l’époque où Alfred Aloysius «Wish» Smith (à l’origine du livre «The trader Horn»), ancien négociant et marchand d’ivoire (après une carrière, fin XIXe et début XXe siècle, comme négociant au Gabon -Grand Congo- pour Hatton & Cookson) racontait son histoire à Ethelreda Lewis, il avait 70 ans et vivait misérablement à Johannesburg, en Afrique du Sud. Ethelreda était par contre une romancière Sud-Africaine très connue.

Aloysius (Horn) passait son temps à vendre des breloques, en faisant du porte-à-porte pour assurer sa survie. Il s’était constitué un réseau de femmes au foyer qui l’avaient pris en pitié en lui achetant parfois ses accessoires souvent inutiles ; cela fonctionnait avec madame Lewis.

Un jour, elle engagea une conversation avec lui. En qualité de romancière, elle réalisa qu’il avait une histoire à raconter ; elle l’encouragea donc à le faire. «Horn» se mit à écrire un chapitre par semaine qu’il lui apportait tous les lundis.

Comme elle le traitait avec beaucoup de respect en lui offrant du thé et du cake ainsi qu’une certaine fierté renouvelée avant «de passer de l’autre côté», il prolongea son histoire au-delà de 26 chapitres et, nous le présumons, de nombreuses semaines avec les «gratitudes culinaires» de Mrs Lewis. «The trader Horn», le livre et le volume 1 (il y a un volume 2 qui parle de ses autres aventures), best-seller à l’époque, est couramment réédité aux États-Unis, pour 17 dollars.

De nombreux critiques ont traité «Horn» de menteur. Il est certes fort possible que certains détails aient été exagérés mais Hollywood a confirmé que toute son œuvre était basée sur une histoire vraie. Un des experts en la matière, R.E. Prindle, donne son opinion sur le sujet : «j’ai lu le livre 5 fois dans les 5 dernières années. Mon opinion sur la crédibilité d’Aloysius est la suivante. Il souhaitait certainement être agréable avec madame Lewis mais également prolonger une situation plutôt confortable. Il avait lu bon nombre de livres incluant Burroughs et Du Chaillu. Il prétendait même avoir connu des gens comme Savorgnan de Brazza. Il était cultivé, intelligent et c’était un homme d’expérience. Il a toujours, apparemment, été un lecteur assidu… Chacun est forcément, «quelque part», à un moment de sa vie, et je n’ai aucun doute qu’Aloysius était sur le fleuve Ogooué, au Gabon, au moment où il a dit qu’il y était. Les quelques moments de fiction qu’il pourrait avoir imaginés ne m’empêchèrent aucunement de croire en son négoce et ses aventures de chasse. Il n’y a aucune raison en cela de le traiter de menteur.»

Il est dit qu’«Horn» est décédé en Afrique du Sud, en 1927, avant d’avoir reçu les fruits de son labeur. Internet regorge cependant de versions différentes et relativement confuses de la fin de ce personnage.

Il est certain que le premier réalisateur d’un Tarzan, Van Dyke, eut lu «The trader Horn» peu après sa parution, en 1929. Le réalisateur partit pour l’Afrique avec un casting imposant et des tonnes d’équipements pour tourner ce qui allait devenir le premier film de divertissement et d’aventure tourné en Afrique ; tous les plans furent authentiques, exceptées quelques scènes tournées à Hollywood. Edgar Rice Burroughs vît le film, prît toutes les notes possibles, suivît le script et l’imita copieusement dans «Tarzan et les hommes léopards».

«The trader Horn» (Le Marchant Horn) commerça sur le fleuve Ogooué, au Gabon. La plus grande partie de son histoire concerne ses tribulations le long du fleuve. Comme aucun autre explorateur de l’Afrique, «Horn» fait ressembler le continent africain à un paradis. La forêt du bassin du Congo rendait dépressifs la plupart des explorateurs mais «Horn» la trouvait «différente» ; les moustiques étaient bien là mais «Horn» les trouvait «amusants». Le fleuve sur lequel il navigua lui paraissait également différent de celui de l’explorateur Conrad dans «Heart of Darkness» (Cœur des ténèbres) ou Stanley dans «Through the dark continent» (A travers le continent noir) et dans «In darkest Africa» (dans l’Afrique la plus noire).

Peut-être ne s’agit-il, tout simplement, que d’un état d’esprit. Sans en douter, Edgar Rice Burroughs s’est également servi de références littéraires d’explorateurs divers tels que Stanley pour modifier sa source d’inspiration originelle. Dans tous les cas de figure, les aventures de Tarzan, l’homme singe, semblent fortement inspirées du récit autobiographique qui, quoi que comportant des passages de fiction, appartient à Alfred Aloysius «Wish» Smith, alias «Horn», dont la vie et les aventures se sont déroulées au Gabon.

Les incidences en sont nombreuses puisque qu’en 1976, un herpétologiste (étude des reptiles) américain, James H. Powell, s’est fondé sur le livre pour organiser une expédition au Gabon afin de partir à la recherche d’une créature dont avait entendu parler «Horn» («Jago-nini» accolée à la légende d’un sauropode ou dinosaure vivant dans le fleuve Ogooué à laquelle croit toujours la population autochtone).

Auteur : Laurent Baboulène