Le 10 mai 2013, était posée la première pierre du futur «Grand marché de Libreville». Cinq ans jour pour jour, qu’en est-il du joyau architectural promis, devant permettre aux commerçants d’exercer dans de meilleures conditions et offrir un meilleur visage à l’architecture urbaine ?

Maquette du «Grand marché de Libreville». © D.R.

 

Le chantier de construction du futur Grand marché de Libreville (GML), pourtant lancé en grandes pompes en 2013 sur l’ancien site des Jardins de la Peyrie, est au point mort. Prévus pour durer environ 24 mois, les travaux de construction de ce marché devant générer près de 1000 emplois directs avant la livraison définitive fixée en décembre 2015 n’ont pas bougés d’un iota.

Sur le site de la Peyrie, dégagé et déblayé depuis de longues dates, la haute herbe a repris ses droits. De nouveaux arbres y ont poussé. En tôles, la palissade chantier se désagrège. En plus de subir la loi des vandales qui les pillent et l’incivisme de la population environnante, le matériel de cette clôture provisoire devenue définitive, endure également le choc des intempéries.

Le site du marché à l’abandon. © D.R.

Les commerçants jadis déguerpis sont revenus en masse sur la bretelle reliant le feu tricolore de la Peyrie au carrefour Mont-Bouët, squattant les abords du chantier et dans des conditions précaires, tandis que la zone est devenu un repaire de bandits.

De l’autre côté, les usagers de l’actuel marché Mont-Bouët ne comprennent pas ce retard ou cette interruption du chantier.

Conçu pourtant pour accueillir plus de 3000 commerçants, ce futur grand marché devait fluidifier la circulation de la marchandises et des personnes à Mont Bouët et désengorger le centre-ville. «Pourquoi les travaux ont-ils été arrêtés ? On ne saurait le dire. Personne n’est plus jamais venu nous parler de ce marché depuis le départ de la mairie de Jean-François Ntoutoume Emane», fait remarquer un commerçant.

Une autre commerçante qui assure avoir cru en ce projet interroge, «faut-il croire que c’était le projet de Ntoutoume Emane ? Faut-il croire qu’au Gabon il n’existe pas de continuité de l’administration ? Que disent les responsables actuels de la Mairie pour un tel projet qui aurait redoré le blason de Libreville ?»

A l’origine le projet du Grand marché de Libreville, élaboré et conçu par le bureau Agora Engineering & Développement de Dubaï devait être réalisé par le groupe suisse Webcor. Son coût, 27 milliards de francs CFA. Sa livraison était annoncée pour 2015

Ce futur joyau architectural, ultra moderne, devait respecter les normes d’hygiène et environnementales sur une surface totale de 39.000 m2. Il devait accueillir un centre commercial de quatre niveaux, plus de 2000 étals en plus de 420 boxes, 186 boutiques et bien d’autres commodités à l’exemple d’un centre de traitement des déchets, de certification des produits vendus, des services bancaires, postaux et internet.

Mais jusqu’alors, pas l’ombre d’un engin sur le chantier et les commerçants regrettent de s’être fait terriblement arnaqué lors du lancement de ce projet. «Je n’ai sais plus combien j’ai donné à des agents de la mairie pour me garantir une place dans ce marché», a dénoncé l’un des commerçants. Pour lui, jeune gabonais estimant avoir le droit de «se débrouiller» comme tout le monde, «trop de projets sont mort-nés dans ce pays et cela ne semble émouvoir personne». D’où son appel à la responsabilité de ceux qui président aux destinées du Gabon.