Le 26 juin 2017, une juge d’instruction française a décidé d’enquêter sur d’éventuels crimes contre l’humanité perpétrés lors des violences postélectorales au Gabon, après la victoire controversée d’Ali Bongo à la présidentielle de 2016.

Une juge d’instruction française a décidé d’enquêter sur d’éventuels crimes contre l’humanité perpétrés lors des violences post-électorales au Gabon en 2016. © D.R.

 

Contrairement à ce que ne cessent de clamer les proches du pouvoir en place, août 2016 est loin d’être « derrière nous ». Cette période semble même plus proche du peuple gabonais que l’on ne l’imagine. Une semaine après la mission d’information de la Cour pénale internationale(CPI) au Gabon, c’est au tour de la justice française de manifester son intérêt à comprendre ce qui s’est passé comme exaction, après la victoire contestée d’Ali Bongo.

En effet, une juge d’instruction française a décidé le 26 juin d’enquêter sur d’éventuels crimes contre l’humanité, perpétrés lors des violences postélectorales au Gabon en 2016. Cette décision intervient à la suite d’une plainte pour arrestation et détention arbitraire en bande organisée, torture, tentative d’assassinat et crime contre l’humanité, déposée en septembre dernier par un jeune franco-gabonais, qui a souhaité garder l’anonymat. Le plaignant avait été arrêté la nuit du 31 août au 1er septembre au quartier général de Jean Ping.

Le dépôt de cette plainte avec constitution de partie civile avait conduit à l’ouverture, le 20 avril 2017, par le parquet de Paris d’une enquête confiée à une juge d’instruction. Celle-ci estime que vu qu’ «aucune investigation n’a été réalisée, il ne peut être d’emblée considéré que les faits qualifiés de crime contre l’humanité n’ont pas été commis».

«C’est la première instruction ouverte en France pour crime contre l’humanité qui vise Ali Bongo et ses sbires», a relevé l’un des deux avocats du plaignant, Me William Bourdon, mettant en avant le caractère «généralisé, systématique, organisé du massacre».

Cette qualification de «crime contre l’humanité», retenue par la juge d’instruction, n’a pas manqué de heurter l’ambassadeur du Gabon en France, Flavien Enongoué, qui s’interroge sur d’éventuelles visées politiques derrière cette plainte.

«Je me demande si on s’imagine le tort immense que l’on inflige à l’histoire des crimes de masse et des crimes de génocide, et aux peuples qui en ont été victimes, lorsqu’on fait le rapprochement avec ce qui s’est passé au Gabon, c’est-à-dire des violences post-électorales au cours desquelles malheureusement des compatriotes ont perdu leur vie. Toute perte en vie humaine est de trop pour notre pays. Mais instrumentaliser ces morts, c’est une opération politique», s’est indigné Flavien Enongoué sur les ondes de la Radio France internationale(RFI).

Déposée le même jour, une seconde plainte pour séquestration et détention arbitraire fait l’objet d’une autre information judiciaire en France. Dans les deux procédures, les parties civiles devraient être entendues pour confirmer les termes de leur plainte dans le courant du mois de juillet.